mardi 24 novembre 2009

JOEL-PETER WITKIN


PORTFOLIO

Le photographe est américain, né à Brooklyn à New York.
"je sais que le fondement de tout mon travail repose sur le désespoir de l’âme". J-P WITKIN

On dit que la relation plutôt houleuse entre son père juif et sa mère catholique est à l'origine de cette fascination que la mort exerce sur Joe-Peter Witkin... Il dit aussi que "c'est l'accident horrible, d'une petite fille décapitée sous ses yeux alors qu'il n'avait que 6 ans qui lui a valu cet amour des corps meurtris. Des influences... Goya, Bosh bien sûr ! Mais aussi la peinture du Caravage, Titien, Michel Ange et Botticelli... la Renaissance, et puis les surréalistes, Max Ernst, Magrite...
À partir des années 80, l'artiste commence de réaliser des Photos-citations. Un travail qui lui vaut aujourd'hui sa formidable notoriété. Son art de sublimer l'horreur. Et comment ne pas penser à un Lautréamont, ou encore ce Bataille... Pour en finir une bonne fois pour toutes avec cette obsession de la normalité.

Bon ! et nous aurions pu convoquer d'emblée un Derrida au crachoir du Journal de Néon™... (Voir plutôt sur ce sujet plutôt complexe d'un déconstructivisme appliqué à notre pauvre monde déglingué, cet étonnant "Harry dans tous ces états", ce film de Woody Allen sorti en 1997). Vous suppliant de me pardonner mon manque de patience pour vous entretenir d'avantage. sur la bible, je ne sais quel Coran à la mode, et autres commérages absurdes... pour cause de pression télévisuelle chronique ces temps-ci.



WITKITHE RAFT OF GEORGE BUSH


Les lignes qui suivent sont extraites d'une interview de Joel-Peter Witkin réalisée en 1999 pour le magazine Photo :

"Seul Evans percevait la sainteté. Je ne pense pas que l'on se souviendra de moi comme d'un artiste chrétien. Tout ce que je représente dans mon travail est un exemple des combats spirituels menés sur la dernière ligne de défense de la vie. Je suis "Jean-Baptiste" arpentant le désert de la photographie. Une voix dans le vide visuel ! Dans ce monde qui a perdu ses repères et qui agonise, certains me prennent pour un sombre fou qui ressasse ses quelques idées. J'ai été comparé à un meurtrier en série visuel par la presse parisienne.
Mon seul crime en série est d'écraser mes boîtes de céréales avant de les jeter à la poubelle. Je laisse à toute inspiration le droit de se manifester en moi. c'est ainsi que l'autre jour, à mon réveil, une image s'est imposée. On pourrait en faire une radiographie, mais son sens est plus clair quand on la dessine. Le dessin montre un foetus dans la matrice de sa mère engloutissant le pénis paternel en érection. Quel est le sens ? Le foetus est l'antéchrist se saisissant de la vie avant d'émerger des entrailles de la femme". Joel-Peter Witkin



GODS OF EARTH AND HEAVEN - LOS ANGELES 1988


PENITENCE - NEW MEXICO 1982




LEDA - LOS ANGELES 1986


LE BAISER - NEW MEXICO 1982



MADAME X - NEW MEXICO 1981



VOIR UN ALBUM

jeudi 19 novembre 2009

MUSE - RESISTANCE


CRITIQUE


NÉON™ S'A « MUSE »...


Vous aurez remarqué que l’un des trucs de Néon™, c’est un peu comme qui dirait d’être toujours en retard sur tout le monde pour parler de tout ce qui tourne trop vite autour de nous sans que ça n’y change rien. Une sorte de marque™ de fabrique un peu baroque dans un monde maniaque et un peu dépressif aussi. Je vous dis ça alors que je découvre à l’instant (excusez du peu !) le dernier album de Muse. « The Resistance » le 5e album studio du groupe de rock rosbeef le plus... je ne sais comment vous dire exactement... de tous les temps, depuis le temps où on avait encore le temps, bref ! Un Muse en or massif, déjà disque en métal de tous les métaux encore disponibles sur cette bonne vieille terre en terre un peu précaire à cause de tout ce qu’elle se prend dans la gueule depuis qu’on lui marche sur la tête avec nos gros croquenots tout déguelasses.





The Resistance... Une fusée à étages, avec son mode de propulsion au propergol. Un de ces trucs prévus pour la vie en orbite lointaine qui décolle dans un boucan d’enfer avant de quitter définitivement l’air raréfié de la couche d’atmosphère encore respirable. L’album —m’a t’on dit— ne fait pas obligatoirement l’unanimité dans les bas-fonds de la presse rock’n roll et spécialisée dans le bavardage de principe. Certes !... Alors que pas mal de monde s’attendait à voir débarquer dans les bacs une sorte de digne successeur de « Origin of Symmetry », (le deuxième opus aux accents psychédéliques du trio d’englishs... reconnu comme une des plus importantes productions musicales du vingtième siècle avec un tas de vieux trucs des Beatles, de Franck Sinatra, des Pink Floyd et j’en passe...) Voilà que les p’tits génies de la scène rock alternative et progressive mondialisée... accomplissent un nouveau tour de terre à bord d’un soyouz bien arrangé et complètement repeint pour l’occasion. D’abord « Resistance » le titre... et ses roulements de tambours entêtants.La deuxième piste du CD justifie à elle seule tout le paquet cadeau bien ficelé pour Noël. Un « Muse » pure jus, dont on a du mal à sortir ! L’effet « Showbizz » (L’album de 1999, le premier, alors que le groupe faisait encore les premières parties des « Foo Fighters » ou de « Red Hot Chili Peppers » aux États-Unis devant plus de 20 000 personnes tout de même!!!) Resistance : 5’46’’ de bonheur intégral. Et puis Un son consistant, des coups de basse et de batterie d’un certain poids pour tenter l’idée d’une citation aux « Dépêche mode » dans le morceau « Undisclosed Desires ». « Queen » tout de suite après... Oui, Queen (les petites reines...) J’ai d’abord cru m’être gouré de plaque tournante dans mon vieux four à CD avec un plat réchauffé et puis non ! Comme je vous le dis ! Le morceau plus ou mois samplé/collé sur le célèbre « Bohemian Rhapsody » interprété par l’inimitable Freddie Mercury s’appelle « United States Of Eurasia (+Collateral Damage) » Où il faut peut-être chercher une référence à la forme du titre chez Robert Rauschenberg et tenter de décoder le reste dans la littérature de Georges Orwell... L’ensemble progressif, traité à la façon orientale, débouche sur ce Nocturne Op. 9 No. 2 de Chopin, l’enchaînement d’un piano, léger et quelques violoncelles de cinéma avant de suivre je ne sais quel avion de chasse américain en forme de conclusion tragique dans l’oreille gauche. Éblouissant ! Les indiens de la scène rock à ressort bourré d’électronique et de compilateurs de brosses à reluire dans les coins s’essayent même au Cabaret avec « I belong to you » la voix de Matthew Bellamy en français dans le texte (en français... ou presque !!!) Tout le machin se termine par une symphonie ténébreuse, un triptyque sonore empruntant des chemins de course à pied arrosé d'une bonne vieille sonate au clair de lune à sa mémé. Et moi qui disais que je préférais tout de même Radiohead... Radiohead pour son côté quand je coure à fond dans la campagne avec ma paire de Nike™ aux dos argenté et mon casque Sennheiser™ orange sur les oreilles pour me protéger du froid et d'un tas de cons encensés dans des journaux véreux. Bon, oui, je sais plus ! Muse avant le prochain Radiohead alors !! Qu’est-ce que t’en dit le « Jean-Phi » ? Vas-y, fais péter ce que tu penses vraiment de tout ce barnum de guerre américano-soviétique, du haut de ta péniche de course nucléaire avec ta paire d'enceintes acoustiques sur le pont.
NÉON™


MUSE - RESISTANCE
Tracklisting :

1 Uprising
2 Resistance
3 Undisclosed Desires
4 United States Of Eurasia (+Collateral Damage)
5 Guiding Light
6 Unnatural Selection
7 MK Ultra
8 I Belong To You /Mon Coeur S'ouvre à Ta Voix
9 Exogenesis: Symphony Part I (Overture)
10 Exogenesis: Symphony Part II (Cross Pollination)
11 Exogenesis: Symphony Part III (Redemption)




samedi 14 novembre 2009

LES PATINS D'ARGENT


HISTOIRE


UN VOYAGE INITIATIQUE AUX ORIGINES DES SPORTS DE GLACE...
COMME UN PETIT COUP DE MOINS CHAUD QUI ANNONCE LA MAUVAISE SAISON , ET UN BON REMÈDE À LA FIN POUR SE REMONTER LE MORAL EN ATTENDANT LE DÉBUT DU PRINTEMPS PROCHAIN.


(ATTENTION, TERRAIN GLISSANT !)



PROJET D'AFFICHE DU FILM 1997


C'était l'idée d'un film, un document sur les origines des sports de glace. Une idée comme ça, parce que c’était l’hiver et qu’il commençait à sérieusement « meuler » dans les chaumières comtoises. Pour vous dire la vérité, je crois me souvenir que je fus plutôt bel et bien attablé au Charbon ce jour-là, un établissement fort réputé dans la rue Oberkampf et chauffé comme il faut. Un de ces petits matins d’hiver fumant du 11e arrondissement parisien et ses fragrances de croissants au beurre trempés dans des grandes tasses remplies d’un généreux café noir. Voilà pour le contexte qui précéda certainement l’idée... l’histoire d’une athlète plusieurs fois recordwoman de vitesse sur glace qui se rend chez un libraire de la vieille Amsterdam. Une sportive de haut niveau et son truc... sa drôle de marotte pour les bouquins de gosses. La bibliothèque rouge et or ; les aventures de Tintin en Papouasie nouvelle Guinée ; je ne sais plus quelle espèce de voyage de Gulliver dont j’ai complètement oublié l’adresse en route... Lorsque la lecture des “Patins d’argent” inspire à la championne une fabuleuse randonnée qui va la conduire d’une ville à l’autre sur les rivières et les canaux gelés du carré Amsterdam, Haarlem, La-Haye, Utrecht. Ces paysages rapportés par les toiles de l’âge d’or de la peinture hollandaise... Avercamp, Bruegel l’ancien, Van Der Neer. « Chemin faisant », comme il nous arrivait de le dire avant-hier encore, la patineuse file de découvertes en découvertes, jusqu’à Leeuwarden, ligne de départ où, chaque année lorsque la rigueur de l’hiver le permet, quelques milliers de passionnés se retrouvent pour la plus fantastique des courses populaires sur glace au monde.


CHAMONIX 2009 © JL GANTNER


Les 200 kilomètres de L'Elfstedentocht (la course des 11 villes) n’ont été parcourus que 15 fois dans ce siècle. En 1997, dernière organisation en date, plus de 15 000 patineurs s’étaient rassemblés à Leeuwarden pour prendre part à cet événement exceptionnel. Cette année-là, Henk Angenent emporta l’épreuve en 6h49. Bref ! Un sacré coup de « moins chaud » dans les colonnes de Néon™ ! Comme qui dirait même : Un vrai petit coup de frisquet pour en finir une bonne fois pour toutes avec l’été torride et les coups de soleil dans le dos.



LA PATINEUSE EST ALLEMANDE KATARINA WITT / 1998


C’est au pays de la “basse terre” qu’au XVIIIe siècle, la première compétition de patinage fut imaginée. Plus qu’une course, cet événement populaire est en quelque sorte un témoignage de la culture néerlandaise et de cette région du monde qui se dispute avec quelques autres, l’origine des sports de glace.



PAYSAGE D'HIVER - HENDRICK AVERCAMP - 1608/RIJKSMUSEUM, AMSTERDAM


Les pieds chaussés de deux os arrachés à la mâchoire d’un animal, l’homme préhistorique avait déjà trouvé le moyen de se déplacer efficacement à la surface gelée des lacs et des marais La géographie et le climat particulier au « Pays creux » auront certainement dessiné le décor favorable à l’éclosion et le développement de cet original moyen de locomotion. D’abord en os, en bois, puis en métal, jusqu’aux aciers les plus évolués, l’histoire des patins et du patinage s’est en partie au moins écrite là, entre les digues et les moulins à vent du pays de Rembrandt. Mais également celle du curling, l'un des plus anciens sports du monde, dont les premières traces remontent au XVIe siècle en Ecosse, et celle du « Hockey sur glace » (le « Ken Jaegen », son ancêtre hollandais). En 1676, les Pays-Bas inaugurent la première course de ville à ville. Et c’est encore en Hollande qu’en 1805 le départ est donné à Leeuwarden pour la première épreuve de patinage de vitesse en ligne droite, une compétition uniquement réservée aux femmes.


KATARINA WITT - RDA - MÉDAILLÉE D'OR À CALGARY ET SARAJEVO


C’est bientôt toute l’Europe qui s’enflamme pour ce sport rapidement devenu à la mode. On dit que le roi Henri II aurait entraîné sa favorite Diane de Poitiers sur les étangs gelés. A Versailles, l’hiver glacial de 1776, on vit Marie-Antoinette patinant sur le lac du château. Goethe, l’écrivain allemand, pratiquait lui aussi volontiers la glissade... Puis c’est Napoléon III et l’Impératrice qui dessinèrent des courbes sur les lacs du bois de Boulogne, bien vite imités par une cour entièrement convertie. Le 11 juillet 1865, « le cercle des patineurs » est fondé à Paris.
Comtes, vicomtes, marquis et princes s’y pressent, et les dames s’y font remarquer en toilettes “courtes”.



GRAVURE P.275 - LES PATINS D'ARGENT


Le jeu des enfants après l’école, les divertissements du dimanche, le transport de marchandises, les courses... vers la fin du dix-neuvième siècle, c’est encore et toujours en Hollande que cette discipline, ce « métier » de la glissade contrôlée inspire l’écrivain américain Mary Dodge. À la demande de son éditeur, J-P. Hetzel, l’auteur entreprend l’écriture d’un conte pour enfants “Les patins d’argent”. Un conte couronné par l’Académie Française dés sa parution en 1865, dont l’intrigue empruntée aux célèbres personnages des frères Grimm “Hans et Gretel”, se déroule dans cette Hollande des pionniers des sports de glace.
Une histoire qui épouse la couleur de la peinture des grands maîtres néerlandais.
Une peinture qui relate elle aussi ces coutumes glaciaires aussi diverses qu’originales, où l’on peut reconnaître, dans la foule des personnages qui la caractérise à partir du XVIe siècle, les inventeurs de ces jeux d’hiver.



PIETER BRUEGEL L'ANCIEN - LE TRÉBUCHET 1565
Musées royaux des beaux-arts de Belgique, Bruxelles


Aujourd’hui, sur la glace artificielle des patinoires olympiques, les spectateurs du monde entier applaudissent des athlètes qui rivalisent d’exploits... mais chaque hiver, à quelques pas des polders et de la mer du nord, lorsque la température le permet, ce sont les chapitres d’un livre d’enfance et une certaine paire de patins en métal précieux qui perpétuent toute une idée du transport glaciaire.


La Sud-Coréenne Kim Yu-na /PHOTO REUTERS - Kim Kyung-Hoon 2007



L'HISTOIRE :

Sous les grandes ailes immobiles des moulins à vent, une couche de neige recouvre d’immenses plaines uniformes. C’est l’hiver en Hollande. Les deux enfants Brinker, les héros du célèbre conte de Marie Dodge, nous transportent un soir de décembre, au milieu du XIXe siècle.
Sur une rivière gelée bordant un petit village de l’ouest du pays, un groupe de jeunes gens complotent une fantastique randonnée initiatique, qui doit les conduire en patins d’Amsterdam à La-Haye. Un voyage dans la Hollande traditionnelle, qui emprunte les canaux figés par la saison et qui déroule les paysages et la culture d’une province d’Europe où, dit-on, les loisirs de la glisse furent inventés au début de notre ère.
Ce soir-là, sur leurs lames de bois qui peinent à remplir leur rôle, Hans et Gretel Brinker entendent parler d’une grande course populaire à l’issue de laquelle, le gagnant recevra une paire de patins d’argent...


COUVERTURE DES "PATINS D'ARGENT" DANS LA COLLECTION ROUGE ET OR


Les patins d’argent (extraits)
Il y aura tantôt vingt ans que par une belle matinée de décembre, deux enfants, un jeune garçon et une jeune fille moins âgée encore que lui, pauvrement vêtus tous les deux, étaient assis l’un devant l’autre sur les bords d’un canal gelé de la Hollande, et semblaient occupés d’une besogne qui n’allait pas toute seule.
Le soleil n’avait pas encore paru, mais les confins de l’horizon se teignait déjà des lueurs pourpres du jour naissant. C’était l’heure, pour la plupart des bons Hollandais d’un paisible repos ; le digne et vieux Mynheer Van Stoppelnoze lui-même sommeillait encore.
De temps en temps une agile et svelte paysanne, portant un panier bien équilibré sur sa tête, arrivait effleurant à peine la surface polie du canal. Un gros garçon en patins courait à son travail et échangeait avec elle, en glissant, un bonjour sympathique.
La jeune fille et le jeune garçon, s’évertuaient toujours à attacher sous leurs pieds un instrument bizarre. Ce n’était certainement pas ce qu’on peut appeler des patins, mais c’était quelque chose d’informe destiné à en tenir
lieu : car à quoi pouvaient servir deux grossiers morceaux de bois dur, dont les dessous amincis en forme de lames étaient percés de trous à travers lesquels passaient des cordons de cuir destinés à les fixer autour des pieds, sinon à faire glisser tant bien que mal des pieds sur la glace. Traduit de M. M. Dodge par P.-J. Stahl



ET POUR LA « GLISSADE » FINALE... (quand même annoncée dès le début !)
Néon™ vous propose ce portrait de mademoiselle Tanja Szewczenko réalisé pour le magazine Playboy. Médaillée de bronze aux championnats d'Europe en 1998 alors que la jeune fille n'avait que 16 ans, la patineuse allemande est aujourd'hui reconvertie dans une toute autre forme d'art facilement transportable. Et je pensais en substance : Qu'il n'y a pas que le journalisme qui mène à tout ! Comme le dit la formule consacrée.
NÉON™


TANJA SZEWCZENKO / PHOTO © Gen Nishino - Playboy 2007





mardi 10 novembre 2009

KOOL SHEN REVIENT...





CRISE DE CONSCIENCE...
Voilà, le meilleur album de l'année !! Un truc de ouf !

L'hypnotisant Kool Shen, le copilote de NTM, le boss du flow hip hop a sorti un "avion" dans les bacs. Un machin atomique en solo et en 15 pistes. avec des "popopopop!" qui déchirent de partout, et une rage absolument intacte. Un son carrément mortel, et un brin nostalgique aussi. Que du lourd ! Une rythmique en béton armé et des rimes d'orfèvre. Une sorte de conte à la manière noire. ("écœurant !" dirait une amie à moi qui aime quelquefois s'exclamer avec son accent Québécois). Ouais, un vrai massacre ! Je vous parle d’un machin mélancolique, lyrique, sensible et poétique, bourré d'émeutes dans les cités et d’un sacré bordel dans l'hexagone ; le tout hyper lucide alors que le disque est déjà disponible depuis plusieurs semaines sur Deezer™ et dans une France "hallucinée" par ses problèmes d'identité nationale. Ouais, "La France hallucine" rétorque le rappeur de la Seine-St Denis. Mais voilà, Néon™ était plutôt dans une période poésie anglaise (Émilie Dickinson), Purcell et musique baroque. Bref ! Néon™ fait son retour en urgence, comme une "crise de conscience" dans le meilleur du Rap français.

Morceau choisi : "Non, non je n'suis pas un leader, simplement ghetto chroniqueur Ils m'ont reproché ma rigueur, je ne fais que mon taf de rimeur".











ÉCOUTER L'ALBUM SUR DEEZER

1 · Intro
2 · J'reviens
3 · La France hallucine
4 · Interlude Vivre dans l'urgence
5 · Vivre dans l'urgence
6 · Rappelle-toi
7 · Salope.com
8 · Mauvaise école
9 · Jusqu'au bout
10 · Grandeur et décadence
11 · C'est bouillant
12 · Vendredi 13
13 · J'ai jamais eu besoin
14 · Eldorado
15 · Outro




KOOL SHEN ET JOEY STAR / NTM


Et puis aller... une petite piqûre de rappel. Le titre "Seine-Saint-Denis" Un "des hits" sur L'album "Suprême NTM". 1998. Ouais, c'était "de la bombe bébé !" La consécration pour le groupe avec plusieurs centaines de milliers d'albums vendus depuis. 1998... Je crois que je me trimballais encore avec ma vieille golf, le cd coincé à l'intérieur du mange disques pendant que je roulais droit devant moi sur des "popopopop !..." à n'en plus finir et sans limitation de vitesse sur des routes désertes. Un véritable obsession. 1998... Paris, la forêt de Fontainebleau, un feu ardent en Sologne... quelques jours torrides sur une île de beauté ; un projet de tournage dans les Alpes avant de partir au Gabon, l'Himalaya ; des lignes obliques sur les pentes parfumées du Jura. Des va-et-vient, des navettes aléatoires... toutes sortes d’inclinaisons qui durent. Ce drôle de penchant pour les chemins tortueux et les sentiers dérobés ; un paquet de routes déglinguées sous des lignes d'horizons interdites. "Et on est encor'là ! Prêts à foutre le souk..."


SEINE-SAINT-DENIS





lundi 9 novembre 2009

FLIPPER




Ohhh !! Il est pas beau mon poisson ?
Flipper. C'est le nouveau copain de Néon™. Un p'tit gars trop cool avec sa couverture de dauphin sur les cartes de visite pour faire le beau dans les soirées bien habillées. Le p'tit gars dans le genre acrobate d'aquarium, qui fait des ronds dans l'eau pour amuser les marmots. Un p'tit poisson avec sa couleur rouge pour savoir quand s'arrêter au feu au lieu de foncer tout le temps n'importe où et de fermer les yeux aux croisements... Un sacré poiscaille ! Un marin de première classe ! Le genre de matelot qui rempile au moindre coup de sifflet. Un petit poisson bien élevé qui navigue les nageoires bien dans l'axe pour ne jamais dévier de sa route. Un poisson et sa vraie vie de poisson.



FLIPPER LE POISSON ROUGE


Bon, la vérité, c'est que Flipper fait son fier comme ça ! mais son truc à lui ce serait comme qui dirait une idée fixe. L'idée de trouver un grand bocal pour respirer un peu. Une vraie piscine. Un vase énorme rempli à l'eau douce avec plein de potes équipés pour faire la course au milieu des vagues. L'idée d'une bouteille à la mer, mais une bouteille assez grande pour voyager dans le monde sans avoir à reprendre son souffle tout le temps.
NÉON™



mardi 3 novembre 2009

LE COUP DE CHAUD / XXXIII



(ROMAN EN LIGNE)
LE COUP DE CHAUD
-33-



Un roman... et c'est évidemment Tony™ qui s'y recolle ! Sacré Tony ™ ! Un roman... ou une somme de lignes superposées au mouvement de l'air ambiant. Un de ces procédés écologiques pour dire la couleur verte qui lui coule dans les yeux au lieu d'une industrie lourde incapable de le distraire vraiment. Un roman... disons plutôt une correction à la volée d'un vieux manuscrit laissé pour compte par faute de temps, l'été 2003. Le coup de chaud... où ce qui arrive à force de prendre des douches froides au travers du cadre strict d'une météo de merde. Le coup de chaud ou une façon de décliner un paquet d'histoires anciennes, des engrenages, la mécanique rouillée des passions en retard. L'effort illuminé d'en découdre avec ses vieilles leçons de voyages, les malles défaites un peu partout dans le coeur de gens admirables et réconfortants. Le coup de chaud... comme on dirait : de La poésie, le cinéma... un tas d'emmerdements à la fin.


(PUBLICITÉ)



CHAPITRE 15
JUILLET 1970
(SUITE /2)



Antoine ne broncha pas, dégagea juste ses boucles blondes élimées de devant ses yeux cernés avant d’écraser sa clope dans un cendrier Berger jaune. On entendit Johann Strauss (fils) en fond sonore dans une paire d’enceintes en bois de noyer naturel. Bob descendit très légèrement le volume de son ampli à lampes et poursuivit son vieux truc de nettoyer les verres pour ne pas avoir à rester debout comme un con, les bras croisés sans rien faire, en arrière plan de l’action principale... Le photographe de guerre chercha quelque chose d’un peu intelligent à répondre à son voisin et pour faire mine de s’intéresser au moins par politesse. Une question d’éducation.
« Vous vous passionnez pour la conquête de l’espace ?
-En quelque sorte. Ouais c’est ça, à l’espace... c’est tout à fait ça.
-Voyez-vous, j’ai longtemps été absent et, la lune, les missions Apollo comme vous dites... bien sûr ! mais là où j’étais, enfin... c’est assez difficile de vous expliquer dans le détail et franchement, je vais vous dire... J’en ai vraiment rien à foutre, moi, de vos ordinateurs qui pètent les plombs à plus de 300 000 kilomètres de la terre ou de je ne sais quel agent de service miteux, embauché par Hollywood pour se payer la tête de la planète entière avec son petit veston cousu main.
-Pas Hollywood... Disney !
-Quoi ?
-Non, je disais juste, c’est à cause de Disney que tout a commencé.
-Mais qu’est-ce que vous me raconter encore ?!... Qu’est-ce que ce Disney a à voir là-dedans ?
-Je dis que c’est comme ça que tout a commencé, c’est tout.
Werner Von Braun, l’ingénieur allemand, le commandant SS passé dans le camp américain en 44... Un SS... l’actuel administrateur adjoint de l’agence spatiale ; le père des V2...
-Oui...
-Et bien c’est lui qui est à l’origine de cette histoire avec l’oncle Walt, ce Von Braun. Le type dirigeait les chaînes de montage de missiles balistiques dans le camp de Norhausen-Dora lorsque les américains et les russes ont enfin réussi à foutre sur la gueule des boches.
-Et alors ?
-Et bien Von Braun, qui s’était rendu de lui-même aux alliés afin de poursuivre son rêve de conquête dans le camp des vainqueurs, mais voyant qu’Eisenhower se foutait complètement de la possibilité de développer un programme astronautique aux Etats-Unis, s’est alors tourné vers les studios de Walt Disney pour populariser son idée d’envoyer des hommes sur la lune. Tout le monde sait ça ! Quelques films ont suffi pour que l’idée de l’ex officier SS remporte un succès considérable auprès du public américain. C’est comme ça que la NASA est née mon pote. Un coup de Mickey les grandes oreilles et d’un de ces petits nazis prétentieux qu’avait de nouveau le vent en poupe, mais cette fois dans le camp des gentils.
-Mickey, dites-vous ?!... Oui, c’est intéressant ! mais j’attends quelqu’un voyez-vous. Et franchement, je n’avais pas obligatoirement prévu de refaire l’histoire de la conquête spatiale aujourd’hui avec vous. Ni aucune autre sorte d’histoire d’ailleurs. Comment disiez-vous déjà que vous vous appeliez... mon pote ?! »

L’horloge accrochée au-dessus du bar marquait l’heure fade et sans conviction d’un milieu d’après-midi qui n’en finissait plus. Je repensais à cette nuit dont nous parlions depuis des heures maintenant... l’histoire... d’essayer de me faire une image plus claire des événements passés. Je repensais à cette nuit et tentais de raccorder chaque détail d’une robe rose échancrée au portrait d’une étoile les bras démantibulés. Des tonnes d’acier lancées à toute vapeur sur la voie lactée ; les charges animales comme des trains brûlants dans un cimetière de cercueils plombés... Des coupures nettes, un montage merdique. Des ratés de projection. Des collures saumâtres sur des charbons ardents. L’image récalcitrante d’un feu tricolore qui palpite dans l’embrasement d’un sens giratoire déglingué. Les ténèbres et rien de plus. Je me répétais : Les ténèbres et rien de plus. Tout comme on dit aussi que la télé rend cinglé à force de clabauder, de tout superposer en vrac du bon goût et de la pire merde mélangés. La télé... qui balayait tout sur son passage... Sa technique de nettoyage industriel bien cadrée sur des écrans convenus.



(À SUIVRE)



dimanche 1 novembre 2009

ANDY GOLDSWORTHY


RIVER AND TIDES / LE FILM


"Les amis du cinéma de Vesoul" proposent la projection du film documentaire "Rivers and Tides" le mardi 10 novembre 2009 au cinéma Le Majestic-espace lumières. Un film réalisé par Thomas Riedelsheimer sur le travail de l'artiste Andy Goldsworthy, Un des chefs de file du Land art avec Robert Smithson ou Michael Heizer, Oppenheim, Christo ou Fulton pour les États-unis ; Barry Flanangan et Richard Long en Grande-Bretagne ou encore Rinke en Allemagne... L'artiste Frank Morzuch, installé en Franche-Comté, est invité pour un dialogue avec la salle sur le sujet de cette forme d'art particulier.




River and Tides (extraits 1)

River and Tides (extraits 2)



VESOUL - CINEMA LE MAJESTIC
mardi 10 novembre à 20h15
(en présence de l'artiste Frank Morzuch)
GRAY - CINEMAVIA
13 novembre


VOIR LE PORTAIL DU LAND ART




vendredi 30 octobre 2009

MICHEL LOUP (CARNET DE TOURNAGE)


MICHEL LOUP
(SÉANCE PHOTO DU VENDREDI 30 OCTOBRE 2009)

Le type venait de recevoir un prix. Et quand je dis un prix, je veux dire une de ces récompenses de dimension internationale qui couronnent un boulot d’exception. Michel Loup, un des grands vainqueurs du "Veolia Environnement Wildlife Photographer" cette année. Le genre de médaille qui vous envoie d’un seul coup un homme et tout son travail acharné, jusqu’aux sommets de sa profession ; une sacrée pichenette que ce type-là n'a pas volé ! Michel Loup. Je suis tombé sur son nom par hasard, à force de bricoler des mots clés dans les zones de recherche aléatoires sur Internet. Le Jura, la région de Franche-Comté et la photographie. Michel Loup, un jurassien primé pour son image d’un brochet lors d’un concours, (un des plus prestigieux du monde). Michel m’a raconté la scène... l'estrade du Muséum d’histoire naturelle à Londres... Les centaines de personnes, les milliers de spectateurs réunis dans la salle d’exposition derrière la façade victorienne de l’énorme édifice historique planté sur Cromwell road. Pas le genre d’endroit où traîner en bottes et en col roulé ! Il revenait juste de la capitale de l'ex empire britannique avec l'idée qu'on ne le dérangerait plus pendant au moins plusieurs mois d'hiver ! J'ai dû insister... (L’homme et son côté farouche, ses silences vigilants face au bruit excessif ou dans le raffut des éclairages trop vifs... )



PHOTO © JL GANTNER 2009


J'ai dû convaincre mon « bonhomme » de se laisser approcher par des gens de télévision pressés par des impératifs de toute sorte ; leurs contraintes d’un planning serré pour parler du monde et d’un tas de choses importantes comme la couleur du ciel et ce paquet de ballons invisibles qui nous éclatent les yeux les jours d’orages.




Nikon D2X + Nikkor 17-55mm f2.8 lens at 17mm 1/160 sec at f10 ISO 400 Aquatica

TOUS DROITS RÉSERVÉS © MICHEL LOUP


Le prix "Veolia Environnement Wildlife Photographer of the Year 2009" (dans la catégorie "subaquatique), une des plus prestigieuses récompenses du monde, décernée au muséum d'histoire naturelle de Londres parmi plus de 40 000 concurrents provenant de 94 pays.



TOUS DROITS RÉSERVÉS © MICHEL LOUP

TOUS DROITS RÉSERVÉS © MICHEL LOUP

TOUS DROITS RÉSERVÉS © MICHEL LOUP

TOUS DROITS RÉSERVÉS © MICHEL LOUP

TOUS DROITS RÉSERVÉS © MICHEL LOUP

TOUS DROITS RÉSERVÉS © MICHEL LOUP

TOUS DROITS RÉSERVÉS © MICHEL LOUP


VOIR AUSSI UN PORTFOLIO DE MICHEL LOUP / JURA


Je lui avais promis de ne rien bouleverser de son emploi du temps surbooké par la lumière changeante et les voiles de brumes qui semblaient terriblement l'inquiéter cette après midi-là. J'avais tout de même fini par obtenir ce précieux rendez-vous grâce à l’intervention de son éditeur Bruno Salvi et d’une astuce consistant à impliquer son laboratoire à Champagnole. L'idée d’en apprendre d’avantage sur l’homme et sa passion pour la nature sauvage, les paysages subaquatiques. Une belle rencontre. Une sacrée foutue belle ballade dans les environs du Frasnois, dans la régions des quatre lacs.




PHOTO © JL GANTNER 2009


PHOTO © JL GANTNER 2009


Derrière l’objectif de sa caméra à ressorts, tout le talent de Jean-Marie Baverel pour filmer l'homme qui photographie les grenouilles avec leurs grands yeux de dessins animés japonais... Pas un de ces cow-boys clinquants qui tournent tout de traviole à force de ne jamais regarder ce qu'ils filment, non ! Juste un vrai caméraman de télévision avec son tas de convictions précises sur les cadres fixes, les opinions toutes faites... les idées molles... le siège immobile du temps figé. Le mec occupé derrière son diaph et toute sa gamme d’humeurs livrées avec les jours de pluie... le type et son œil bien ouvert s’est occupé de l’image du monsieur dans une des ces lumières qu’on n’est pas près d’oublier dans les gammes de feu. Une vraie fournaise pour le cœur. Le Monsieur, Michel et son Nikon™ flambant neuf, voilà pour le côté technique pour tous ceux qui s’intéresseraient à ce genre de détail absolument indispensable à une discussion entre nous! Le monsieur et son œil hyper sensible au moindre chuchotement du soleil.



JEAN-MARIE BAVEREL, CAMERAMAN À FRANCE TÉLÉVISION ET LE PHOTOGRAPHE MICHEL LOUP
PHOTO © JL GANTNER 2009


JEAN-MARIE BAVEREL, CAMERAMAN À FRANCE TÉLÉVISION ET LE PHOTOGRAPHE MICHEL LOUP
PHOTO © JL GANTNER 2009


Je crois qu’on a d’abord parlé comme d’autres auraient pu dire qu’ils avaient longtemps marché. Un flagrant délit de bavardage un peu abrupt au milieu d’un champs d’automne prévu comme décor à notre rencontre, toute... professionnelle. À vrai dire, Michel n’était pas très à l’aise dans l’exercice des interviews et du portrait calqué sur les croûtes qu’on trouve accrochées un peu partout dans les musées. L’exercice des curriculum vitae... les questions à double entrée... les mille pièges tendus par le questionnement habile... toute la belle panoplie du reporter bien habillé pour se faire beau sur un plateau de télé. Bref ! (comme on arrête pas de dire dans le poste un peu étriqué pour aller jusqu’au bout de ses raisonnements). Je crois que c’est à ce moment-là que le monsieur et son bel appareil photo attaché autour du cou m’a parlé de ses libellules dans la lumière bleue... Un paquet de bestioles qui l’amusaient depuis qu’il était petit. Des libellules et des grenouilles, des crapauds et des poisons d’eau douce. Tout ce que le môme planquait derrière son armature d’homme sérieux pour faire son mec crédible dans le grand monde... Tout ce que sa retenue naturelle lui avait soigneusement évité de tout balancer devant la caméra. Un monde secret : celui des marmites bouillonnantes peuplées de sentiments intérieurs ; des scènes féeriques camouflées sous la surface ("l'essentiel est invisible pour les yeux"disait st Ex) ; celui d'une poésie singulière. Je ne sais pas si j’ai le droit de vous dire ça ? Une confidence ne s’expose pas sous la lumière des projecteurs. C’était encore il y a peu, une simple question de bon sens, une question de principes. Une sorte d’égard, de respect pour l’intimité des gens. Oui, cette sorte de grâce dans les rapports humains.



PHOTO © JL GANTNER 2009


Alors voilà ! je voulais juste aussi dédier au monsieur ce brouillon pictural, cette impression d’automne inspirée par ses beaux voyages à lui, ses paysages d’enfance grands formats... Juste quelques images volées en forme de cadrages triturés à la lumière jurassienne pendant qu’on parlait d’un prix, un grand prix international qui récompense le meilleur photographe de l’année, le boulot patient, la persévérance... et puis les sentiments, les foulures intimes... l’effet des écorchures de toute une vie.



PHOTO © JL GANTNER 2009


PHOTO © JL GANTNER 2009


PHOTO © JL GANTNER 2009


PHOTO © JL GANTNER 2009


PHOTO © JL GANTNER 2009


PHOTO © JL GANTNER 2009


Et puis tiens ! Je ne sais pas pourquoi, mais je pense juste à l'instant à ce trio, cet Opus 100 de Schubert... Cette bande originale du superbe "Barry Lyndon" de Stanley Kubrick... Oui, allez savoir pourquoi ? Peut-être pour la couleur, le côté cramé de l'endroit en pareille époque ! C'est ça, "Barry Lyndon" pour la lumière éclatante du décor et les tableaux magnifiques qui se succèdent sur de la musique baroque. Un tas de zoom arrières... Je ne sais pas !?...
NÉON™



PHOTO © JL GANTNER 2009


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mercredi 28 octobre 2009

PIERRE ET SIMONE BLONDEAU




mardi 27 octobre 2009

MICHEL LOUP (JURA)



MICHEL LOUP
PHOTOGRAPHE PAYSAGISTE JURASSIEN


Il est l'un des grands vainqueurs du "Veolia Environnement Wildlife Photographer of the Year 2009" (dans la catégorie "subaquatique), un des prix les plus prestigieux du monde, décerné au muséum d'histoire naturelle de Londres parmi plus de 40 000 concurrents provenant de 94 pays.



PORTFOLIO - JURA





























TOUS DROITS RÉSERVÉS © MICHEL LOUP

MICHEL LOUP TRAVAILLE AVEC LE LABORATOIRE COLORPIX À CHAMPAGNOLE / JURA
COLORPIX


samedi 24 octobre 2009

LE PANOPTIQUE DE NÉON™ / 5



LE "PANOPTIQUE" PERSISTE DANS LE JOURNAL DE NÉON™. UNE RUBRIQUE RÉGULIÈRE POUR DÉNICHER DES RÉFLEXIONS, DES MORCEAUX D'ESPRITS... UNE SORTE D'ANTIMANUEL RÉCURENT DES PIPE-LINE DE LA PENSÉE DIRIGÉE.



LE RADEAU DE LA MÉDUSE / Théodore Géricault, 1819 / Musée du Louvre, Paris


LA FRANCE DE "CIORAN"
(EXTRAIT)


"Un peuple sans mythes est en voie de dépeuplement. Le désert des campagnes françaises est le signe accablant de l'absence de mythologie quotidienne. Une nation ne peut vivre sans idole, et l'individu est incapable d'agir sans l'obsession des fétiches.

Tant que la France parvenait à transformer les concepts en mythes , sa substance vive n'était pas compromise. La force de donner un contenu sentimental aux idées, de projeter dans l'âme la logique et de déverser la vitalité dans des fictions-tel est le sens de cette transformation, ainsi que le secret d'une culture florissante. Engendrer des mythes et y adhérer, lutter, souffrir et mourir pour eux, voilà qui révèle la fécondité d'un peuple. Les "idées" de la France ont été des idées vitales, pour la validité desquelles on s'est battu corps et âme. Si elle conserve un rôle décisif dans l'histoire spirituelle de l'Europe, c'est parce qu'elle a animé plusieurs idées, qu'elle les a tirées du néant abstrait de la pure neutralité. Croire signifie animer.
Mais les Français ne peuvent plus ni croire ni animer. Et ils ne veulent plus croire, de peur d'être ridicules. La décadence est le contraire de l'époque de grandeur : c'est la retransformation des mythes en concepts.

L'arrachement aux valeurs et le nihilisme instinctif contraignent l'individu au culte de la sensation. Quand on ne croit à rien, les sens deviennent religion. Et l'estomac finalité".
EMILE CIORAN


Extrait d'un portrait de la France écrit en 1941 par le philosophe d'origine roumaine, Emile Cioran, qui parlait de ce pays qui le fascinait, comme un pays à la fois jouisseur et désespéré. « De la France », de Cioran, L'Herne, 96 pages, 9,50 E.


O SOLITUDE







vendredi 23 octobre 2009

L'ATELIER DE JULES™ / XI



LA FONTAINE DE BANON









TOUS DROITS RÉSERVÉS © JL GANTNER 2009

Banon est un village des Alpes de Haute Provence. Pour le reste, c'est-à-dire cette improbable variation picturale autour d'une fontaine... Il faut s'en remettre à cette humeur particulière d'un jour d'automne passé à foncer à foncer droit devant sur les routes de la Drôme ou du Vaucluse, malgré les virages, et jusqu'à cet endroit dont je vous parle. Autant dire que je ne suis pas tombé sur cette fontaine là par hasard, mais plutôt par le biais d'un ami vieux de vingt de vingt ans qui ne voulait pas que je ne reparte sans boire un peu d'eau de cette fontaine-là de Banon. Un alpiniste. Un de ces potes qu'on traîne toute sa vie malgré les virages et les changements de direction, à cause de cette corde sûrement, qui nous reliait au dessus des failles et des précipices. C'est ça. Ce truc agréable de retrouver quelques vieilles sensations qu'on croyaient perdues dans le mouvement de l'air et les embruns. Une fontaine... comme on penserait d'emblée à une fontaine de jouvence, peut-être ? L'idée de se dire que la partie n'est jamais définitivement terminée, que tout reste encore possible malgré nos amours perdus et nos coups de cœurs égarés. Mais je ne sais pas pourquoi je vous parle, à vous, de cette fontaine, alors que je m'étais promis de vous parler de Pourcell. Une petite madeleine d'Henri Pourcell, un baroque dans ce style anglais particulier. O Solitude...

Réf : O solitude, Z406 / James Bowman, King consort's. ou O Solitude - Songs - Henry PURCELL / Gérard Lesne, Il Seminario Musicale - Naïve E 8882. Je vous supplie d'écouter ça, sur une de ces routes sinueuses du Vaucluse ou ailleurs, ça n'a vraiment aucune espèce d'importance. Voilà, c'est dit.
Jules



mardi 20 octobre 2009

LA DAME DE NYONS...


PORTFOLIO



LA DAME DE NYONS / PHOTOMOBILES™
(VARIATIONS KITSCHES)

Variations photographiques autour d’une dame serrée dans sa gaine en cuir sur la rive droite de l’Eygues et sous les coteaux des Baronnies. Une dame dans la vitrine, une pin-up taillée dans le plâtre et peinte à la main. Une bombe vernie, taillée sur mesure, et sa tignasse en taule ondulée pour épater les passants. Une belle dame qui se trémousse derrière son mur en verre pour se protéger du froid et d’un tas de courants d’air frais pendant qu'on la regarde. Une dame dans la lucarne qui frime un peu avec ses cheveux bien mis et sa frimousse de starlette réfrigérée.



LA DAME DE NYONS / PHOTOMOBILE © JL GANTNER 2009


LA DAME DE NYONS / PHOTOMOBILE © JL GANTNER 2009


LA DAME DE NYONS / PHOTOMOBILE © JL GANTNER 2009

Les images Photomobiles™ résultent d'une prise de vue réalisée à partir d'un téléphone mobile disposant d'un mode photo d'une qualité relativement médiocre. L'entreprise consiste alors à se lancer dans l'aventure d'une composition plastique à partir du fichier numérique obtenu au moment d'une séance d'enregistrement forcément hasardeuse. Un simple tir au jugé, sans idée préconçue ni préméditation d'aucune sorte...




VOIR LE SITE DES PHOTOMOBILES™ / JL GANTNER

LES PHOTOMOBILES™



dimanche 18 octobre 2009

BALLADE D'AUTOMNE


RETOUR SUR UNE IDÉE FIXE...
LA SAISON DES SOLDES
ET AUTRES POÈMES DE MONTAGNE


PHOTO © JL GANTNER

Une ballade en montagne pour parler de nos points de vues respectifs. Cette belle invention d'un paysage entre nous pour saisir toute la lumière de nos relations passagères. Un véritable laboratoire d'idées neuves. Toute une industrie du vertige, pour combattre les sentiments pittoresques. Bref ! Un peu d'alpinisme automnal dans les chaos glaciaires en train de fondre, des parois métalliques étincelantes dans des gazons rouillés. Le feu des corps célestes hâtés par le mouvement des blizzards. Une sorte de fièvre montagnarde comme une épidémie répandue en masses d'air rassurantes pour emplir le vide des saisons. L'époque des soldes à Chamonix. Des tas de vitrines en promo et toutes les fins de séries accrochées au zinc dans les bistrots. Voilà pour le motif, l'illusion d'une bonne affaire à saisir au comptoir avant le début de l'hiver.


AIGUILLES DE CHAMONIX/MASSIF DU MONT-BLANC/FRANCE



PETITS CHARMOZ 2867M / MASSIF DU MONT-BLANC
PHOTO © JL GANTNER


AIGUILLE DE BLAITIÈRE 3507M, CISEAUX 3300M, FOUS 3501M / MASSIF DU MONT-BLANC
PHOTO © JL GANTNER


AIGUILLES DE CHAMONIX / MASSIF DU MONT-BLANC
PHOTO © JL GANTNER


MASSIF DES AIGUILLES ROUGES
PHOTO © JL GANTNER


Et puis plus loin, en dépassant Lyon puis Grenoble, et juste à la frontière des Alpes et de la région de Provence, dans un immense déluge de baronnies ancestrales... Ce pays de Giono vers Manosque, cette Drôme de Barjavel sous les pentes rugueuses du Mont Ventoux et des marnes bleues de Tarendol. (« Ravage », « Le voyageur imprudent », « La tempête », « Les chemins de katmandou », « La nuit des temps ») Quelques-uns des cent mille livres de la librairie de Banon, ce Bleuet et son intégrale de la Pléiade plantée dans un village de moins de neuf cent habitants. Un endroit formidable et rempli de gens ! Plein de pièces superposées avec des tas de trucs à lire. Un véritable labyrinthe rempli de bouquins plus ou moins comestibles selon la saison, et planté dans un de ces petits villages typiques des Alpes de haute Provence, juste au pied de la montagne de Lure. 500 m2 de rayonnage ordonné par critères de couleurs de tailles ou d’odeurs d’encres hétéroclites... une des plus importantes librairies indépendantes en France, et des gentilles vendeuses pour renseigner les lecteurs perdus sous leurs drôles de couvertures.



Car Il faut s’y perdre... sonder, fouiller le Bleuet, pour tomber sur un vieux Kerouac délabré, Camus, Beckett, Joyce ou kafka au lieu d’un prix de Flore, (un de ces Nothomb notoire dans sa belle couverture réfrigérée par l’hiver un peu cher et les masses d’air qui circulent dans les champs de blés sur une petite musique de Schubert...) explorer le bel endroit, au hasard d’une séance de vadrouillage en règle au rayon policier, une belle balade au milieu des références singulières (de la littérature montagnarde, militaire ou pompier). Des belles lettres dans leurs formes crénelées. Un bouquin de pierres par exemple ! je veux dire quelque ouvrage sur les pierres sèches ou, un bel ouvrage de maçons pour reconstruire son décor intérieur comme autant de paysages infinis ; un dictionnaire commenté sur le marbre et ses fêlures en forme de veines indissociables. Un vrai filon pour voyager dans les étoiles et lézarder entre des murs opaques. Des milliers de romans, des albums, des glossaires, des lexiques... pour attirer le vent dans les vagues et fabriquer des marées de sentiments. C’était bientôt la nuit. La jeune fille de l'entrée me parlait des journaux d’Ernst Jünge et des sœurs Brontë pendant qu’on discutait avec un ami des belles pages de l’album d’André Breton. On a fini à moitié affalés sur le Garamond doré de Lévi-Strauss pour tenter de nous réconcilier avec Buren et Soulages, l’anthropologie de l’art moderne... aussi vrai que je vous le raconte. Une libraire... dans la Pléiade à Banon ! La veille d'une journée de montagne dans l'Obiou.
Bref ! Il était tard et c'était l'heure de déguerpir... Mon pote et moi, on s'est fini au requiem de Mozart sur les routes des baronnies et sous les fortifications brantesques de la montagne de Blay, après s'être aussi coltés Brahms et Fauré juste avant un verre de Bordeaux, un morceau de bœuf cuit à point et une soupe aux marrons à se crever les papilles juste après. Celle de « Catherine ». « Elisa et Lucie » revenaient de Nyons où l'une et l'autre apprenaient respectivement le français, les maths, le football, le provençal et le latin. Comme quoi rien n’est perdu pour l’avenir des libraires et la littérature de bon goût ! C'est à peu près comme ça qu'on a dû se préparer à l'escalade du lendemain. Des heures de bagnole à cause de l'enrobé frais et des couleurs magnifiques qui dégommaient le ciel de partout.



PHOTO © JL GANTNER


GRANDE TÊTE DE L'OBIOU
/DEVOLUY/FRANCE



GRANDE TÊTE DE L'OBIOU 2789M. MASSIF DU DEVOLUY

PHOTO © JL GANTNER


L'OBIOU 2789M. MASSIF DU DEVOLUY
PHOTO © JL GANTNER


L'OBIOU 2789M. MASSIF DU DEVOLUY
PHOTO © JL GANTNER


CONTREFORTS (OUEST) DE L'OBIOU 2789M. MASSIF DU DEVOLUY
PHOTO © JL GANTNER


CONTREFORTS (EST) DE L'OBIOU 2789M. MASSIF DU DEVOLUY
PHOTO © JL GANTNER


LE PIERRIER DE L'OBIOU 2789M. MASSIF DU DEVOLUY
PHOTO © JL GANTNER


LE PIERRIER DE L'OBIOU
2789M. MASSIF DU DEVOLUY
PHOTO © JL GANTNER


PHOTO © JL GANTNER


Premières images d'un "retour" aux montagnes...
Ou cette perspective, cette idée programmée de longue date d'une nouvelle course aux sommets.



LE "GRINGO" DE VISAN

ET LE GARS QUI FAIT DES PHOTOS AVEC SON TÉLÉPHONE PORTABLE...


lundi 5 octobre 2009

TRAFFIC ART HIGHWAY


L'EXPOSITION "TRAFFIC ART HIGHWAY"
au hangar aux manœuvres, à la Citadelle de Besançon.






L'exposition Traffic Art Highway sur Culturebox !






dimanche 4 octobre 2009

LE COUP DE CHAUD / XXXII



(ROMAN EN LIGNE)
LE COUP DE CHAUD
-32-



Un roman... et c'est évidemment Tony™ qui s'y recolle ! Sacré Tony ™ ! Un roman... ou une somme de lignes superposées au mouvement de l'air ambiant. Un de ces procédés écologiques pour dire la couleur verte qui lui coule dans les yeux au lieu d'une industrie lourde incapable de le distraire vraiment. Un roman... disons plutôt une correction à la volée d'un vieux manuscrit laissé pour compte par faute de temps, l'été 2003. Le coup de chaud... où ce qui arrive à force de prendre des douches froides au travers du cadre strict d'une météo de merde. Le coup de chaud ou une façon de décliner un paquet d'histoires anciennes, des engrenages, la mécanique rouillée des passions en retard. L'effort illuminé d'en découdre avec ses vieilles leçons de voyages, les malles défaites un peu partout dans le coeur de gens admirables et réconfortants. Le coup de chaud... comme on dirait : de La poésie, le cinéma... un tas d'emmerdements à la fin.


(PUBLICITÉ)



CHAPITRE 15
JUILLET 1970
(SUITE)



Ce 21 juillet 1969 au milieu de la nuit, où ce flic l’avait ramassée, disons juste avant 4 heures, après qu’une sorte de trou noir l’eut avalée complètement.... Cette drôle de nuit où Marie eût un peu de mal à mesurer concrètement qu’Antoine s’était fait la malle pour le Vietnam, et sans véritable promesse d’en revenir jamais... Ce jour, exactement, celui de son anniversaire. Ce 21 juillet qui commençait à peine alors qu’elle venait juste de tenter d’en finir une bonne foi pour toutes avec les lois universelles des conjonctions astrales, les histoires d’amour à dix balles, les leçons que tout le monde donne pour se rassurer du sort hasardeux des digues d’argile et des retenues d’eau dans l’air humide et poisseux des sentiments humains égarés.

Tony repensait à cette nuit-là lorsque le fils Beauregard, le petit Comte à son père, ses yeux bleu gris et sa longue tignasse blonde terminée en boucles sur une paire d’épaules kaki... fit son entrée au seuil d’un rideau de scène de bistrot pour jouer son dernier acte dans la vie de Marie. Cette nuit où il les avait suivis, elle, et ses talons aiguilles enfilés à la hâte par-dessus ses pieds nus, sa robe rose qu’il lui avait achetée aux Magasins Réunis grâce à des chantiers au noir, un peu de boulot non déclaré pour essayer de lui faire plaisir avec un bout de tissu très au-dessus de ses moyens ; lui, « ce sale petit con ! » et son Leica™ M6 attaché autour du cou, un modèle d’appareil photos mythique acheté flambant neuf. Ce fils de pute. Cette nuit, où il les avait vus s'étreindre sous la verrière métallique immense et blême. Deux corps affligés sur le quai N°2 en direction du Vietnam via une correspondance parisienne. Tony se souvenait de tout, mais ne voulait plus piper mot depuis cette vision d’un tableau tragique à l’endroit de son cœur fendu.

« Il était donc revenu. Ce fumier, cette saloperie d’enfant de putain était revenu pile comme il l’avait écrit dans sa dernière lettre !... » Antoine avait donc rappliqué pour elle, pour cette petite garce qui aurait certainement accouru au premier signe de ce crétin de Kane qui trempait dans leur combine depuis le début. Et elle aurait su, elle, sa propre femme, la femme de sa vie, la seule qu’il n’aurait jamais aimée... qu’Antoine était rentré de voyage rien que pour ses jolis yeux tristes mélangés à sa bouche pâle et à son petit nez retroussé ; ses cheveux peignés à la Vidal Sassoon qu’Antoine avait tant aimé caresser et son petit cul aussi ; c’est ça ! son petit cul et l’intérieur sucré de ses cuisses. Elle, Marie, une simple bonnetière à la chaîne sous-payée, une ouvrière assujettie aux tours de vice du grand capital le jour, et à la concurrence asiatique le restant de la nuit. De la main d’œuvre féminine à bon « Comte » (Les Comtes™ père & fils...) L’un et l’autre, associés dans l’affaire d’un coup tordu de premier ordre et malgré qu’ils ne se soient jamais revus depuis la mort de Madeleine. Mais cette fois Tony ne se laisserait pas faire... Il avait prévu d’en découdre là, maintenant et sans plus attendre d’être une nouvelle fois humilié, rétrogradé au rang minable de conjoint trahi, déchu de fait, de tous ses droits exclusifs envers le grand amour de sa vie, son petit rayon de soleil rien qu’à lui, sa Juliette... sa seule et unique raison de vivre. Tony avait tout minutieusement préparé depuis la dernière lettre qu’il avait interceptée de ce trou du cul ; juste à temps pour tout prévoir dans les moindres détails. Un projet diabolique. Le dessein hideux d’une vengeance blennorrhagique pestilentielle. Kane fut condamné à suivre sans discuter. « Ce sale maquereau... » Le patron avait fini par tout avouer : L’affaire d’une poste restante derrière le comptoir, les signes convenus du taulier à la gosse les jours de distribution. (Depuis près d’un an, Kane avait servi d’intermédiaire, comme qui dirait d’agent de liaison pour les beaux yeux de la môme Chaumont, son cœur épris pour « ce p’tit gars mûr au branle-bas, paré pour la bourlingue et les coups de suifs... Un qu’en avait encore un peu dans les claouis. Le genre qui n’avait pas froid aux yeux malgré ses cheveux longs... » Kane... l’ancien d’Algérie ; un de la 10e qui conservait la photo du général Massu sous la forme d’un retable à trois volets accroché derrière son rade, juste à côté du calendrier des postes. Ce qui pouvait aussi expliquer la manière qu’il avait eu d’agir dans l’intérêt d’un de ces « petits cons » prêts à s’enrôler dans le camp « des enfouraillés de première classe, pour ratiboiser du niac à la tonne et continuer de nettoyer la planète de toute la vermine communiste qui proliférait ». À l’époque, Antoine lavait laissé dire l’ancien para et gamberger à peu près sur tout ce que cette vieille saloperie de FAF voulait bien entendre à propos des motifs qui appuyaient son départ précipité ; voyant là, l’objet de son futur avantage assuré, comme pour celui de Marie...)

Le type s’était assis, avait commandé une pression, déposé son Zippo® au logo embouti sur le zinc (un modèle hybride, regular en laiton chromé et au couvercle de 1968 soudé à l’étain sur un corps qu’on devinait plus ancien ; un bricolage de guerre qui faisait son petit effet sur les tables des troquets de l’arrière, les gargotes de planqués). Pétrifié derrière son bar, Kane fit d’abord mine de ne rien voir ni rien entendre... Au bout d’une minute qu’il ne se passât rien, Antoine pria le taulier un ton au-dessus, « s’excusant qu’il pût éventuellement ne pas avoir été entendu la première fois, au sujet d’un bock de gueuze qu’il croyait pourtant avoir commandé en entrant ». L’espèce de flibustier en treillis de l’armée américaine déjà en déroute dans le Sud-est asiatique, ce retrousseur de jupons, ce traficoteur de fleurs fragiles en plein come back... accompagna son exhortation d’un geste du bras dans la direction de ce faux derche de Kane, ramenant son poing fermé dans un court trajet circulaire dont n’importe quel barman aurait tout de suite pu saisi le sens évident. N’importe lequel... sauf ce blaireau de Kane, justement ! pétochard comme pas deux, dés qu’il s’agissait d’autre chose que de la ramener à propos de son tiroir-caisse ou de la main d’œuvre étrangère qui en bénéficiait. « Toutes ces feignasses qui rodaient dans les parages... cette équipe de cossards occupés au bistrot moyennant tout ce que le trésor public ramassait auprès des buvetiers honnêtes pour indemniser les poivrots d’importation. Ces saloperies de gauchistes, les rats ! Toutes ces foutues contributions... qui finiraient par le foutre sur la paille, lui et son commerce bien tenu », ce barbeau ». Tony comprit que c’était le moment. Saisit l’opportunité d’entreprendre le reporter sur le sujet de cette tronche de fion d’aubergiste de droite un poil sourdingue à cause d’un tir d’artillerie qui lui avait rasé les moustaches le jour d’une grande peignée en Afrique du nord. (Un tir manqué venu de l’arrière, alors qu’il essayait de raccorder la gégène aux testicules d’un harki croyant connecté le cerveau d’un fellaga au réseau électrique EDF™). Ce cave, cette tronche de gland, et con comme une cage d’escalier vide... Une entrée en matière comme une autre pour amorcer la conversation comme le plan l’avait anticipé.

« T’as pigé ?... Tony s’était adressé à Antoine sous l’effet d’un demi-litre de whisky absorbé en moins d’une heure, et dans la méthode de l’Actor’s studio qu’il avait répétée pour réussir à exécuter son rôle d’ivrogne à la perfection.
-Kane... T’as pas encore pigé ! Kane... c’est un nom bidon.
-Vraiment ! Antoine vira juste un œil sur sa droite pour inspecter l’air franchement imbibé du pilier de comptoir assis à côté de lui.
-Bein puisque je vous le dis ! » Tony s’était d’abord ravisé sur le procédé d’un tutoiement spontané qu’il jugeât plutôt inadéquat dans le contexte. « Kane... poursuivit Tony. C’est pas son nom, c’est juste le truc marqué sur l’enseigne... la raison social de la distillerie, quoi ; une marque™ pour qu’on se rappelle le nom du tripot quand on a la bouche sèche... »

Le maçon proposa de commander lui-même une bière de printemps qui faisait la réputation de la maison ; une Märzen™ (une bière allemande brassée au début de l’hiver et un peu difficile à caser passé le mois de juin).

« Kane, putain !... Tire une Märzen à mon pote ! Tony hurlait à moitié.
-Laissez, objecta le reporter. Je vais me débrouiller. Et puis je vais plutôt prendre une Kriek. »
Antoine était resté tout à fait calme, malgré les vociférations de ce type un peu curieux dans sa façon de boire, oui, cocasse de lever le coude en forçant certainement sa vraie nature pour se faire remarquer. Il alluma une nouvelle cigarette, inhala plusieurs bouffées d’un seul coup.
-Une Kriek ?!... Là, tu me déçois mon gars. Aussi vrai que je te vois, là, assis à côté de moi avec ton costard de camouflage et toute ta bijouterie professionnelle accrochée autour du cou. Une bibine au sucre... et pourquoi pas une Chartreuse, ou tiens ! un petit Genépi ?!... Hé, Bob... (Tony appelait souvent le patron « Bob » au lieu de Kane...) Mon pote voudrait que tu lui serves une de tes tisanes de pisseuse... Une bécasse...
-Bon, ça va maintenant Tony. Tu commences à faire chier, là. Kane flipait comme un malade à l’idée que n’importe quoi pouvait partir en vrille à chaque instant. Tony reprit au point où il en était resté :
-Gene Krantz... est-ce que vous connaissez ce Gene Krantz ? Un de ces types qui bossent pour la piste aux étoiles à Cap Canaveral... Ce grand cirque en Floride où l’Amérique s’envoie en l’air pour faire la nique aux ruskofs empêtrés dans leur résidence surveillée de Baïkonour au Kasakhstan... Bref ! tout le bataclan de cette sale pourriture de Nixon, cette bleusaille de la maçonnerie anglo-saxonne qui envoie des acrobates en combinaisons spatiales casser des cailloux sur la lune devant des caméras de télé. Gene Krantz... Le héro d’Apollo XIII... le mec qu’à réussi à sauver l’équipage de la mission le 13 avril dernier... après l’explosion du réservoir d’oxygène et alors que les gars s’apprêtaient à faire leur numéro sur la lune, le troisième en neuf mois. Ouais, et je sais pas si vous êtes superstitieux, mais bon, passons sur les chiffres... Le type était déjà le chef du vol historique numéro onze... Un bon cathodique... (sa langue avait fourché, alors qu’il voulait dire : un bon catholique) père de six enfants. J’ai tout vérifié dans les journaux ! Et bien je vais te raconter un truc, mon gars, aussi vrai que je m’appelle Chaumont, un putain de nom de ville paumée dans le département de la Haute-Marne, disons à mi chemin entre Châteauvillain et Bourdons-sur-Rognon ; en gros, sur la route de langres en venant de St Dizier, mais sans s’arrêter. Ouais, faut que t’entendes ça mon pote ! L’histoire se passe au mois de juillet l’année dernière. Ça fait pile un an aujourd’hui. Neil Amstrong, Aldrin... Tu te souviens de ces gars-là ?... Antoine tourna franchement la tête vers son voisin de bar, prolongeant son attitude un peu récalcitrante à son égard. Tu ne te souviens pas ? Je veux dire : vous n’avez même pas une petite idée ? Putain c’est quand même dingue ! Mais tout le monde... se souvient de ce truc incroyable ! Un américain sur la lune. La lune mon pote ! Putain de merde... On peut quand même pas oublier un truc pareil ! À moins que tu fasses partie des millions de cons qui n’ont toujours pas acheté de télé, et alors même ! t’aurais au moins dû entendre le son des conversations à la radio... Je sais pas moi ?! Un petit pas pour l’homme... Hé Bob... sers voir la suite bordel ! Bon, du coup j’ai perdu le fil... oui, voilà !... ce Gene... (je me souviens facilement de son nom parce que c’est le même que celui du prénom de la quille à Johnny Weissmuller dans Tarzan... le rôle de Jane Parker jouée par Maureen O'Sullivan en 1932). Excusez-moi, je m’éloigne un peu ; je vous parlais de ce Gene... un vétéran de l’Air force et de la Mc Donnell Aircraft. Le gars qui dirige tout le bastringue depuis la mission Gemini 4 en soixante-cinq. Et bien ce jour-là, à 20H17 UTC(X)... J’y arrive... ce con a failli tout faire capoter. C’est ça... À quelques mètres de l’objectif, à la date du 20 juillet 1969 vers 21H30 heure française, le ponte du centre Kennedy est sur le point de prend la décision de tout arrêter en plein direct télévisé à cause d’un ordinateur de bord qui chauffe un peu, et parce qu’il craint pour la vie de ses deux p’tits gars embarqués dans l’affaire la plus importante, la plus utile de l’histoire politique américaine et de celle du monde occidental depuis les expéditions de Vasco de Gama, de Colomb ou celles de Fernand de Magellan. Une vraie fiotte ! C’est en tout cas la version officielle rapportée par les journaux concernant cette péripétie du premier atterrissage sur la lune d’une capsule habitée. Un petit chefaillon tremblant de sueurs au moment d’accoucher, tu vois un peu le boulot ! La même jeune vierge effarouchée qui aurait donc permis à Lowel, Haise et Swigert de revenir sur terre sains et saufs il y a trois mois grâce à « son sang-froid exceptionnel, son sens affûté du commandement » et je ne sais quelles conneries qu’on raconte encore sur lui ; juste la même personne ! C’est à rien n’y comprendre mon pote ?! Mais je parle, je parle... et j’oublie ce qu’il y a de plus important. L’histoire du nom de baptême du troisième vol habité vers la lune... (j’ai tout gratté jusqu’à l’os, je te dis...) Le nom du vaisseau de commande d’Apollo XIII, le CSM... Odyssée... ça te dit rien non plus ? Odyssée... le nom de l’engin spatial, dans le film de Kubrick ! Ces cons ont poussé le bouchon jusqu’à appeler le vaisseau principal exactement comme dans celui du film... Ouais, et ben je vais t’dire : Ça m’a tout de suite fait penser à l’ordinateur qui était tombé en panne au pire moment de la mission Apollo XI... Tout comme Carl, le cerveau artificiel de L’odyssée de l’espace qui s’prend un sérieux coup de chaud aussi pendant son voyage vers Jupiter. C’est Dave... David Bowman qui arrive à débrancher la machine (Hal 9000 dans la version originale) pour reprendre les commandes juste à temps. La scène est magnifique. Dave... répète avec lassitude le calculateur central pendant que le type dans sa combinaison d’astronaute orange est en train de lui déconnecter le cerveau. Dave, Arrête Dave... Une voix comme anéantie. Pendant de très longues minutes, on entend juste la respiration de David Bowman dans son casque. T’as pas vu le film non plus ! Le singe qui lance un tibia dans le ciel au début... le truc noir, la pierre de vie qui te déchire les tympans sur le prélude d’Ainsi parlait Zarathoustra, le poème symphonique de Richard Strauss... Mais alors t’as rien vu ? Tu sais rien, t’as rien vu et t’as rien entendu non plus !... Un putain de scénario j’te dis... Et attends, c’est pas fini ! Le nom du LM qui a permis a Apollo XIII de rentrer en utilisant la force gravitationnelle de la lune comme accélérateur naturel, Aquarius... Aquarius ça veut dire Verseau en français, le signe du Zodiac... Faut que je te fasse un dessin ? Tu t’intéresses pas non plus à l’astrologie ?!... Bon, alors vas-y, qu’est-ce que tu penses de tout ça mon pote. Ça t’en bouche un coin, non ?! Arthur Clarke, Asimov, Lovecraft et George Orwell réunis n’auraient pas fait mieux. C’est ce que je dis, moi... Hé Bob, ramène un peu ta gueule ici qu’on cause un peu vrai avec le monsieur. Fais donc péter le diesel... »

-X- UTC pour Temps Universel Codé... le mode de calcul de référence adopté par une majorité des pays pour définir l’heure civile de manière précise. Le 1er janvier 1970 à 00:00:00, naîtrait aussi le Temps Unix, plus généralement appelé l’époque POSIX. Une méthode de comptabilité du temps écoulé destinée à s’adapter à l’ère numérique de l’information.


(À SUIVRE)