mercredi 14 août 2013

LE VENTOUX SOUS "L'ASSOMMOIR"

Tout ça "ne promettait pas beaucoup de bonheur" avait écrit Zola, alors que son "Assommoir" aurait pu parfaitement convenir à la situation d'un ouvrier du dérailleur, ferraillant avec sa machine par au moins 40° à l'ombre pour escalader les flancs du géant dans la fournaise... 

La dernière déclivité conséquente cochée sur mon programme de la semaine, après une remontée du modeste col de Vence où j'avais par hasard, croisé les gens de la Sky et pris leur train pour quelques mètres à m'imaginer appartenir au gotha du cyclisme mondial. Oui, bon, ça va !!! Je me prends pour qui je veux et même pour Chris Froome si ça me chante... Chris Froome, Carl Lewis, le dernier album de Daft Punk ou même les Beatles si ça me fait plaisir !...


Une visite des promontoires un peu bêcheurs de la côte d'Azur après ceux plus raboteux des Alpes occidentales, avant d'en terminer sur cet impitoyable mont Ventoux dont je connaissais déjà le joli programme de réjouissances pour l'avoir expérimenté une première fois sur le même versant depuis Bedoin en juillet 2009.



Une ascension de 1500m de dénivelé positif, improvisée dans le brasier provençal au pire moment de cette journée caniculaire de juillet. Un véritable assommoir, oui ! Une montée dans le cagnard d'une heure et près de quarante cinq minutes, pour égrainer les 21 km sur une sorte de chapelet infernal composé de bornes kilométriques mesurant plutôt le nombre de mouvements de brasse coulée depuis Saint-Estève, pour atteindre complètement "noyé" le virage du Chalet Reynard. le seul vrai replat (quelques mètres seulement...) avant d'entrer dans le vif du sujet, la nef de la cathédrale provençale du cyclisme. Cette rampe d'asphalte tracée dans la caillasse blanchie par le soleil et la tempête depuis des lustres. Un martyr de 8 km encore à près de 2000m d'altitude... Un supplice largement consentie, vous me direz... Car, allez ! Rien ni personne n''a jamais obligé quiconque à se jeter dans ce chaudron torride de la dépense inhumaine, pendant qu'un peu plus bas, l'ombre des platanes nous tendent les bras sur une terrasse de café où la limonade glacée coule à flot. Mais, comme on le sait en philosophie, il faut bien des personnages "conceptuels" pour garantir le show et servir de porte-parole à la folle et si peu compréhensible condition de l'homme sur terre. 



J'en étais là de ma réflexion sur la douleur "expiatoire" ou "rédemptrice" (comme disent les bons chrétiens) confrontée à l'envie passionnée d'ouvrir quelques nouvelles portes secrètes d'une métaphysique triturée dans l'effort de 90 coups de pédales par minute sur une pente moyenne à 10% et sous un soleil de plomb. Une spéculation ontologique à partir d'un coup d'assommoir derrière les oreilles "librement consenti"—je vous le concède donc— pour explorer la couleur de nos limites intérieures et vérifier l'équilibre précaire de nos amours souterraines. D'une pensée à une autre, il me vint aussi à l'esprit ces paroles d'Exsonvaldes écrites pour un "aérotrain" : "Dans ce monde... Lentement, je prends de la hauteur... Lentement... Prendre la fuite et fendre l'air..." Bon, c'est pas tout ça, mais après il faut encore redescendre. Le même machin mais dans le sens inverse et à fond de train, parce qu'on ne va pas non plus y passer son été ! Et bonjour à Robert si tu le croises en rentrant.
JL Gantner

© JL GANTNER 2013



mardi 13 août 2013

LA ROUTE DE "L'ALPE" AVEC ZARATHOUSTRA QU'ON AURAIT MIEUX DÛ ÉCOUTER AVANT DE TOUT DÉPENSER DANS UNE BOUTIQUE DE FRINGUES À LA MODE...

La montée de l'Alpe en 55 minutes... au lieu d'un peu plus de 37 pour Marco Pantani en 1995, ou 38 minutes tout juste pour Lance Armtrong en 2001. (Pantani qui lors de ce tour de France 1995 dépose littéralement Virenque et Jalabert à une dizaines de kilomètres de l'arrivée avant d'exploser le record de l'ascension à une moyenne inimaginable de 466 watts !...) Virenque, de retour en 1997 en 38 minutes et 11 secondes...  

On pourrait ainsi continuer la liste des aberrations chronométriques enregistrées dans la plus célèbre des grimpées cyclistes sans pour autant réussir à flinguer le monument. Un peu plus de 1000m de dénivelé qui ont tout supporté déjà de la vindicte des érudits comme de toutes les formes de nausées populaires. Au final, de vaines tentatives pour abattre le titan médiatique. 21 virages mythiques qui font l'unanimité dans les rangs des millions de supporters de la Grande Boucle, et 14 km d'ascension depuis le Bourg d'Oisans comme moyen de se frayer soi-même un chemin, ou plutôt une modeste sente de chèvres dans la légende. L'Alpe, l'illustre grimpée qui fait aussi rêver des milliers d'amateurs. l'objectif ultime pour 6000 cyclistes passionnés embarqués dans la pente chaque année. La récompense d'un hiver entier d'une préparation rigoureuse ou pas ! Pour ma part, la clé de voute d'une semaine de vacances à chasser les cols alpins, comme alpiniste à 20 ans, je chassais les premières et les grandes échappées solitaires possibles dans le massif du mont-Blanc...


Une journée idéale de la fin de ce mois de juillet 2013. La température parfaite au matin après une nuit d'orage apocalyptique. Les dernières heures de repos calfeutrées dans une belle chambre anglaise plantée au sommet de l'objectif. Le temps de récupérer d'un enchainement effectué la veille du col de la Colombière (1613 m) et du passage des Aravis (1486 m) avant de rejoindre les gorges de l'Arly. Une première ascension de 16 km depuis Cluses en arrivant de Genève, pour vérifier l'état de forme et la qualité du matériel embarqué. Une glissade ensuite vers le Grand-Bornand avant de remettre la gomme vers la Clusaz puis dans les ombres acérées et sous les abruptes du Mont Charvin. 6 épingles dans des pâturages sauvages avant une descente à tombeau ouvert vers Albertville. Une petite centaine de kilomètres en tout. Une séance d'affutage parfaite pour attaquer les virages de cette Alpe dont on fait si grand cas, avec la condition physique des grands jours.




La montée n'est pas la plus raide, ni la plus difficile du secteur à quelques distances du Lautaret et du Galibier. De quoi rapidement avoir des fourmis dans le jambes et tenter d'emmener gros dès les premiers lacets au risque de faire péter le moulin avant le sommet. Tenter de jouer les stars du peloton, les "purito", les "Aigle de Tolède" ou les "Pistolero"... Mais l'âge venant est un bon conseil pour mener l'expédition à bon port sur le rythme qu'il convient. Une allure de montagnard plutôt qu'une succession de dépenses inutiles... 


Une montée tout à l'économie...  Voilà pour le côté tactique de l'aventure avant de tout lâcher chez Rapha™ (la nouvelle boutique de la marque britannique sponsor de la Sky, installée juste au sommet de la rampe réputée mondialement). la visée précise du jour pour tout avouer. Une bonne montée pour justifier l'achat de beaux maillots de corps et d'une paire de chaussettes également signée de la jeune maison anglaise pour transpirer des pieds avec classe ! Une montée sèche de 14 km pour se payer le luxe d'un passage à la caisse sans avoir à culpabiliser. "Et si vous pouviez me remettre aussi une petite veste imperméable qui va bien et un slip en laine mérino pour passer l'hiver au chaud avec la petite bande blanche sur le côté pour rester discret dans les grandes occasions !..."  


Une montée de l'Alpe, pour passer le reste de ses vacances fauché après s'être laissé faire les poches par une bande de professionnels du marketing dont j'avoue avoir réussi à me laisser berner comme il m'arrivera certainement encore de le faire à l'avenir malgré toutes les précautions pour me prémunir définitivement de cette bêtise. La passion, comme l'amour, que voulez-vous ?!... Comme on ne compte pas sa propension au labeur pour vivre ses rêves quels qu'ils soient. "De la béatitude malgré soit !" pensait Nietzsche à l'heur de son grand midi. Et j'eusse dû mieux me méfier de toute cette "beauté rusée" comme le fit avantageusement ce "surhomme" cher au philosophe de Leipzig, qui "comme l'amant à qui trop velouté sourire donne méfiance".  "Ainsi parlait Zarathoustra" alors que pour ma part je continuais ma route sans fin et ma fol échappée dans les rayons des grands magasins.
JL Gantner     

PHOTOS © Elvis & Lili 2013


mercredi 7 août 2013

NUIT AUX NANTILLONS

C'était soit le bistrot, soit le projet d'une nuit "à la belle" juste sous le glacier des Nantillons. Un peu moins de 3000m d'altitude dans le massif du Mont-Blanc, et une vue imprenable sur les aiguilles de Chamonix. La face NE de Blaitière, le Grépon, l'M ou les Charmoz...  On a les nuits qu'on peut !




Bon d'accord, c'est beau ! Mais c'est quand même dingue de consentir autant d'efforts, juste pour avoir le plaisir de se flinguer le dos sur un simple et rudimentaire tas de cailloux ! Une "trimée" infernale dans la seule perspective de ressentir enfin l'horrible souffrance s’atténuer une fois l'ultime but atteint. Celui d'une nuit entière à attendre les premières lueurs du jour comme on guette fébrilement les premiers signes de terre après des semaines en mer... Un bon millier de mètres de dénivellation chaotique au dessus "des immondes précipices" comme on disait au XIXe siècle. Un voyage à pied, chargés comme des mules, dans des déclivités redoutables au dessus des glacières du Montenvers ou dans les pierrailles surchauffées de Blaitière, juste, pour un bivouac sous le ciel traversé de pinacles et de hauteurs prodigieuses du Haut Faucigny. 



Une besogne de forçat pour une seule nuit un peu au dessus de ce bas monde et d'une grande mer polluée qui le borde ! Voilà bien un objectif "balnéaire" idiot, si loin des plages et des zones touristiques conventionnelles, si éloigné des galeries marchandes de toutes sortes. Une marche de bête de somme en plein cagnard, avant que ne s'effondre la journée sous les projecteurs de la grande fournaise cosmique.  La bonne lumière pour lancer le film d'une nuit dans un décor de pierres rugueuses et de neiges écorchées au milieu de l'immense capharnaüm tellurique. Le grand marché aux étoiles pour récupérer d'une année entière de consommation à outrance et d'actualité synthétique. Notre mon Sinaï, notre Olympe... notre Tai-Shan ou notre mythique Meru projeté sur le grand écran naturel, au lieu des consternants affichages aux cristaux liquides pour nous entretenir en temps réel de nos obligations de brillances essentielles dans la sciure convenue et les rognures déférentes des nouvelles arènes médiatiques. Le point de vue privilégié sur quelques sommets respectables. Ce Nébo ou ce Golgotha... Un de ces "Mont Analogue" aurait dit René Daumal dans son récit inachevé. Le poète qui était aussi alpiniste... Le décor d'une fabuleuse expédition de la pensée au pays des "hommes-creux" et de la "Rose-amère", au lieu d'un paysage de caravanes piétinantes sur les plages méditerranéennes. Cette sorte d'affreuse scène marine où la plus basse classe de nos semblables empile des souvenirs de supermarché dans le trafic continu. L'étrange cérémonie touristique des hommes-bêtes devant leur fourrage estival commun. Le sainfoin de l'humanité en vacances. La coutume d'un étalage grossier du monde apocalyptique, priant les membres grands ouverts sous le soleil exactement. Mes frères de sang,  étendus de tout leur long sur le sable bondé et trempés dans la sainte huile cosmétique pour ressembler à leurs Dieux de pacotille quelques jours encore après la rentrée. L'ordre hérétique et surabondant d'un monastère trivial condamné au tourment éternel. Un traquenard "religieux" pour pauvres diables persuadés du monde libre et naturel qu'ils habitent dans la plus parfaite des symbioses. Mais il faut bien habiter comme dormir quelque part, n'est-il pas ?!...
JL Gantner


"Ardent et fort comme le soleil du matin qui surgit des sombres montagnes" dit Nietzsche à propos de son Zarathoustra (livre 4) sortant de la caverne et définitivement transfiguré.



PHOTOS © JL GANTNER & P DUHAMEL 2013







mercredi 10 juillet 2013

MODERATO CANTABILE

Une belle ballade à vélo... De quoi prendre le temps de cogiter sur le magnifique paysage et la matière humaine qui le compose. Étudier « Les caractères » ou les bons sentiments ; réfléchir aux vices et aux vertus de l'espèce, en restant le cul bien calé sur sa selle...

« Il n'existe pas d'aire cérébrale de l'amour.../... Arrêtez donc alors de toujours nous parler de cet amour qui doit sauver le monde » constatait Henri Laborit dans « L'éloge de la fuite ». « Au moyen d'une tromperie grossière on arrive parfois, en période de crise, à faire croire à l'individu qu'il défend l'intérêt du groupe et se sacrifie pour un ensemble, alors que cet ensemble étant déjà organisé sous forme d'une hiérarchie de dominance, c'est en fait à la défense d'un système hiérarchique qu'il sacrifie sa vie. » Tout pratiquant de vélo de course sait ça ! Le grand spécialiste de quelques sciences humaines d'importance, qui à ma connaissance, n'était pourtant pas lui, coureur cycliste...

 PHOTO © JL GANTNER 2013

Changeons de sujet pour mieux nous y retrouver dans nos affaires de beaux sentiments, de grands cœurs, d'esprit d'équipe et d'union sacrée... La cadence, le rythme, l'échappée et le gruppetto... C'est drôle comme un lexique choisi pour parler de musique peut tout aussi bien plaire à l'industrie du pédalage ou au mode de transport vélocipédique en général ! Comme la musique a aussi cette bonne réputation de savoir adoucir les mœurs lorsque le peloton commence à nous les briser sévère sous son air de détester voir une tête dépasser du magnifique mouvement d’ensemble. Mais pour quel profit ? ou au profit de qui ? (Et je ne fais là, nullement allusion au seul Tour de France, si vous suivez bien le son de mon biniou entrainé par les arguments de ce biologiste de Laborit qui m'inspire ici !)

Moderato cantabile, chantent les deuxièmes dérailleurs à l’unisson, mais quand même réunis sur l’estrade pour recevoir la bise du chef d’orchestre faute d’obtenir celle de l’opinion. Le côté Legato obligatoire dans les arrière rangées d’un orchestre mené par l’élite des instruments à vent. La pantomime un peu fourbe d'une bande de joueurs de flûte habitués à l’air chaud qui les traine tout le long de la route en essayant de rafler les avantages des premiers guidons sans avoir une fois à souffler dans le larigot… Cette sorte de fifres ou d’Ocarinas de fabrication à bas coût, mais élevé comme il faut ; qu’on mène généralement au tambour du droit administratif pour la plus grand profit des grandes instances commerciales. (Et comprenez bien que je ne parle pas ici des simples, des modestes des humbles porteurs de bidons !... mais plutôt de quelques suceurs de roues revendiquant les honneurs pour eux seuls sans se soucier de leur véritables locomotives laissées sur le quai. Une grande école de resquilleurs, prônant toutefois toute sorte de générosités, d'amours et d'idéalismes pour continuer de se plaire à eux-mêmes malgré leur fourberie).

Où l’on conviendra de cette parenté qui s’entend tout de suite entre une bonne vieille technique de conservatoire lyrique éprouvée de longue date, et les bonnes manières d’une gente publique de ma connaissance, comme on en connait tous au moins une autour de soi, qui trouve toujours sur quelle danse opportune continuer de s’agiter les fesses au sein du grand convoi symphonique balnéaire…
Je dis ça bien sûr ! pour les petits chanteurs de psaumes bien accoutrés, et les petits margoulins de la fanfare au maillot bien mis ; les carabistouilleurs en chef d’un métier taillé à leur assortiment militaire pour ne pas laisser une seule note dépasser des rangs sans leur consentement amoureux du monde et des bonne manières. Une bande de délinquants ecclésiastiques, sûrs de leur solfège, comme les aurait aimé monsieur de la Bruyère. Des interprètes de contrebande, des plagiaires. Des receleurs de couacs et de canards de basse cour. Des virtuoses dans leur domaine de la canaille en réunion... Le genre d’instrumentiste qu’on mène si facilement à la baguette pour transporter n’importe quel cantique à bon port. Du pain béni pour les fabricants d’hymne national et de charrettes à foin… (Je dis ça pour les animaux de crèche coincés sous l'autel en attendant qu'on les serve !)

Mais je m’éloigne, me détourne de ma cantate principale. Bach au supplice sous mes coups de « pédalées » de travers. Ce lamento. Ce faux-bourdon pour effrayer la ruche dans son tempo estival avec un mélange de cors de chasse et de croque-notes de foire. Une de ces sonates pour éoliennes et diaules compulsives, dans l’espoir de virer de ma route toute cette bande de « mirontons » comme savait les apprécier Céline. « Des ergoteurs et des bafouilleux ». De la bonne graine à flonflon, travestie en chanteurs de Carmagnole des fois qu’un de ces « grand fusil» les prendrait pour un tromblon fiché en travers de sa route. « Vive le son, vive le son »… tout un peloton de nantis qui grince des dents maintenant que la côte s'élève dans les plus forts pourcentages. Un Tourmalet ou un Aubisque embusqué au détour d’une première course de pacotille, où cette fois les gens du ciel n’ont plus leur mot à dire. L’heure des guitaristes ! Un coup de Flamenco pour flinguer la valse viennoise insipide et la petite cour de violoneux bien en rythme sur les faux plats d'un prélude aux véritables histoires d'amours propres. L’heure de l’escalade, grandiose menée par les ténors sur un tempo de One-step ou de Jerk. Une cadence italienne pour préparer la grande fugue du jour. Une envolée lyrique vers les sommets, à l’opposé de cette Bourrée, symptomatique au sein de la clique restée plantée au pied du col. Le scénario d’un adagio confus, si l’on compte le nombre des pulsations récalcitrantes à l’arrière de la meute… la politique du Requiem pour la catégorie concernée ici en filigrane, à moins que celle-ci n'est forcément réussie à préférer cette « fuite » dont nous énumérions le nombre des avantages un peu plus haut. Un joli principe de réalité.

Comme le cyclisme, tout le monde connaît la musique ! N’est-il pas ? Les joueurs de flute, comme les coqs de Bruyère et leurs histoires d'amours déçues. Récit et photos / JL Gantner 





mardi 25 juin 2013

ANDY SUMMER'S BLUES

Je roulais. Des heures sur ma selle à bouffer des bornes en essayant de lâcher ce foutu Johnny Winter qui me collait aux basques depuis le début de l'hiver.
  
-Johnny Winter, heu... le père d'Ophélie ?...
Et je me disais : Qu'est-ce que peut bien foutre cet Andy Summer à ne pas vouloir prendre son tour dans les relais alors que l'été est déjà là !
-Ah oui, ça y est ! Andy Summer, le guitariste de Police...
Oui, je sais, ça va pas mieux, mais les vacances arrivent, les grasses mat' en attendant l'heure de départ du Tour de France ; la Corse, le Mont St Michel, le Mont Ventoux, l'Alpes d'Huez, le Semnoz et un nouveau maillot jaune sur les Champs Élysées. JLG

  
sur la route/ PHOTOS © JL Gantner

lundi 17 juin 2013

LES VACHES DE MARCEL MILLE

La vache ! Qu'est-ce qu'on s'est marré ce jour là avec Marcel. Marcel Mille. Un ancien pubard revenu sur ses terres d'origine après une vie professionnelle entière passée à la bonne adresse du 133 de l'avenue des Champs-Elysées. (Publicis. La bande à Bleustein-Blanchet, reprise en main depuis 1975 par Maurice Levy avant de devenir le monstre mondialisé à plusieurs milliards de CA annuel).


Les vaches de Marcel Mille

Marcel vit aujourd'hui dans la vallée de la Loue, et profite de sa retraite pour peindre. Des vaches ! Des années qu'il s'amuse à leur tirer le portrait. Une véritable obsession ! Du coup, ma consœur et moi, on s'était dit qu'on ne pouvait quand même pas continuer de faire notre métier de journaliste de manière un tout petit peu crédible, sans aller un jour forcer la porte d'un artiste transporté par ce qui constitue généralement notre principale source d’inspiration quotidienne. La campagne, le monde agricole… Les gros tracteurs à crédit et le fumier qui pue. Les quotas laitiers, les subventions européennes, la vache folle… la tremblante du mouton. Les cochons qui chient dans les rivières déjà toutes polluées, et les poules en batterie qu’on nous oblige à bouffer avec des chevaux Bolognaise en barquettes 100% pur bœuf… Imaginez alors mon enthousiasme devant la perspective d'une journée à la campagne ! Mais à voir ce mec en train de courir au milieu du troupeau de son ami Michel Prost avec son appareil photo autour du cou… Ces bonnes têtes de veau, le museau planté dans de l’herbe bien fraîche d'un bon paysan comme on les aime dans les publicités pour les yaourts, le beurre pasteurisé ou la crème fraiche allégée… À voir ces grosses laitières bien en chair et l’œil vif tourner autour de notre caméra la cloche au cou et une marguerite au bout du pis… Bon ! Voilà comment on a pu se ecouer la couenne comme il faut dans les environs de Chantrans ce vendredi 14 juin. Marcel qui se marre tout le temps en pensant sûrement à son prochain gribouillage, et un tas de bestiaux sains d'esprit dans le champ de ma caméra pour rester raccord avec le sujet d'un Franc-comtois en Franche-Comté après que le gars fut longtemps parisien à se prendre la tête sur les budgets Renault. Des bonnes tires, mais qui côté carrosserie, n'arrivent pas à la cheville de ces montbéliardes de Chantrans... Si Marcel vous le dit ! JL Gantner 





Marcel Mille et Michel Prost à Chantrans/ PHOTO © Jean-Luc Gantner

vendredi 14 juin 2013

LA GRANDE BOUCLE (ET PRÉVOYEZ AU MOINS UN BON MOIS DE TOUR DE FRANCE POUR DIGÉRER !)

La pire escroquerie cinématographique de l'année !... Ou les tribulations d'un tube de mayonnaise Lessieur étalé sur les routes du Tour de France pour être sûr de bouffer tout le gras qu'il faut avant la grande ballade de juillet. À digérer avec modération !

En matière de « navets », le sport cycliste transposé à l’écran avait déjà eu sont lot de perles incontournables en commençant par cet ovni de 1968 : « Les cracks », un film d’Alex Joffé interprété par Bourvil, ou plus récemment : « Le vélo de Ghislain Lambert » avec Benoît Poelvoorde. Cette comédie franco-belge qui avait au moins le mérite de faire profiter le spectateur d’un second degré manifeste et presque irrésistible tant l’acteur de « C’est arrivé près de chez vous » avait la tronche de l’emploi et du talent à revendre quelle que soit l’imbécilité dans laquelle il choisit quelquefois d’exploiter ses compétences.

MAIS CETTE « GRANDE BOUCLE » !…

  

 
La grande Boucle/ PHOTO © Wild Bunch Distribution

Il m’avait d’abord semblé qu’en parler serait déjà lui faire trop de publicité. Une escroquerie à 9,30 euros la place. Après une bêtise pareille, on apprécierait presque la pluie de retour après ces toutes premières heures de canicule estivale. Une bêtise… Mais il faudrait dire : une ânerie, une balourdise… Une niaiserie cinématographique à la limite d’une injure infligée aux passionnés de cyclisme. « La grande boucle ». On croit rêver ! Mais de qui se moque-t-on ? Une imposture dont on nous bassine les oreilles à la télé depuis des semaines pour nous aider à foncer dans les salles remplir les poches de quelques producteurs mal inspirés. En l’occurrence, Renaud Souhami, ancien cadre financier d’M6, avant de devenir le grand argentier de la Coupe du Monde de Rugby « France 2007 » et de s’intéresser maintenant au cinéma… La grande boucle… La belle idée du dirigeant de Bago films au guidon de cette œuvre « pignonesque » consternante. (Comprenez ce « pignonesque » employé ici, pour la référence à ce François Pignon héroïque dans le premier rôle du « Dîner de con », au lieu d’un développement 53X11 auquel on pense d’emblée sur le sujet d’un braquet pour le moins prétentieux lorsqu’il s’agit de viser le sommet de l’affiche dans un col bien trop raide pour ses modestes capacités !) La grande boucle… Et franchement, on ne pourrait pas faire plus opportuniste ! Cette idiotie programmée sur les écrans quelques jours seulement avant le départ de la 100e édition du Tour de France pour être bien sûr d’une promo à son comble au moment propice… Est-il besoin de rajouter quoi que ce soit ? Si, bien sûr ! La crétinerie du scénario dont je ne sais par où commencer pour vous commenter la triste caricature d’un cycliste amateur (« comme il y en a des millions… » expliquait le synopsis diffusé par Bargo films pour attirer les financeurs en 2012). « Un passionné du Tour de France lancé dans la formidable aventure de parcourir les routes de la grande épreuve médiatique de juillet « 1 jour avant le peloton professionnel » (Ouahh !! La bonne idée quand même pour éviter de faire un peu tache sur le porte bagage du train de la Sky juste derrière Bradley Wiggins et Chris Froome lancés à toute berzingue vers la ligne d’arrivée… Imaginez alors le boulot !)
 

UN FOURRE-TOUT INEPTE DE STÉRÉOTYPES

Bref ! une entreprise intrépide dans l’espoir de reconquérir sa jeune femme désespérée par la puérilité sans bornes de son pédaleur du dimanche. Ce vendeur de cycles dans un grand magasin dont la marque nous est ostensiblement débitée d’un bout à l’autre du film comme aucune autre nous est d’ailleurs épargnée de la première à la dernière image. De l’enseigne et du logo superposés sur chaque plan, au cas où vous n’auriez pas bien compris l’intention de cette publicité pour ASO, travestie en forme d’accoutrement artistique recevable pour toucher quand même les subventions du CNC !… Un festival de prouesses acrobatiques indigestes mené par Laurent Tuel (le réalisateur de « Jean-Philippe » finalement promu capitaine de route du tournage de La grande Boucle, alors qu’on nous avait d’abord annoncé Frédéric Forestier, le réalisateur d’ « Astérix aux jeux olympiques » !) Laurent Tuel dont j’avoue avoir eu un peu de mal à suivre le raisonnement au sein de ce piège commercial aussi retentissant, mais Le cœur à quelquefois ses raisons que la raison ignore n’est-il pas ? Oui, bon, d’accord, mais quand même ! Ces grosses ficelles… Cette démesure dans l’effort de vouloir plaire au plus grand nombre par la matière d’une règle comptable si obstinée ! Un fourre-tout inepte de stéréotypes dont on imagine le calcul préalable dans le tiroir caisse de la production. Et rien n’est épargné au spectateur, mais alors vraiment rien ! De la piètre prestation de Nelson Monfort dans son propre rôle de commentateur sportif, et jusqu’aux fausses accusations de dopage grosses comme les mille fourberies censées dissimuler l’autopromotion récurrente des partenaires de la société du Tour à chaque plan.

UNE GRANDE BOUCLE DE PACOTILLE


La niaiserie balnéaire atteint très vite son paroxysme avec le personnage de Tony Agnelo, futur maillot jaune de cette Grande boucle de pacotille. L’acteur Arry Abitan, aussi crédible sur un vélo que ce vieux Marcel Amont serait vraisemblable en invité surprise sur la scène des Eurocks. Pathétique !

CLOVIS CORNILLAC HÉROS DU « NAVET DE L’ANNÉE »


Reste la performance annoncée de Clovis Cornillac qui aurait avoué avoir roulé plus de 5000 km pour jouer son rôle. Bein, il n’aurait plus manqué que ça ! Je veux dire… que le mec n’ait pas pris la peine de pédaler quelques kilomètres avant de jouer le rôle d’un coureur cycliste planté au milieu du Tourmalet !… on croit rêver ?! Pour être honnête, notre « François » de coureur cycliste amateur héros du navet de l’année est à peu près le seul à tenter de se sortir du couscous débilo-médiatico-publicitaire où tout le monde pédale dans la semoule pendant une heure et demie. Clovis Cornillac, Laissons lui au moins cette circonstance atténuante d’avoir voulu y croire, sincèrement jusqu’au bout ! comme pour Bruno Lochet, l’ex Deschiens dans son joli costume minimaliste de supporter franco-hollandais ; camping car, bière et cul à l’air à l’appui ; toute la panoplie… Deux belles tentatives d’échappées désespérées pour s’extraire du marasme dans lequel se sont également fourvoyés Laurent Jalabert, Bernard Hinault ou encore Michel Drucker… Manquait plus à l’appel qu’Henri Desgrange, Jean Robic ou Louison Bobet… l’ensemble pané dans un bain d’huile Lessieur et accompagné d’une tranche de saucisson Cochonou pour rajouter à la joyeuse fête du gras organisée par Bago films ! La grande boucle… Et après ça, personne ne s’étonnera de ne plus voir un film sur le cyclisme caracoler sur les écrans avant longtemps !

JL Gantner
 






mercredi 5 juin 2013

CHAMONIX EN MAI...

Chamonix au mois de mai... mais on était déjà début juin je crois ! Oui et bien comme disait ce vieux Newton : "Tout est question de point de vue" ! C'est comme cette image née comme un important coup de fil à donner... Et je me demande bien pourquoi elle n'a jamais répondu. La sombre politique du téléphone portable et se déboires picturaux dans la borée de nos sentiments intimes. JLG



PHOTOS © JL GANTNER

dimanche 26 mai 2013

TONY™ MET LA PLAQUE EN DESCENDANT LA RUE SOUFFLOT...

(DANS LA SÉRIE DES AVENTURES DE « JOHN THE RIDER ») 

Tony™ actionne son dérailleur du bout des doigts pendant qu’il appuie de toutes ses forces sur ses pédales automatiques, l’une après l’autre dans un strict mouvement de coucou suisse bloqué sur midi. Tony™se défonce à la débauche d’efforts considérables dans l’optique de se calmer les nerfs et d’imaginer un monde meilleur. On fait bien du vélo pour les raisons qu’on veut non ?! Tony™ (mais qu’on aurait pu aussi appeler Johnny…) Oui, oui… Bon, c’est d’accord. Je m’incline donc à la demande générale. Va pour Johnny alors ! Et qu’on n’y revienne surtout pas ! Johnny (Johnny comment d’ailleurs ?) Mais on ne va pas y passer la nuit non plus !.. Johnny tout court et ça ira bien comme ça ! Johnny tout court qui n’oublie jamais de tirer sur les genoux et de plier les bras même dans les pentes raides. Le truc d’un pédalage « bien rond » pour espérer remonter la concurrence sans gaspiller trop tôt ses dernières forces de persuasion… Le truc du coursier bien posé sur sa machine dont ce Johnny là, tout court… connait le refrain par cœur. Tout court… « Mais va savoir après quoi ?! » se dit le beau Johnny dans son costume jaune de champion des Champs-Elysées). 


PHOTO © JL Gantner 2013


Un gars qui ne mégote pas non plus sur les sujets philosophiques. Un habitué de la Sorbonne en passant par la rue Soufflot, le Bd « Saint-Miche »… et la rue des Écoles avant de remonter la rue Saint-Jacques (une virée parisienne de quelques hectomètres que « le penseur de Rodin » effectue en alternant un 39X23 dans les descentes pour tourner les jambes à la vitesse d’un lémurien au galop, avant de s’arracher tout debout sur la plaque en visant le sommet du Lycée Louis Legrand). 

LE RECORDMAN DU VIRE-VIRE DE LA RUE CHAMPOLLION SUR STRAVA™

Johnny « John the rider »… Le recordman du vire-vire de la rue Champollion sur Strava™ (l’application Internet dorénavant incontournable du « monde meilleur » dont notre Johnny Begood à dérailleur électrique intégré s’est fait une spécialité parmi les syndicalistes les plus affirmés du peloton. Johnny… le « John Trumbull » d’un cyclisme moderne repeint de fond en comble façon Tour de France de 1903. Ce « Paris, Marseille, Toulouse, Bordeaux, Nantes et retour au bercail » pour faire vraiment le tour du sujet, mais en évitant scrupuleusement le moindre escarpement (Bon, oui ! Ouhhhh !!!… peut-être ?! Mais j’aurais bien voulu vous voir dans les 21 virages de « l’Alpes » avec un engin de 12 ou 13 kg au moins, monté sur un seul plateau de 50 dents. Une machine dont vous auriez pu chercher longtemps les freins encore dans les cartons à dessins le jour du départ.)



UNE ÉPREUVE HISTORIQUE REMPORTÉE AVEC LA MOUSTACHE

Une épreuve historique remportée à l’époque avec la moustache par Maurice Garin (Heu ! Qui ça ?!…) 2400 km en 6 étapes… Une bambée qui en aurait jeté plein les mirettes à ce pauv’ Tony™ abandonné dans le gruppetto dès la première mine tirée par Johnny devant l’aile Ouest du collège de France. Tony™ qui gardait le palmarès de l’édition de 1924 accroché au dessus de son lit pour tout vérifier de l’avance d’Ottavio Bottecchia lorsqu’il se réveillait en sursaut à cause d’un boyau crevé au pire moment de la course. Le Luxembourgeois Frantz à ses trousses ; ces Belges et ces Français, malgré l’abandon des frangins Pélissier entre Cherbourg et Brest… Les gros titres dans le Petit Parisien du lendemain parce qu’un reporter du nom d’Albert Londres, l’illustre correspondant de guerre et défenseur de toutes les causes perdues, faisait le boulot en signant ses papiers à la rubrique des « forçats de la route ».

UNE AFFAIRE DE BAGNE DANS LE TOURMALET

Une affaire de bagne dans le Tourmalet au lieu des belles causeries humanistes sur les banquettes du Flore. Plus de 5000 bornes courus en 15 manches de 300 à près de 500 kilomètres chacune ! Depuis l’université de Besançon, Fred Grappe et Julien Pinot avaient tout recalculé dans les moindres détails convertis en puissances moyennes. (Où l’on aurait pu aisément confirmer qu’on ne buvait pas que du chocolat au bistrot de la gare de Coutances où les vedettes françaises racontaient leurs déboires avec l’administration officielle au soir de la 3e étape pour une histoire de maillots doublés… Pour vous dire les suées de Tony sous ses draps, et vous raconter la fanfare au balcon lors du retour des damnés à Paris après 30 jours à planter des croix de bois sur le pourtour exact de l’hexagone. « Bon tu dors où tu prends ton tour ?! » lança Johnny après s’être secoué le coude plus de dix fois en tête de la meute sans réaction d’aucun de ses coéquipiers. Tony, à bloc dans la roue de son John Reed des « 6 » jours qui ébranlèrent le monde du sprint, mais avec l’entrée du panthéon dans le dos…



TONY DANS WEST SIDE STORY

Tony… dans West side story, avant d’appuyer sur les freins devant le Reflet Médicis et avec la musique de Léonard Bernstein sous le casque pour essayer de faire craquer Nathalie Wood avant la fin de la séance. De quoi pouvoir enfin dérouler tranquillement jusqu’à la Seine de fin les yeux enveloppés dans l’alchimie d’une mixture d’endorphines amoureuses ! Tony et son côté : je pédale dans le Flamby™ depuis deux tours des studios sans réussir à reprendre mon souffle sur les photos. « Oh John ! Coupe un peu. T’es pas encore à Porto-Vecchio là ! » mais John s’en fout. John baisse la tête et serre les poignées de son guidon en arrachant les pavés de la rue Soufflot sous le coup d’une accélération redoutable pour larguer la concurrence avant le passage de la flamme rouge. Tony s’effondre littéralement devant la porte d’entrée de chez Gibert. La librairie où le petit Godard du cintre coudé entre à bout de souffle dans une posture Hitchcockienne pour acheter en solde « la vie des martyrs de G. Duhamel. Une façon comme une autre de considérer « le monde meilleur » dont on parlait tout à l’heure, mais Londres aurait adoré ! JLG 

vendredi 24 mai 2013

ICI "LONDRES"... LES VACHES SONT SORTIES DU PRÉ...

LA ROUTE/ À l’avant de la course avec Marylou dans le rétro et une paire de roues Lightweight™ au prix d’un container de poivriers Peugeot™ pour tenter de rattraper la 403...

Je n’irai pas jusqu’à dire comme Jack Kerouac écrivait que « la plus belle course de ma vie était sur le point de commencer… » je n’étais d’ailleurs ni dans le Mississippi, ni dans le Nebraska, et encore moins au coin de cette « 40e » et de Madison Avenue à New-York où se termine le roman culte d’un de mes auteurs préférés. Au lieu d’une Hudson de 1949 et sa Marylou de cinéma vautrée dans le grand roman de Proust traduit en Anglais, les 2 jambes coincées sur le rétro chromé de la belle bagnole la fenêtre ouverte : cette Peugeot™ 403 cabriolet, plantée dans notre champ de vision pendant 4 jours de reportages sur le Tour Cycliste de Franche-Comté.

PHOTO © Jean-Luc Gantner
Un modèle mythique du temps du cinéma « moderne ». (Jean Seberg dans la caméra sans traveling ni éclairage supplémentaire de Jean-Luc Godard en 1960. Une Arriflex™ 35BL je crois !… (Le genre d’engin qui allait bousculé l’histoire du cinéma comme dans le cyclisme un Peugeot™ PX10 à raccords noirs… resterait dans les mémoires après avoir servi quelques victoires de l’immense Eddy Merckx). L’obsolescence déjà d’un matériel de tournage encombrant passé d’âge, et de méthodes de travail « À bout de souffle » à l’époque où les lourdes caméras  américaines Mitchell™ cherchaient encore à conserver leur privilège par tous les moyens. Une route… qui en chasse une autre. Une vieille histoire ! comme le lycra sur les épaules de la Sky™ remplace aujourd’hui la laine des maillots Molteni™. Bon, et nous voilà bien avancés !

 PHOTO © Jean-Luc Gantner

UNE BELLE MARQUE™ DE FABRIQUE SUR UN MAILLOT LAVABLE EN MACHINE
À ce moment précis, le type (disons Tony™ dont je vous parlerais dans le détail prochainement) se dit qu’il aurait fière allure avec son maillot Kerouac™ au guidon d’un BMC™ SLR1 équipé de roues Lightweight™ Meilenstein à plus de 3000 euros la paire  ! Juste le moment où son rédacteur en chef le rappelle à l’ordre d’un sujet à livrer avant midi sur la stratégie managériale des usines Cycleurope™ de Romilly S/Seine où Peugeot™ continue de faire fabriquer sa marque sans avoir à mettre les mains dans le cambouis. Une marque™, mais plus d’usine depuis bien longtemps déjà !… La marque de fabrique de notre chouette monde moderne où les marques elles mêmes finissent un jour par changer de maillot sans prévenir ni les ouvriers, ni les clients ! (Un truc qu’on ne verrait jamais au milieu d’une course cycliste inscrite sur un calendrier officiel. Et il ne manquerait plus que ça encore !)  Là, Tony se fait franchement remonter les bretelles par sa direction de l’information, en général plutôt patiente, mais qui elle aussi a des comptes à rendre à ses actionnaires qui eux aussi changent de couleur de maillot tout le temps. Ok alors ! Oui, Romilly dans l’Aube, au lieu de Kerouac imprimé sur un maillot tricoté main mais lavable en machine. Pour rester bons amis et continuer de nous entendre sur le sujet d’une route parfaitement circonscrite à son objet principal d’un joli poivrier de Sochaux sur la table. Une route, avec cette 403 de cinéma devant nous et un groupe de forçats aux maillots détrempés lancé à nos trousses. (Et voyez où Tony es est, qui ne sait pas si tout tiendra sur la table en finissant par rajouter une jolie miss comme Charlène Michaux sur la nappe ?! Le petit coup de sel en plus qui finirait pas tout faire déborder…
PHOTO © Jean-Luc Gantner
Cette vision récurrente du paysage un peu flou qui défile à travers le pare-brise dans le reflet du bandeau officiel de la course. Loin derrière la Berline de reportage, des hommes vissent en tête du peloton. À peine quelques images furtives d’une échappée du jour dans le rétroviseur de la bagnole… Des heures de route à l’avant d’une grande bagarre quotidienne de dérailleurs. Un enchainement de contorsions sur la banquette de notre Peugeot™ 308 stop & start de service pour tenir informés les téléspectateurs et les internautes tout en épargnant la couche d’ozone et les ours blancs de l’Arctique. (Moins de 140 g de CO2 par km ! Mais où l’on regrettera la mise à disposition d’une surface plane et stable permettant d’écrire sur le tableau de bord des résultats lisibles en descendant de l’habitacle et poser sa bière sans risque pour son costard repassé pour le grand Direct dans les journaux du soir…)

« ICI LONDRES, ICI LONDRES. LES VACHES SONT SORTIES DU PRÉ… »
Des heures sous l’antenne amovible posée sur le toit de la Cadillac™, l’oreille collée à la HF réglée sur radio Tour. L’oreille collée à la fréquence 157,550 MHz, et les yeux fixés sur le témoin de niveau Wifi du téléphone portable pour tenter une connexion avec le Blog Cycliste de France 3™. « Chute ! », « chute à l’arrière… » Puis la même voix  de stewart égraine dans le poste des numéros de dossards en tête du dernier GPM…  « Laissez travailler les directeurs sportifs SVP ! » « Les voitures des invités, prenez du large maintenant, ça va revenir fort dans la descente ». « Allez prenez de l’avance devant »… Puis plus tard : « Des vaches sont actuellement sortis de leur enclos à l’entrée du village. À tout le monde : Faites très attention ! »… « Au km 168, Deux coureurs sont toujours en tête à 2 minutes »… Le film de l’étape déroulé comme une bande son grésillante dans le récepteur HF. Autant d’incidents de parcours qui deviendront les événements médiatiques dans les JT. Les neurones passés au shaker des heures durant, et la tête comme une citrouille sur la ligne d’arrivée, avant de tout devoir résumer sur une minute trente en direct à la télé. « Allo la terre. Oui, ici Londres » (Le grand reporter bien sûr !)… À la régie : « Heureux de te revoir mon cher Albert. c’est à toi dans 10 secondes ». Le voyage forcément un peu étrange pour un visiteur de musées ou un pêcheur à la ligne mondialisé. Le temps aussi pour Tony et son équipe de reportage embarquée, de prendre quelques jours de repos bien mérités après tant d’émotions sportives sur la route.  JL Gantner

mardi 21 mai 2013

EN DIRECT DE LA ROUTE DU TOUR DE FRANCHE COMTÉ 2013

Une sacrée virée à vélo dans les paysages Comtois et une escapade à grande vitesse sur les pentes suisses du massif jurassien pour décider d'un grand vainqueur après une bagarre terrible de 4 jours. Des reportages à chaque étape...

Avec Stéphane Rossetto (Bigmat Auber 93)
Vainqueur de l'épreuve 2012

Des Interviews et des Directs réalisés dans des conditions, le plus souvent improvisées au moment même du départ ou des arrivées de la course ! Des journées sur la route et des nuits pour traiter l'information sur le Blog Cycliste de France 3. Le métier de reporter à cent à l'heure et sans réussir à toucher au poignées de freins. Un bon job comme on l'aime ! JLG 




Retrouvez toute la couverture TV et Internet sur le Blog Cycliste de France 3

mercredi 15 mai 2013

RÉCIT/ Dans le vire-vire du Bd Saint Miche et de la rue St Jacques

(DANS LA SÉRIE DES AVENTURES DE "JOHN THE RIDER")

Tony™ actionne son dérailleur du bout des doigts pendant qu'il appuie de toutes ses forces sur ses pédales automatiques, l'une après l'autre dans un strict mouvement de coucou suisse bloqué sur midi. Tony™se défonce à la débauche d'efforts considérables dans l'optique de ses calmer les nerfs et d'imaginer un monde meilleur. On fait bien du vélo pour les raisons qu'on veut non ?! 

L'auteur sur le Prix de la République du Saugeais - 2013 (PHOTO Luc Lhomme)

Tony™ (mais qu'on aurait pu aussi appeler Johnny...) Oui, oui... Bon, c'est d'accord. Je m'incline donc à la demande générale. Va pour Johnny alors ! Et qu'on n’y revienne surtout pas ! Johnny (Johnny comment d'ailleurs ?) Mais on ne va pas y passer la nuit non plus !.. Johnny tout court et ça ira bien comme ça ! Johnny tout court qui n'oublie jamais de tirer sur les genoux et de plier les bras même dans les pentes raides. Le truc d'un pédalage « bien rond » pour espérer remonter la concurrence sans gaspiller trop tôt ses dernières forces de persuasion... Le truc du coursier bien posé sur sa machine dont ce Johnny là, tout court... connait le refrain par cœur. Tout court... « Mais va savoir après quoi ?! » se dit le beau Johnny dans son costume jaune de champion des Champs-Elysées). Un gars qui ne mégote pas non plus sur les sujets philosophiques. Un habitué de la Sorbonne en passant par la rue Soufflot, le Bd Saint-Miche… et la rue des Écoles avant de remonter la rue Saint-Jacques (une virée parisiennes de quelques hectomètres que « le penseur de Rodin » effectue en alternant un 39X23 dans les descentes pour tourner les jambes à la vitesse d'un lémurien au galop, avant de s'arracher tout debout sur la plaque en visant le sommet du Lycée Louis Legrand). Johnny « John the rider »… Le recordman du vire-vire de la rue Champollion sur Strava™ (l'application Internet dorénavant incontournable du « monde meilleur » dont notre Johnny Begood à dérailleur électrique intégré s'est fait une spécialité parmi les syndicalistes les plus affirmés du peloton. Johnny... le « John Trumbull » d'un cyclisme moderne repeint de fond en comble façon Tour de France de 1903. Ce « Paris, Marseille, Toulouse, Bordeaux, Nantes et retour au bercail » pour faire vraiment le tour du sujet, mais en évitant scrupuleusement le moindre escarpement (Bon, oui ! Ouhhhh !!!… peut-être ?! Mais j’aurais bien voulu vous voir dans les 21 virages de « l’Alpes » avec un engin de 12 ou 13 kg au moins, monté sur un seul plateau de 50 dents. Une machine dont vous auriez pu chercher longtemps les freins encore dans les cartons à dessins le jour du départ.) Une épreuve historique remportée à l’époque avec la moustache par Maurice Garin (Heu ! Qui ça ?!...) 2400 km en 6 étapes… Une bambée qui en aurait jeté plein les mirettes à ce pauv’ Tony™ abandonné dans le gruppetto dès la première mine tirée par Johnny devant l’aile Ouest du collège de France. Tony™ qui gardait le palmarès de l’édition de 1924 accrochée au dessus de son lit pour tout vérifier de l’avance d’Ottavio Bottecchia lorsqu’il se réveillait en sursaut à cause d’un boyau crevé au pire moment de la course. Le luxembourgeois Frantz à ses trousses ; ces belges et ses français, malgré l’abandon des frangins Pélissier entre Cherbourg et Brest… Les gros titres dans le Petit Parisien du lendemain parce qu’un reporter du nom d’Albert Londres, l’illustre correspondant de guerre et défenseur de toutes les causes perdues, faisait le boulot en signant ses papiers à la rubrique des « forçats de la route ». Une affaire de bagne dans le Tourmalet au lieu des belles causeries humanistes sur les banquettes du Flore. Plus de 5000 bornes courus en 15 manches de 300 à près de 500 kilomètres chacune ! Depuis l’université de Besançon, Fred Grappe et Julien Pinot avaient tout recalculé dans les moindres détails convertis en puissances moyennes. (Où l’on aurait pu aisément confirmer qu’on ne buvait pas que du chocolat au bistrot de la gare de Coutances où les vedettes françaises racontaient leurs déboires avec l’administration officielle au soir de la 3e étape pour une histoire de maillots doublés… Pour vous dire les suées de Tony sous ses draps, et vous raconter la fanfare au balcon lors du retour des damnés à Paris après 30 jours à planter des croix de bois sur le pourtour exact de l’hexagone. « Bon tu dors où tu prends ton tour ?! » lança Johnny après s’être secoué le coude plus de dix fois en tête de la meute sans réaction d’aucun de ses coéquipiers. Tony, à bloc dans la roue de son John Reed des « 6 » jours qui ébranlèrent le monde du sprint, mais avec l’entrée du panthéon dans le dos… Tony… dans West side story, avant d’appuyer sur les freins devant le Reflet Médicis et avec la musique de Léonard Bernstein sous le casque pour essayer de faire craquer Nathalie Wood avant la fin de la séance. De quoi pouvoir enfin dérouler tranquillement jusqu’à la Seine de fin les yeux enveloppés dans l’alchimie d’une mixture d’endorphines amoureuses ! Tony et son côté : je pédale dans le Flamby™ depuis deux tours des studios sans réussir à reprendre mon souffle sur les photos. « Oh John ! Coupe un peu. T’es pas encore à Porto-Vecchio là ! » mais John s’en fout. John baisse la tête et serre les poignées de son guidon en arrachant les pavés de la rue Soufflot sous le coup d’une accélération redoutable pour larguer la concurrence avant le passage de la flamme rouge. Tony s’effondre littéralement devant la porte d’entrée de chez Gibert. La librairie où le petit Godard du cintre coudé entre à bout de souffle dans une posture Hitchcockienne pour acheter en solde « la vie des martyrs de G. Duhamel. Une façon comme une autre de considérer « le monde meilleur » dont on parlait tout à l’heure, mais Londres aurait adoré ! JLG

mardi 14 mai 2013

PORTFOLIO/ UN JOUR DE COURSE DANS LA RÉPUBLIQUE DU SAUGEAIS

Un peu moins de cent bornes dans les dénivelés du Saugeais.  Le tout à la vitesse d'une succession d'attaques et de relances ininterrompues. Une guerre des maillots sans merci sur les pentes Françaises du massif Jurassien.


  


PHOTOS © Luc Lhomme

lundi 22 avril 2013

"DE" LA PRATIQUE DU SPORT DANS L'ARMÉE FRANÇAISE


Un reportage en 4 chapitres, réalisé au mois de mars 2013 à Besançon, sur la pratique et le rôle du sport dans l'armée Française / © France Télévisions.
Plusieurs compagnies se croisaient ou attendaient leur tour pour des opérations au Liban, au Mali, à Djibouti ou en Afghanistan... Il neigeait encore un peu sur la place d'arme du quartier Joffre où nous avions planté notre caméra pour parler de sport dans l'armée Française... Du rôle d'une activité physique soutenue dans les rangs militaires. Une simple question, sans autre volonté particulière. Quelques heures de tournage programmées au 19e régiment d'artillerie de Besançon, dans le but de soumettre nos idées reçues à l'épreuve du terrain.










REPORTAGE © France Télévisions - Mars 2013
Jl Gantner, Denis Colle, Philippe Drouot, Alex Baudrand, Marie Bashung
(Pour les musiques : BO de "Into the Wild"de Sean Penn composée par Eddie Vedder et BO de "Dead man" de Jim Jarmusch composée par Neil Young.

Je ne sais pas vous, mais pour moi, la caserne et l'uniforme... Les ordres hurlés sans raison à la face du petit personnel sans distinction et les corvées obligatoires de toutes sortes, ne m'avaient pas forcément laissé un souvenir impérissable. Une année au 27e bataillon de chasseurs alpins à Annecy il y a tout juste trente ans... L'adresse au dessus du lac, les dents de Lanfon, le mont Veyrier et la Tournette en toile de fond peuvent faire rêver, certes ! Mais Je l'avoue tout net : ce paysage là d'un peloton mis au pas où l'on avait cherché à me faire disparaitre dans la couleur kaki d'un bon millier de troufions réquisitionné avec moi pour l’occasion d’une tradition héritée du Directoire — ce style dont je transporte aujourd’hui l’élégante sobriété d’une chaise en noyer à pieds de sabre et son dossier à claire-voie dessiné d’une lyre d’un appartement à l’autre… — m’avait laissé un goût profond pour la rébellion, la mutinerie et l’émeute. Cette inclinaison pour l’indépendance d’esprit qui ne m'a plus jamais quitté depuis. C’était le temps du service militaire encore obligatoire, dans un contexte idéologique qui rendait la loi Jourdan du 5 septembre 1798 et ses nobles intérêts égalitaristes, pour le moins obsolètes depuis les évènements de mai 68… Je n’avais pas encore 20 ans et je me destinais alors à une vie entière consacrée à l’alpinisme de haut niveau en hésitant encore entre une certaine inclinaison pour la misanthropie et un combat politique sans merci contre toutes les formes d’injustice et d’aliénation. Ce cher vieux Bonatti et sa bataille aux Drus sur ma table de nuit pour entretenir mes cauchemars libertaires, et quelques cavernes naturelles un peu rustres pour installer mon duvet crasseux sous des volutes de poésie montagnarde. Tout ça pour vous dire de quel point de vue je partais avant de vous livrer ce témoignage professionnel de quelques gens en treillis rencontrés lors d’un tournage consacré au sport dans l’armée Française. D’aucun de mes coreligionnaires verront sûrement à travers ce compte rendu de 3 journées passées au quartier Joffre de Besançon, un hymne, pour ne pas dire une promotion de la chose militaire au lieu d’une critique en bonne et due forme attendue sur leurs écrans de principe. Et je ne sollicite aucunement leur indulgence. Car j’avoue qu’il m’a été permis de tout filmer sans restriction d’aucune sorte, sur l’insistance même d’une hiérarchie militaire parfaitement ouverte à ma volonté de tout voir. Oui, tant pis pour les postures faciles et les vérités toutes faites dont je suis souvent ceinturé dans mon métier, mais au principe du repli sur ses convictions premières, j’ai préféré l’émancipation d’un l’audit libre de tous arguments dogmatiques. Le fil d’une rencontre dont j’espère qu’il peut constituer l’objet désintéressé d’un échange de sentiments dégagé de toute autre arrière-pensée. Sportivement votre. JL Gantner

vendredi 15 février 2013

(PORTFOLIO) LA ROUTE / FÉVRIER 2013



Tony™ s'était d'abord écarté de la route pour réparer son pneu crevé. C'était cette sorte d'hiver ou le froid encombre un peu la couleur du ciel. La couleur orange, répandue sur l'asphalte et du bleu pour se causer un peu du temps qu'il fait.







Cette météo détraquée qui empoisonne tout le monde en commençant par le coureur cycliste comme le peintre d’extérieur depuis des semaines. « Mais je ne suis pas un spécialiste… »
Il faut avant tout que je vous avoue que cette route n’existe pas ! Je veux dire… pas de cette manière là. Pas de cette façon dont la suggestion creuse forcément la distance à force des kilomètres qui défilent. Une forme d’extase qui adhère à l’asphalte malgré les morceaux de climat déglingué qui nous interrompt sans cesse. Une route. Comme une barricade multicolore contre la réalité. Un de ces jours bizarres où la lumière insistait sur l’horizon au passage de ma machine. L’hiver et ces raisons confuses. Un « ciel brouillé ». Un de ces « soleils mouillés ». « Quelque chose d’ardent et de triste, quelque chose d’un peu vague, laissant carrière à la conjecture ». Un truc éminemment Baudelairien en train de filer « à cent à l’heure » sous ma machine. La lueur sanglante. Une route d’apocalypse et sa couleur orange. Ses flaques bleues dans les marges avant que tout ne finisse par exploser en plein milieu du parcours bien tracé. Cette sorte d’état d’âme touristique emprunté aux agences de voyages médiatiques. Toute cette lumière saturée sous les projecteurs misérables d’un paquet de bagnoles équipées pour les trajets réguliers. Une route… mais qui n’existerait que dans l’imagination sincère et parfaitement réfléchie des brumes matinales et des aléas sensibles. Une route comme une définition d’un ardent désir de fuir nos abris crispés. Je pensais à tout ça en essayant de circuler loin de l’agitation quotidienne, comme Ionesco circulait d’une pièce vers une autre de son nouvel appartement de rentier solitaire. Une chambre, un grand lit, et l’angoisse d’une impossible résignation à tout ignorer du monde au delà de ses propres rêves. Une route, enfoncée dans le bitume inondé. Toute cette flotte. Une route d’intuition détrempée, vidée de toute substance tangible. La tête béate sur le décor enflammé, sans avoir lu la presse du jour ni consulter les KOM de Thibaut Pinot ou d’Arthur Vichot sur Strava™… Une route comme un remède aux supports de communication obligatoires. Les multiples tentatives d’insertion dans les flux constants. But, all is out ! « La mariée mise à nue… » de Marcel Duchamp n’a pas retrouvé ses fringues à la fin de la séance de shooting. Une « mariée », photographiée dans son plus simple appareil, et qui serait vendu aujourd’hui un prix forcément exorbitant malgré son verre cassé lors d’un déménagement. Des « conjectures »… sur le prix des choses et sur les moyens qu’on se donne pour nous protéger d’elles. L’image d’une route, ratée. Constamment perturbée par des déviations de toutes sortes pour éviter les mares improbables et les lagunes improvisées. La tentative d’un rêve sensuel sur Facebook™ en me levant le matin. Un rêve jetable sur ma time line devant mon café et mon ordinateur allumé. « Toutes les images se valent » m’avait expliqué l’immense artiste suisse Thomas Hirschhorn. Une star de l’art contemporain. Mais on avait paumé la pellicule entre temps. L’interview disparu. Et pas la moindre plainte du personnel politique pour m’obliger à restituer les réponses dans l’ordre des questions que je lui avais posées. Tout se vaut. Les tirages brûlés et les routes inondées. Tout se vaut dans la grande absence actuelle de profondeur de champs. Burn is over ! La route comme un grand reportage intérieur des jours d’averse un peu forte. Tony™ et cette incapacité que ce type avait de jeter quoi que ce soit (syllogomanie) du moindre des ses souvenirs affectifs… tout ce qu’il conservait de sentiments précieux dans leur emballage d’origine en faisant mine de les redécouvrir sans cesse comme à la première fois… Et je ne sais pas si vous pouvez vous rendre compte de ce que Tony comptait quand même beaucoup dans l’élaboration du tableau final ?! L’illusion de son total libre-arbitre dans l’affaire d’une peinture abstraite et des conséquences esthétiques du temps qu’il fait sur la route. Cette grande et belle idée de Tony, d’essayer de naviguer a vue, dans quelques goulets météorologiques dont la raison se prive habituellement.
JL GANTNER



 PHOTOS © JL GANTNER 2013
(smartphone + traitement numérique)