lundi 4 mai 2009

LE COUP DE CHAUD / XVII



(ROMAN EN LIGNE)
LE COUP DE CHAUD
-17-



Un roman... et c'est évidemment Tony™ qui s'y recolle ! Sacré Tony ™ ! Un roman... ou une somme de lignes superposées au mouvement de l'air ambiant. Un de ces procédés écologiques pour dire la couleur verte qui lui coule dans les yeux au lieu d'une industrie lourde incapable de le distraire vraiment. Un roman... disons plutôt une correction à la volée d'un vieux manuscrit laissé pour compte par faute de temps, l'été 2003. Le coup de chaud... où ce qui arrive à force de prendre des douches froides au travers du cadre strict d'une météo de merde. Le coup de chaud ou une façon de décliner un paquet d'histoires anciennes, des engrenages, la mécanique rouillée des passions en retard. L'effort illuminé d'en découdre avec ses vieilles leçons de voyages, les malles défaites un peu partout dans le coeur de gens admirables et réconfortants. Le coup de chaud... comme on dirait : de La poésie, le cinéma... un tas d'emmerdements à la fin.


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CHAPITRE 9
BLEU CHIOTTES
(où il doit être question de la couleur de l’uniforme, et du mal qu’on doit avoir à l’enfiler)


C’était le jour du départ d’Antoine (la conséquence de sa décision, péremptoire, d’essayer de gagner sa vie comme photographe de guerre au lieu de s’engager comme tout le monde dans le portrait de communiantes ou les défilés de mode... les couvertures des magazines people.) Marie s’était débrouillée pour le rejoindre sur le quai de la gare en inventant à Tony n’importe qu’elle excuse bidon pour qu’il la laisse sortir de l’appartement sans faire d’histoire. Affalé devant le poste, son abruti de mari n’avait même pas tiqué une seconde. Un vrai con ! La jeune femme se souvenait avait couru aussi vite qu’elle avait pu. D’abord la cinquantaine de marches descendues quatre à quatre pour rejoindre le bas de l’immeuble, puis les deux kilomètres et demi d’un revêtement de sol mal commode sur les trottoirs qui la séparaient encore d’Antoine. Marie se souvenait de tout. Ses cheveux dans les yeux qui l’empêchaient d’y voir clair en courant comme une dératée, la température élevée sur son front, la braise sous ses pieds pendant qu’elle cavalait comme une folle à travers les rues étrangement vides de la ville ; l’air poisseux de cette fin du mois de juillet sur son corps ; sa robe (rose) toute collante... sa paire de talons aiguille les mieux aiguisés, une arme ostensible dans chaque main. Ensuite l’image était plus floue. Son amant qui l’embrasse, Antoine qui parle vite en même temps qu’il l’embrasse. L’écho de leurs salives mêlées au son strident du coup de sifflet annonçant l’entrée du train en gare, le roulement de montagnes dans son cœur lorsque l’immense verrière métallique s’était mise à trembler au-dessus d’eux. Lui... une dernière image de lui dans son costume de reporter flambant neuf sur fond d’un puissant moteur diesel qui tirait tout un train vers Paris. L’envie de gerber juste après. L’amour de sa vie en plan serré sur la ligne Paris-Bâle et une certaine idée des fondus enchaînés qui suivraient son départ. Marie se monte un film, un vrai polar... Marie et ses yeux plantés au fond de son verre de Krieck, son béguin qui fout le camp. Marie titube au-dessus de sa mousse en repensant à son amour perdu ; tout ce qui se termine sur le quai d’une gare, les voyages sensibles, les virées clandestines... tout ce qu’on préfère des chemins de traverses à l’usage des transports en commun. Marie qui finit par vomir sa bière à la cerise trop sucrée, son amour exécrable qui la quitte. Assise au comptoir du Citizen, la jeune femme aligne les bocks de Gueuze en récitant des vers opaques sur le thème des chemins de fer et leurs tarifs exorbitants pour une simple bonnetière, une jeune salariée du secteur textile et sa voie toute tracée (une belle grammaire enchaînée à son mode de transports programmé dés le départ). Antoine filait vers le Vietnam, la baie d’Along, le golf du Tonkin... Quant à elle, Marie pris ce soir-là sa décision de trouver n’importe quelle manière originale d’essayer de se foutre en l’air dés le lendemain.

Et remarquez comment à l’instant d’une épreuve tragique, d’une circonstance un peu raide... un petit rien vous frappe la raison, dont on ne sait trop pourquoi ce détail insignifiant vous reviendra plus tard en mémoire, comme corollaire de tous les courants d’air un peu forts qui vous traverseront l’esprit. Un détail insignifiant comme le banal coup de sifflet d’un cheminot en gros plan, au lieu d’un cœur serré sous la lumière d’une immense verrière jaunâtre ; le signal strident d’un fonctionnaire de la compagnie nationale des transports ferroviaires... au lieu des lèvres pressées d’un amant prêt à partir, et qui la laisserait là, seule... elle et sa vie médiocre, elle et sa toute petite vie ; elle et tout ce qu’elle s’était imaginée changer de son destin tout tracé, par le biais d’une étoile qui filait maintenant vers la mer de Chine, le Mékong... Lui, le souvenir de son corps impatient sur le quai d’une gare de l’Est de la France et recouvert d’une quinzaine de fermes à treillis d’une taille considérable composant l’architecture du grand hall terminé en 1895 pour protéger les voyageurs des intempéries de leur époque ; une date, ce jour par exemple... « Un lundi dans la soirée ». Après ça, elle ne s’était plus souvenue de rien. Juste l’idée d’un express sans destination précise qui lui était passé dessus, au lieu d’un voyage astral retransmis en direct qui aurait peut-être su la réconcilier avec les grandes affaires du ciel, la couleur endolorie des ténèbres, l’éclat des lanternes galactiques dans le grand noir sidéral. Ce lundi dans la soirée... ce lundi 20 juillet un peu chaud de l’année 1969 entre vingt et une et vingt-deux heures (heure américaine).

-Bonnetière... Je suis bonnetière-remmailleuse chez Poron S.A. Je... Je fais aussi des à-côtés non déclarés dans un atelier de passementerie. Je ne sais pas si vous vous voyez le boulot ? Regardez mes mains... La couleur désagrégée de la peau de mes mains, des cors qui s’élargissent à chaque doigt. C’est pour le gosse que je fais ça, vous comprenez... Mon petit Jules... Parce que si je compte sur son père... Marie débouche un oeil, fend ses lèvres, finit par entrevoir un peu de lumière dans la nuit sombre qui éparpille la ligne du caniveau de la rue Michelet, présume d’une couleur primaire qui l’attire... du bleu, un flic qui la redresse... Marie ouvre encore un peu plus la bouche, vomit !

-Faudrait essayer de vous lever maintenant, vous savez l’heure qu’il est ? Est-ce que vous avez conscience de l’heure qu’il est ?!... Essayez de vous appuyer sur moi, allez-y. Comment vous vous appelez ? Est-ce que vous pouvez me dire comment vous vous appelez ? La jeune recrue du commissariat de quartier parlait, ayant appris qu’il fallait toujours parler dans ces cas-là.
-Bonnetière... Je suis bonnetière... chez Poron, répétait Marie. Je ne sais pas si vous vous rendez compte ! Quarante heures par semaine à moins de cinq cent balles par mois, et on est des milliers comme ça. Des dizaines de millions de petites mains, des soubrettes amovibles... des travailleuses interchangeables. Du petit personnel promis à rien, la grande famille des domestiques élevés pour cirer les pompes d’un tas de salauds qui pensent que le monde leur appartient sous prétexte qu’ils sont nés du bon côté du ruisseau. Un petit groupe d’individus occupés à s’entendre entre eux sous prétexte d’un nom de famille adapté à leur façon de penser.
Marie râlait, plus qu’elle ne réussissait à exprimer clairement au binôme de la force publique toute sa rancœur, toute sa bile.

-Et faudrait encore discuter des conséquences du vent d’où qu’il vienne ; du vent quand il tourne... à cause des chocs thermiques au fond des yeux des gens, les coups de chaleur dans le dos, tout ce qui arrive par derrière lorsqu’on ne s’y attend pas... Oui, des brûlures vives sur la peau et du soleil couchant juste après. Une insolation suivie d’un peu d’ombre pour tenter de se calmer devant l’image d’un train lancé à toute vitesse sous les lignes électriques. Un courant alternatif de lumière douce pour se rassurer dans les vapeurs du soir ; un éclairage intermittent entre chien et loup pour espérer voir les effets miroitant des rayons lunaires dans les ombres pâteuses... Je veux dire, les zones floues, les ondes vagues juste après les contraintes d’un éclairage rasant. Et ce putain de trottoir là !... Cette sacrée putain de marche qui nous sépare du ciel !

Le flic mesura d’un clignement d’œil exercé, la hauteur relative d’une bordure de trottoir qui servait aussi d’accoudoir à la jeune femme en état de choc. Quelques centimètres seulement. « Une putain » de marche de quelques petits centimètres en forme d’un palier impossible à franchir pour quiconque se serait trouvée dans l’état de Marie cette nuit-là. Une distance parfaitement ridicule à enjamber en temps normal, convertie en aspérité monumentale, une véritable calamité géographique sur le chemin de la jeune femme.

Lui... Je crois qu’il fait route quelque part dans un paysage fulgurant. Quand je dis lui, je veux dire sa façon si particulière de s’imaginer la terre en train de voler ; Lui, et je ne sais pas ce que ça peut bien vous foutre, à vous ?

-Appuyez-vous sur moi, insistait Poule, vous n’y arriverez pas toute seule. Allez-y, n’ayez pas peur, appuyez-vous. Poule, c’était le nom du bleu-bite penché au-dessus de Marie pour essayer de l’aider à se relever. Poule... Bon, oui et alors ?! Poule... c’était pas plus con que Chaumont ! et puis c’était facile à retenir pour un flic. « Poule » comme l’appelait juste ses collègues... Le type était habitué à son nom, mais préférait quand même qu’on l’appelle par son prénom. Il préférait à : « ma poulette », « ma petite poule » ou « poupoule »... Il préférait au « sale poulet ! » qu’il prenait souvent dans la gueule, et qui le confondait avec tous ceux qui portaient le même uniforme que lui, sans distinction particulière, ni de sa façon de penser bien à lui... ni de son souci pour le travail bien fait, le sens inné du détail, un maniaque de la chose à sa place. Un vrai con... aurait dit Vanessa. Poule... donc ! avait noté consciencieusement le nom, l’âge et l’adresse de Marie sur son carnet réglementaire ; son collègue resté en retrait, avait tout recopié en douce, moins les fautes de français. Il avait aussi inscrit l’heure précise : « 3 H 56 », le 21 juillet 1969.


vendredi 1 mai 2009

MYRIAM DRIZARD


DU 7 MAI AU 27 JUIN 2009
GALERIE LA PRÉDELLE À BESANÇON

EXPOSITION DE MYRIAM DRIZARD





La nouvelle « sortie » de l’artiste est un événement. Je veux dire un événement dans le sens d’un véritable bouleversement cosmique. D’aucuns me jugeront certainement excessif en la matière d’une critique dithyrambique à la faveur d'une jeune femme retirée du monde commun, même et y compris de cette importance capitale pour le futur de notre art le plus accompli. La peinture... Mais comment ignorer une des oeuvres majeures de notre temps, en construction sur les bords de la Loue.

Car voilà qu'il il y eut lors d’une précédente exposition en 2006, cette façon, qu’elle, l’artiste, eut de tirer les tendons, les fibres musculaires... d’une humanité déchirée dans un bain de peinture écarlate étalée sur du verre à la manière d’une école alsacienne et d’outre-Rhin du XVIIIe siècle. Il y eut aussi cette impression de vertige d’un corps ausculté sur des toiles grands formats, ce flou de quelques machineries humaines funèbres trempés dans la mémoire d’un Rembrandt renaissant. Une véritable « leçon » d’équilibre sans le moindre effet acrobatique. Cette fois, le jeune « maître » de peinture (et pardonnez-moi de ne point me résoudre à conjuguer la définition au féminin) convoque Manet à son dessein. Un « déjeuner sur l’herbe ». Un « scandale » impressionniste. Une « partie carrée » dans « un bain » de lumière bleu nuit qui sied tellement à ce dépôt de mortier intuitif sur la surface d’un verre pieux. Voilà pour l’accroche, l’affiche, le clou du spectacle avant d’oser entrer vraiment dans la manière, la mystique éclairée de la jeune « coloriste » d'Ornans. Cet autre navire de proue par exemple, cette esquive... Un embarquement fantomatique... pour je ne sais quel Styx moderne. Une traversée considérable, pour parvenir peut-être à cette « Arcadie » dont nous parlions en déjeunant sur l’herbe tout à l’heure ?



Galerie ouverte : jeudi, vendredi, samedi
10h à 12h et 14h à 19h
96 rue de Belfort 25000 Besançon
Tél : 03 81 50 15 57
www.galerielapredelle.fr


VOIR LE PRÉCÉDENT ARTICLE ET UNE VIDÉO SUR L'ARTISTE PUBLIÉS DANS LE JOURNAL DE NÉON™
REMBRANDT ET MYRIAM DRIZARD



mercredi 22 avril 2009

LE COUP DE CHAUD / XVI



(ROMAN EN LIGNE)
LE COUP DE CHAUD
-16-



Un roman... et c'est évidemment Tony™ qui s'y recolle ! Sacré Tony ™ ! Un roman... ou une somme de lignes superposées au mouvement de l'air ambiant. Un de ces procédés écologiques pour dire la couleur verte qui lui coule dans les yeux au lieu d'une industrie lourde incapable de le distraire vraiment. Un roman... disons plutôt une correction à la volée d'un vieux manuscrit laissé pour compte par faute de temps, l'été 2003. Le coup de chaud... où ce qui arrive à force de prendre des douches froides au travers du cadre strict d'une météo de merde. Le coup de chaud ou une façon de décliner un paquet d'histoires anciennes, des engrenages, la mécanique rouillée des passions en retard. L'effort illuminé d'en découdre avec ses vieilles leçons de voyages, les malles défaites un peu partout dans le coeur de gens admirables et réconfortants. Le coup de chaud... comme on dirait : de La poésie, le cinéma... un tas d'emmerdements à la fin.


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CHAPITRE 8
in l'osmose
INTRODUCTION À LA NATURE HUMAINE


« Vanessa comment déjà ?... » Jules, recroquevillé sous les aulnes détrempés, fulmine contre la terre entière, la pluie, l’été pourri, les emmerdeurs, les cons, le mondialisme à la con, les antimondialistes, les alters… Tout ce qui pèse lourd dans la connerie générale ! Une météo infecte. Une simple coulemelle, mais d’une taille respectable d’au moins quarante centimètres s’ébranlait sous le grain. Juste une image d’un champignon tout à fait comestible du groupe des lépiotes, plantée dans le yeux de Jules qui commence à prendre l’eau… Une odeur significative de noisette. Jules s’était souvenu que son père adorait ça. Oui, les champignons avaient changé la vie de son père, il s’en souvenait très bien ; (son père et ses aphorismes à propos de la pluie, ses proverbes à propos du temps qu’il ferait…) et puis, les arbres aussi ; les charmes, les bouleaux, les hêtres, mais Jules n’aurait pas su dire exactement pourquoi.

Tony… Tony Chaumont, un nom de ville pour fonder une famille, et ça commençait mal forcément ! Tony, le mari de Marie… Pour vous dire la somme d’emmerdes dés le début. Marie, son petit cul bien foutu, tout son amour à revendre, et un gars du bâtiment qui préférait passer ses soirées au bistrot au lieu de rentrer bricoler à la maison, s’occuper des courses… Non, rien n’était gagné d’avance ! Jules s’était dit que pour sa mère non plus, les choses n’avaient pas toujours dû être faciles tous les jours. Toutes ces années, les meilleures… (Un taux de croissance annuel de 5% en France jusqu’en 1974 pour un taux de chômage de moins de 2%). Qu’est-ce qui n’avait pas marché ?

C’est-à-dire que c’est comme ça que les choses ont dû commencer. Une idée simple au départ, mais qui se faufile très vite dans les trous d’airs, qui profite du moindre interstice. De cette simple manière là. Une simple hypothèse de travail, un beau projet sur le papier ; le dessin d’un système qui fonctionne en théorie, mais parfaitement inapplicable dans la réalité. Voilà où nous en étions arrivés.

Jules est ratatiné sur lui avec des paquets d’eau qui lui dégouline de partout. Un sentiment amer alors qu’il est loin de la plage, des marées estivales. Un reflux balnéaire insinué dans l’été propice, et nous voilà bien avancé. Un vrai bordel à remettre en ordre depuis le décor imbibé et jusqu’à sa manière d’hêtre. Jules, que je vous dise aussi ! Le type, fonctionnaire à la direction d’un service abscond du cadastre, épris d’une Vanessa d’abord un peu trop jeune pour lui. Une Vanessa de style Baroque, et ses seins en forme de bombes à retardement pour espérer sauter quelques pages jusqu’à l’endroit d’un tableau vernis à l’ancienne. Un drôle de tableau avec Vanessa les cuisses ouvertes au milieu. Un type, et vous l’imaginez bien... le genre de type et sa cravate revêche pendu à son cou. Un acariâtre déguisé en chien de fusil à cause de sa crainte de finir noyé dans les bois sans que personne le chasse. Des symptômes d’une dyslexie détectée tardivement qui n’arrangeait rien. (Jules se rendait régulièrement dans un service de neuro-psychologie réputé d’un CHU parisien, mais son orthophoniste lui avait conseillé de ne plus insister). Le cadre de la fonction publique décentralisée trimballait comme ça quelques points d’embarras depuis l’enfance. Des difficultés de concentration qui nuisaient forcément à ses qualités de synthèses.

Sous le ciel dégringolé, Jules s’inquiète des masses de gris noircis ; s’inquiète et pour dire les choses honnêtement, finit par se chier dessus franchement. Une tendance aussi aux ulcères qui ne pouvait venir que de son père.

On cherche toujours dans la vie des gens ce qu’ils leur manque pour qu’ils puissent se détendre un peu. Une opinion toute faite sur la vanité des blizzards par exemple, Une certaine indifférence au mauvais temps, à toutes les mocheries climatiques passagères. Et puis ce tempérament sincère qu’il leur faudrait pour apprécier l’absurdité des histoires modernes (le chahut du temps présent, le goût des glissades racoleuses... les toboggans idéals du monde libre. Tout ce qui se passe à quinze mille au lieu des archanges obsolètes ; les kilomètres/heure avalés pour rien dans les ciels mornes, les crises de foi ; l’activité policière qui la remplace).

Pour Jules et son sens étendu des calculs, Jules qui pensait toujours à tout et toujours en même temps pour ne rien oublier d’important... cette nature humaine expressionniste pour ne pas dire plus, et pleine de salive à r’abord d’estomac, dégueulait d’instincts chaotiques et souffrait de désordres multiples ; un tas de gens dérangés qu’il conviendrait un jour de faire revenir à la raison par tous les moyens. Tous... et Jules pensa qu’il était déjà grand temps d’engager un processus de retour aux vraies valeurs, aux valeurs vraies, essentielles pour le bien commun et la condition générale. Un jour, ministre ou au moins secrétaire d’état, il veillerait enfin au respect des droites lignes et des carrefours balisés. Ce don qu’il avait contracté tout petit pour les horizons garantis, les destins certifiés. Dans le cinéma, le théâtre, la littérature comme dans le reste, au service du plan comme dans l’audiovisuel public... rien ne lui échapperait ! Ni la pluie, ni toute cette saloperie de mouillure forestière qui commence à lui rentrer dans le slip depuis bientôt une heure. Une grande mission de salubrité publique pour laquelle le fonctionnaire d’état se sentait tout désigné. Jules, malgré l’orage et les suintures saumâtres qu’il devinait ruisseler sous ses vêtements de peau, eut alors une sorte... d’érection, un vrai mouvement de désir fortuit à l’endroit du substrat arrosé, une démangeaison embarrassante comme lorsqu’il dépassait les gorges abjectes de cette petite secrétaire contractuelle du rez-de-chaussée. Vanessa... tout ce qu’il lui aurait bien avouer sur ce qu’il pensait vraiment d’elle, de ses seins comme une obsession ; un tas de films qu’il se faisait à propos de son corps bien fait et de ses grands yeux qui allaient avec ; les chewing-gums aux fruits qu’elle mâchait et sa robe rose un peu froissée à force de continuer d’avoir chaud les cuisses trempées sur son fauteuil en sky. (Une température exécrable pour à peine huit balles de l’heure !...) Vanessa... mais son chef de service n’avait encore jamais osé lui demander son nom entier (un des effets pervers des opérations délicates de remembrement(X) forcé. Des tas de terres ancestrales et leurs noms rustiques mélangés. Tout un ensemble de nouvelles marques™ de substitution pour remplacer les terroirs en tête de gondoles des grands magasins) le corollaire obscène du procédé d’ajustement cadastral des propriétés foncières. Une concentration de terres cuites au lance-flammes, les méthodes radicales d’un état incendiaire. L’histoire qui se consume, tout ce qu’on brûle un peu vite du passé sans jamais rien remplacer vraiment. Jules, prudent jusque dans ses convictions idéologiques, préféra ne rien juger en hâte d’une vraisemblable perversion d’un courant progressiste de gauche, insinué dans une nouvelle politique rationaliste de droite. Un point de vue qui en valait un autre... comme toutes formes de cogitation intellectuelle s’équivaudraient de plus en plus à partir des années quatre-vingt et des premiers usages de la cohabitation. Une idée comme ça, du moins celle d’un agent de l’administration fiscale chargé de mission sur son terrain d’investigation favori).

-X- En France, le remembrement en tant que tel, largement utilisé depuis l’empire romain jusque dans les années quatre-vingt pour faciliter l’application des politiques d’état en matière d’optimisation du secteur agricole et leur déploiement sur le territoire national, disparaîtrait, au moins sous cette forme, puisque la Loi Relative au Développement des Territoires Ruraux (LDTR du 23 février 2005) l'aura remplacée par la procédure d'Aménagement foncier agricole et forestier. (Où l’on parlerait aussi de remembrement dit écologique... ou d’une certaine prise de conscience du phénomène de destruction massive des barrières naturelles bien utiles contre un ensemble de fléaux environnementaux).



dimanche 19 avril 2009

NAM JUNE PAIK



PORTFOLIO
NAM JUNE PAIK

ARTISTE SUD CORÉEN 1932 - 2006

OU UNE CERTAINE IDÉE DE LA TÉLÉVISION...


Gertrude Stein, 1990
antique television monitors, mixed media with two channels of video
98 X 77 1/8 X 37 inches


TV Bed, 1972/91
Three channel color video, eighteen TVs, antique metal bed frame, wood, puppets
90 1/2 X 78 3/4 X 59 inches


Videochandelier X, 1991
Mixed media
51 1/8 X 47 1/4 inches


Videochandelier X, 1991 (detail)
Mixed media
51 1/8 X 47 1/4 inches


Enlightenment Compressed, 1994
5" color LCD TV, video camera, wood TV cabinet, plastic TV case, bronze Buddha, aquarium stones, and paint
13 X 19 X 17 1/2 inches


Living Egg Grows, 1994
2 small TVs, 2 medium TVs, 3 large TVs, 1 small egg, 1 medium egg, 1 large egg
Approximate overall dimensions: 36 X 108 X 216 inches




NAM JUNE PAIK'S OFFICIAL WEBSITE



mardi 7 avril 2009

LE COUP DE CHAUD / XV



(ROMAN EN LIGNE)
LE COUP DE CHAUD
-15-



Un roman... et c'est évidemment Tony™ qui s'y recolle ! Sacré Tony ™ ! Un roman... ou une somme de lignes superposées au mouvement de l'air ambiant. Un de ces procédés écologiques pour dire la couleur verte qui lui coule dans les yeux au lieu d'une industrie lourde incapable de le distraire vraiment. Un roman... disons plutôt une correction à la volée d'un vieux manuscrit laissé pour compte par faute de temps, l'été 2003. Le coup de chaud... où ce qui arrive à force de prendre des douches froides au travers du cadre strict d'une météo de merde. Le coup de chaud ou une façon de décliner un paquet d'histoires anciennes, des engrenages, la mécanique rouillée des passions en retard. L'effort illuminé d'en découdre avec ses vieilles leçons de voyages, les malles défaites un peu partout dans le coeur de gens admirables et réconfortants. Le coup de chaud... comme on dirait : de La poésie, le cinéma... un tas d'emmerdements à la fin.


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CHAPITRE 7
L'AMANITE TUE-MOUCHES
Amanita muscaria
(SUITE / 3)


Un après-midi d’avril, alors qu’il était venu récupérer son disque Sgt Pepper’s des Beatles dans l’appartement de ses parents, la jeune astrologue le contraignit une dernière fois à conclure un pacte avec les puissances occultes de la forêt voisine, un dernier soubresaut amoureux. Il faisait encore frais, l’ex alpiniste, le forceur de cimes à la retraite… n’avait pas forcément envie de sortir pour baiser dans la nuit noire des sous-bois et pensait aussi qu’il aurait l’impression de s’agiter dans le sens d’un lointain souvenir, ce qu’il détestait comme toutes autres formes de conservatisme ; par principe, ou par opposition momentanée, conjoncturelle… à son éducation bourgeoise. Le jeune homme préféra d’abord discuter de Their Satanic Majesties Request, le dernier album des Rolling stones. « Psychédélique et… nul ! » Marion se déshabilla doucement avant de s’allonger sur le banc de la cuisine en bois blond d’origine suédoise (le souvenir d’un voyage à Stockholm ramené par ses parents). Antoine regretta le fauteuil à médaillon de sa mère, mais vaqua tout de même à son devoir de mémoire avec l’ardeur de son âge et l’envie de tester les limites de la résistance scandinave à l’export. Un truc en kit vendu sur catalogue, du prêt-à-monter en un seul tour de vis avec des chevilles plastiques. Marion tenta de retenir Antoine en elle par quelques procédés magiques de sa propre invention, lui rappela son arbre de vie à la croisée de tous les chemins qu’ils avaient emprunté ensemble depuis près d’un an ; tout ce qui leur avait plu de partager dans le paysage des grandes forêts enchantées ; les colonies de saprophytes dans l’ombre humide des ramures, des russules violettes aux pieds charnus qui les avaient tant fait rire, les geais et les pinsons, les petits écureuils qui couraient sur les troncs… leur abécédaire commun pour parler de leurs convictions respectives, même s’ils n’étaient jamais d’accords sur le fond ; enfin, la possibilité d’une dernière aventure sur le terrain des croisements naturels et de la division cellulaire. Marion au martyr et perlée de sueur parfumée de brumes assassines ferma encore une fois les yeux en hurlant avant de coller une gifle magistrale au grand amour de sa vie. Tout ce que j’ai sur le cœur… tes regards infestés de mousses intangibles, toutes ces marques de toi sur mon corps, ton mépris du ciel, tes empreintes de doigts sur ma peau infectée, tes regards jetés sur le vide, ta propre mort dans ma vie, tes abîmes à en crever, tes masques d’adieux peints sur les murs de mon lit. Putain, va te faire foutre ! Dégage ! Puisses-tu déguerpir de ma vie que je puisse enfin pleurer, me répandre… que je puisse enfin tout cramer. Mon héros… Tout ton corps meurtri, tes armures essentielles ; tes yeux bleus comme le ciel, toutes tes marées, tes angles de grandes profondeurs et tes horizons lointains… Antoine n’avait pas tout compris. S’était juste rhabillé, savait que c’était la dernière fois qu’il se rhabillait dans les yeux de Marion pour de vrai. Antoine s’était dit qu’elle était tellement belle, son corps merveilleux, l’odeur de sa peau… Le garçon s’était dit que Marion fût aussi un peu fragile, dans son ventre qui contenait l’univers et mille étoiles pour essayer de le faire briller. Antoine s’était dit, oui, qu’il serait bien resté, mais que ce ventre-là aurait fini par lui foutre la trouille, une frousse épouvantable… La trouille de vivre à deux sans le moindre espace pour les séparer du monde réel (à deux sous le même toit et un p’tit).
Au mois d’août soixante-huit, les esprits lunaires auraient achevé d’accomplir leur ouvrage dans un immense sentiment de tristesse partagée de part et d’autre du rideau de fer qui séparait encore l’Europe en deux façons de penser strictement contradictoires. (Ceux qui affirmaient l’impératif d’un Prince comme ingénieur du désir et de quelque liberté que ce fut, comme corollaire indispensable à une sorte de pax romana moderne. « Pas de société sans pouvoir » affirmaient ceux-là... contre ceux de la grande tradition libertaire, ceux qui refusaient tout en bloc ; ceux qui préféraient voler de leurs propres ailes, mais qui finiraient aussi par vouloir garder tout l’air pour eux. Ceux qui espéraient dans la solidarité sociale, et ceux qui pensaient qu’elle représentait un coût exorbitant pour la réussite de leurs affaires. Ceux qui croyaient à la stricte application des contrats qui auraient tenté d’attaché les individus au groupe dans la perspective du bien commun, disons Rousseau, pour aller vite... contre ceux, plus tard, qui avaient plutôt souhaité s’attacher entre eux de la manière qu’ils leur plairait ; disons les sado masochistes pour rigoler un peu. Le droit public contre le droit privé. Le droit de s’aimer un peu contre le droit de continuer de se faire enculer...) Tout le monde finirait par oublier Prague, au moins jusqu’à l’hiver quatre-vingt-neuf… Prague et puis les voyages d’agrément à Moscou jusqu’à l’installation du premier Mc Do sur la place rouge, la fin des années de plomb ; Prague, Moscou, Pékin… la révolution culturelle en Chine et le reste ; comme on oublierait plus tard les morts en Somalie, le Bengladesh, le Rwanda… comme on oublierait tout ce qu’on s’amusait bien dans les manifs (95, 2002...), comme tout le monde oublie tout si facilement, comme Antoine oublierait aussi Marion, comme vous, comme moi.


(À SUIVRE)







vendredi 3 avril 2009

PHOTOMOBILE™ - 117 -118



LES PHOTOMOBILES DE JL GANTNER

(Des images réalisées à partir de son téléphone portable, ses communications régulièrement mises "en ligne". Tout un commerce d'échange et totalement inutile de libres transports avec un vrai mobile d'une bonne marque™ collée sur l'écran. "De l'art moderne" pour ceux qui en douterait, comme on dit aussi "De l'électronique embarquée" ou "De la pression dans un pipeline" )



MESSAGE N°117


PHOTOMOBILE N°117 / JL GANTNER 2006
Message envoyé de Lons Le Saunier, Franche comté-France
5 mai 2007 à 13H24 GMT



MESSAGE N°118


PHOTOMOBILE N°118 / JL GANTNER 2006
Message envoyé de Lons Le Saunier, Franche comté-France
5 mai 2007 à 13H25 GMT



LES PHOTOMOBILES™ DE JL GANTNER SONT VISIBLES À LA GALERIE LA PRÉDELLE À BESANCON







jeudi 2 avril 2009

LE COUP DE CHAUD / XIV



(ROMAN EN LIGNE)
LE COUP DE CHAUD
-14-



Un roman... et c'est évidemment Tony™ qui s'y recolle ! Sacré Tony ™ ! Un roman... ou une somme de lignes superposées au mouvement de l'air ambiant. Un de ces procédés écologiques pour dire la couleur verte qui lui coule dans les yeux au lieu d'une industrie lourde incapable de le distraire vraiment. Un roman... disons plutôt une correction à la volée d'un vieux manuscrit laissé pour compte par faute de temps, l'été 2003. Le coup de chaud... où ce qui arrive à force de prendre des douches froides au travers du cadre strict d'une météo de merde. Le coup de chaud ou une façon de décliner un paquet d'histoires anciennes, des engrenages, la mécanique rouillée des passions en retard. L'effort illuminé d'en découdre avec ses vieilles leçons de voyages, les malles défaites un peu partout dans le coeur de gens admirables et réconfortants. Le coup de chaud... comme on dirait : de La poésie, le cinéma... un tas d'emmerdements à la fin.


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CHAPITRE 7
L'AMANITE TUE-MOUCHES
Amanita muscaria
(SUITE / 2)


Depuis sa première virée dans la forêt de Marion, Antoine s’était considérablement émancipé sur le plan sexuel au détriment de ses facultés premières en poésie. Des progrès en science dont Pierre aurait pu s’amuser, au contraire de sa prof de français qui commençait à ne plus y comprendre rien. « Un usurpateur… un fumiste, voilà tout ! » La belle affaire d’un type plein de talents qui gaspille tout en conjectures imprécises pour se faire remarquer dans les cercles réputés de la science infuse. Marion avait tout essayé en forme de lettres que la jeune fille gardait serrées entre ses cuisses pour l’aider à vomir les soirs de cuite. Des billets doux qu’Antoine effeuillait les uns après les autres, dans un bouillon de culture archaïque. Des lettres qu’il s’empressait de reproduire par goût du dessin, des traits et des plis délicats, sur son cahier à spirale. Des lettres ou une somme de caractères plutôt ; épandus à partir d’une lettrine cabalistique, une forme élémentaire d’un papillon bleu exotique à la manière d’un « M » majuscule introspectif. M comme Marion ; M comme Muse… M comme ça m’amuse de baiser avec elle dans les bois… (mais) c’est aussi le Mois de Mai qui arriverait bientôt. À une autre page, le journal poursuivait par une suite de casses, sensiblement plus ouvertes sur le monde extérieur. Un M comme joli Mois de Mai, un M… comme Mai 68 (les manifs à la Sorbonne, les barricades dans le quartier latin…) M comme Marxistes-léninistes pro chinois, comme Maoïstes « égarés » dans la perspective d’une jeune garde rouge à la française, pour se délivrer du mal gaulliste et d’un tas de saloperies bourgeoises et réactionnaires qui allait avec… Les freudo-marxistes libertaires, truc, machin… et leur impressionnante Marge de progression pour réussir à finir quelques années plus tard dans les rangs d’un néolibéralisme sauvage et mondialisé…) M comme Marijuana pour aider à faire des trucs aussi contradictoires sans se rendre compte de rien… M comme Minijupes (comme tout ce qu’on pourrait maintenant voir dessous sans avoir à se baisser), M comme Révolution sexuelle, et c’était quand même pas trop tôt ! (Un certain sens de l’emportement d’Antoine avait manifestement dû laisser échapper la possibilité d’un caractère… relativement inopportun dans ce contexte d’un abécédaire aussi rigoureux). La liste s’allongeait sur plusieurs pages de digressions plus ou moins cultivées, jusqu’au M de… Marie.

-X- On avait encore rajouté à l’encre effaçable : M comme le Mépris. JL Godard 1963

À la lettre « V » comme Verbatim, Verlaine, Valgaudmar(X), ou Vermeer… Marion ressentit comme une forte douleur au ventre, une impression de dégoût tout de suite après. Vérone, Venise… Marion n’avait pas voulu insister. À la radio, on annonça l’assassinat de Martin Luther King à Memphis, Tennessee, mais il était déjà trop tard !

-X- Vallée étroite et encaissée du massif des Écrins. Réputée pour son pastoralisme, son manque d’ensoleillement en hiver et ses oreilles d’ânes…

Les mois qui suivirent eurent des effets déplorables sur la condition physique de la jeune partenaire d’Antoine. Une période critique de la politique française où montait jour après jour une irrépressible envie de s’exprimer à l’endroit d’une jeunesse étudiante des beaux quartiers parisiens, bientôt prête à tout foutre en l’air pour se faire de la place dans le conservatisme « solidaire » et « durable » D’une époque où tout allait pourtant pour le mieux. Cette manie des français de vouloir tout le temps la ramener, de ne jamais se satisfaire de rien, d’en vouloir toujours plus alors qu’ils n’en foutent déjà pas une rame… Cette façon qu’ont les petites gens d’espérer changer le monde à coup de slogans souffreteux dans la foule ramassée. Des communistes… Une bande de saloperie de gauchistes, des fouteurs de merde et puis c’est tout !

Cette sorte d’idée et mille autres du même acabit… faisaient l’objet de nombreux débats, de longues soirées à boire au « Citizen Kane ». Des désaccords à n’en plus finir, tranchées entre deux catégories de discoureurs d’élite. « Entre ces deux groupes d’humanité en progrès » (et là aussi : le philosophe de Ribemond, le légataire testamentaire des lumières, le dernier des encyclopédistes, le mari de Sophie… aurait pu trouver matière à compter) Mille formes de positivisme entraînaient mille manières constructives de s’y opposer formellement... ou le contraire le plus souvent ! Le progrès chiffré contre l’idéal indéchiffrable... ou tout l’inverse encore ! L’exercice creusait des fossés entre des paquets d’ « artistes-philosophes » de la bonne société et un tas de gens « de terrain »… Ceux-là, et ceux qui détestaient la culture physique, les trop grandes enjambées, l’impression de vitesse, de creux dans les vagues et le vent dans les yeux ; ceux qui creusaient des écarts de champions olympiques derrière eux et ceux qui creusaient tout court sans espoir de rattraper personne (« Tous ces putains de bougnouls(X), les rats, les maghrébins, et puis tous ces africains qu’on commencerait un jour à voir débouler de partout »…) ceux qui bouchaient les trous ; ceux qui rebouchaient tout juste avant de partir pour qu’on les oublie, pour qu’on leur foute enfin la paix. Les alpinistes et ceux qui préfèrent la plage, les « girondins » contre les « montagnards » ; la vita contemplativa et la vita activa, le ciel et la terre... Un sacré joyeux bordel !

-X- N.D.E. Le terme « Bougnoule » est ici employé avec toutes les pincettes et les guillemets qui conviennent, et bien avant qu'on lui adjoigne le synonyme d'« acculturation » responsable de pas mal de maux affligeants dans les écoles françaises. Car vérification faite, et nous avons bien sûr tout, absolument tout vérifié avant d’imprimer, comme il est de notre nature de le pratiquer, pour être bien sûrs de ce que nous pourrions nous faire reprocher de ne pas avoir suffisamment tout et vraiment tout vérifié, par mesure de précaution et de sécurité pour le bien de tous, de nous-même et de l’auteur. Pour sa protection, la nôtre, ceux des lecteurs qui seraient en droit de se poser la question et d’espérer une réponse rassurante… Par respect des règles d’éthique et du code de déontologie propres au métier de diffuseur culturel dont nous mesurons toute l’importance pour les générations futures. Pour l’histoire, en tant que le texte témoigne de faits de dates et de lieux absolument et incontestablement véritables... Nous tenons à préciser au jour de l’impression, qu’à notre connaissance et d’une façon avérée et indubitable : Aucune personne de couleur n’avait jamais encore fréquenté l’établissement (ci avant et après dénommé dans le texte « le Citizen Kane »), au moment de l’action décrite dans cet ouvrage. Aussi et au vu de ce qui précède, conscient de l’inopportunité d’une telle erreur commise par l’auteur et uniquement par lui-même, comme le dit-auteur nous l’a avoué par écrit et signé à notre demande devant huissier (et l’acte est bien sûr à déduire des bénéfices partagés par cette personne) ; nous donc ! nous l’éditeur, déclinons toute responsabilité passée, présente et à venir, individuelle ou collective, consentante ou non... quant à l’interprétation raciale discriminatoire qui pourrait foutre en l’air l’esprit général du texte et sa mise en conformité avec les lois en vigueur dans ce pays (ce pays et tous ceux dans lesquels il pourrait être négocié des droits de traduction à l’avenir).

Au point des derniers verres d’alcool supplémentaires offerts de part et d’autres des différents camps opposés, la quête du progrès infini de l’esprit humain s’achevait invariablement de la même façon. Une véritable foire d’empoigne, et « Kane » en personne (pas le mari de Barbie, mais le patron du troquet qui défendait toujours la cause de ses propres intérêts) foutait tout le monde dehors à coup de pompes dans le cul, sans distinction de couche sociale dominante ni de catégorie socio-culturelle particulière. Kane… Un drôle de sacré puncheur ! Le mec était gaulliste, je crois ? (ce qui ne présente qu’un intérêt tout à fait limité pour ce qui nous concerne ici.) Enfin, le type resté gaulliste comme tout le monde même après les événements. Mais là, c’était juste avant ! Juste avant le bordel dans les rues à Paris. Juste avant le souk dans les amphis, sur les boulevards et dans les usines. « La chienlit ». Juste avant, ou disons, quelques mois plus tôt, pour être un tout petit peu précis d’un point de vue historique. Un véritable hiver de merde sur le plan musical. Sheila caracolait au top des ventes de 45 tours depuis plusieurs années, mais il y eut encore pire ! Pensez qu’Éric Charden par exemple (Eric qui ?!...) tentait de chanter l’Ave Maria pendant que les Charlots répandaient leur célèbre Paulette, la reine des paupiettes sur les ondes radiophoniques à la fois belges, suisses et françaises. Michèle Torr… couinait un truc que tout le monde ou presque a forcément oublié, comme ce néo réaliste nationaliste nauséabond de Michel Sardou qui en plus chantait complètement faux. C Jérôme enfin… « C » pour le prénom de la vedette en question, à moins que ce ne fut le contraire ?! Cet hiver-là, ce « C » là avec un Jérôme au derrière, cartonnait dans les hits parade avec Le petit chaperon rouge est mort… Tout un programme ! Par je ne sais quel miracle, le pays avait tout de même réussi à tenir le coup jusqu’au milieu du printemps.

Le nom d’Alexander Dubček(X) commençait à peine de circuler dans les journaux français à propos du mouvement d’émancipation en Tchécoslovaquie. Antoine venait de rencontrer Marie, et Marion fit ce qu’elle put pour encaisser le coup.

-X- À partir du mois de janvier 1968, des réformes libérales entreprises par le nouveau responsable du parti communiste tchécoslovaque promirent un assouplissement du régime et une démocratisation politique. Au programme : un socialisme à visage humain… qui s’achèvera le 21 août avec l’entrée des troupes du pacte de Varsovie dans le pays. Ces événements sont connus sous le nom de Printemps de Prague. (Voir sur le même thème : Leonid Brejnev, deux fois président du soviet suprême, 4 fois Héros de l'Union soviétique, cavalier de l'Ordre de la Victoire, 8 fois titulaire de l'Ordre de Lénine, 2 fois titulaire de l'Ordre du Drapeau Rouge, 2 fois titulaire de l'Ordre de la Révolution d'Octobre, Nombreuses autres décorations…)


(À SUIVRE)




lundi 30 mars 2009

SIMON VOUET À BESANÇON


BEAUX-ARTS


Simon Vouet, les années italiennes (1613-1627)
AU MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE BESANÇON

ÇA N'EMPÊCHE PAS D'ALLER VOIR !



SIMON VOUET / Les anges portant les instruments de la passion, 1625
(Fragment conservé au musée de Besançon)


L’exposition Simon Vouet , coproduite par les musées des beaux-arts de Nantes et de Besançon, propose de découvrir des œuvres réalisées durant « la période italienne » du peintre. Un périple de 14 ans qui embarqua l’artiste français jusqu’à sa notoriété. C’est le XVIIe siècle qui débute. Cette époque où l’on vient de toute l’Europe étudier les antiques et les génies de la Renaissance. Venise, Rome, puis Gênes... Milan, Parme, Bologne et bien sûr Florence. Simon Vouet n’oublie rien, ni Véronèse, ni le sulfureux Caravage dont le français s’inspire largement. Carrache et lui viennent tout juste de quitter la scène terrestre où ils ont abondé en cette fin du Cinquecento (les deux hommes meurent à un an d’intervalle). L’un et l’autre laissent l’héritage d’une révolution picturale sans égale. Titien, le Tintoret juste avant... Vouet ne concède aucune ombre au tableau d’une Renaissance qui s’achève dans le tumulte des guerres de successions, alors qu’Henri IV succombe sous les coups de surin de Ravaillac en place de Grèves et qu’à Madrid, Cervantès se prépare à publier la deuxième partie de son Don Quichotte. (Pour vous dire le décor dans lequel s'ébat le génie du Monsieur en question). C’est l’époque de Rubens, « l’Homère en peinture » dira plus tard Delacroix. Rubens le baroque, l’érudit, le riche diplomate. Rubens, bientôt Velázquez et Rembrandt, l’immense, le plus grand des « nordiques » ; l’ogre Rembrandt bien avant Picasso.


SIMON VOUET / Allégorie de la richesse, 1634


Là « au milieu », un peu coincé dans ses arrangements et son abus de pittoresque... un Simon Vouet pensionné par le jeune Louis XIII et qui rapidement parcourt les absides et les culs-de-four de Rome en vedette « américaine » au milieu d’une cohorte d’artistes étrangers en résidence dans la ville éternelle. Sa manière habile en peinture autant qu’en société... (Peut-être aussi "quelques accords diplomatiques officieux transnationaux pour dénouer quelque conflit d'alors") lui vaut en 1624 d’être nommé à la direction de l'Accademia di San Luca, une consécration pour un représentant de la couronne de France. Deux ans plus tard, la ville pontificale lui offre de travailler à une commande pour la basilique St Pierre ; un ornement pour la Pietà de Michel Ange (l’œuvre est aujourd’hui détruite dont un fragment est conservé au musée de Besançon). Son retour en France l’année 1627 au privilège exclusif de la maison des Bourbons, épouse le dessein d’une destinée artistique nationale, perpétuant son goût de l’argent, des honneurs et de l’intrigue politique. Jusqu’en cette année 1637, jusqu’à cet « Enlèvement des Sabines » prodigieux, jusqu’à ce fichu Poussin de retour en France à son tour... L’honnête Poussin, tout son bel esprit que le grand maître en peinture « installé » tente d’évincer grâce à ses nombreuses formes d’amitiés. Poussin, savant, tant inspiré pourtant, mais vaincu... repart pour Rome et ne cessera dés lors d’influencer son siècle et ceux qui suivront, artiste immortel. Où l’inventeur poussin l’emporte sur le bagout bien colorié du suiveur Vouet... où l’histoire, si je ne me trompe, a préféré retenir l’esprit profond et moral de l’un plutôt que les ronds de jambes fleuris d’un autre. Car quelle « grande histoire » retient vraiment ce Simon Vouet ? (une belle méthode, d'accord !... de la couleur aguichante ; la facture impeccable...) juste après Carrache ou Caravaggio... La grande scène italienne, juste avant Poussin ou ce Van Dyck... oui ! quel « Vouet » saurait si intelligemment se glisser en ce panthéon pictural européen, sinon une certaine arrogance française retrouvée ? Et il y eut encore bien pire après lui. Prenez Le Brun, son élève en tous points. Le protégé du roi soleil lui-même, le favori, le petit chouchou de la cour ; le peintre du plafond de la galerie des glaces à Versailles. Une bien bonne facture encore, oui c'est entendu. Charles Lebrun, le peintre officiel, le Directeur de la toute jeune Académie Royale de peinture, et qui comptait rivaliser avec les guildes de St Luc... Cette prétention française encore.
NÉON™


SIMON VOUET / Vénus endormie, 1630-40



Musée des Beaux-Arts et d'Archéologie de Besançon (27 mars - 29 juin 2009)
L'exposition a reçu le label d’intérêt national du Ministère de la culture.

Elle rassemble des œuvres dispersées dans les plus grands musées du monde (National Gallery of Washington, Los Angeles County Museum of Art, Palazzo Bianco à Gênes, Galleria Nazionale d’Arte Antica di Palazzo Barberini à Rome, Musée du Louvre, Musée des Beaux-Arts de Lyon…) et dans des collections privées.




L'ATELIER DE JULES™ / IX


LES ENCADRÉS




GOUACHE SUR PAPIER CANSON 30X40cm / JULES™



Une totalité (de faits) n’est pas réductible à la somme de ses parties, et présente des traits d'un genre qui lui est propre. Sui generis (voir le panoptique de Néon™/N°2), À propos de l'enseignement d'Émile Durkheim. Le professeur en sociologie moderne reproche à Rousseau l'idée de vouloir réduire la solidarité sociale à l'union autour des lois qui "attachent les individus au groupe, non les individus entre eux ; ils ne sont solidaires les uns des autres que parce qu'ils sont tous solidaires de la communauté". Une telle société implique en substance, des individus complètement interchangeables et aliénés au processus d'unité sociale. Au contraire Durkheim propose la philosophie d'une société non homogène fondée sur la spécialisation des tâches et des fonctions. Par conséquent, cette société a besoin d'individus non interchangeables, précisément valorisés par "les caractères différentiels" qu'ils apportent à la société.



dimanche 29 mars 2009

LE COUP DE CHAUD / XIII



(ROMAN EN LIGNE)
LE COUP DE CHAUD
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Un roman... et c'est évidemment Tony™ qui s'y recolle ! Sacré Tony ™ ! Un roman... ou une somme de lignes superposées au mouvement de l'air ambiant. Un de ces procédés écologiques pour dire la couleur verte qui lui coule dans les yeux au lieu d'une industrie lourde incapable de le distraire vraiment. Un roman... disons plutôt une correction à la volée d'un vieux manuscrit laissé pour compte par faute de temps, l'été 2003. Le coup de chaud... où ce qui arrive à force de prendre des douches froides au travers du cadre strict d'une météo de merde. Le coup de chaud ou une façon de décliner un paquet d'histoires anciennes, des engrenages, la mécanique rouillée des passions en retard. L'effort illuminé d'en découdre avec ses vieilles leçons de voyages, les malles défaites un peu partout dans le coeur de gens admirables et réconfortants. Le coup de chaud... comme on dirait : de La poésie, le cinéma... un tas d'emmerdements à la fin.


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CHAPITRE 7
L'AMANITE TUE-MOUCHES
Amanita muscaria
(SUITE)


L’angiosperme en question mesurait environ 30 mètres et portait le nom mystérieux de Viviane sur l’arbre généalogique familial. Un feuillu du côté de son père... mais relativement difficile à repérer au milieu d’une descendance aussi luxuriante. Fagoté de son titre d’alpiniste malgré sa décision de tout arrêter, Antoine considéra plus galant de prendre en main les opérations de topographie sur le terrain pour permettre à la demoiselle de rester concentrée sur son ouvrage de métaphysique. Se rappelant les conseils de Pierre avant chaque départ de course, le garçon s’était procuré au dernier moment un guide topographique précis des environs de Palluau édité par le comité national des sentiers de grande randonnée avec l’autorisation de l’Institut Géographique National. (On retrouvait la forêt magique de Marion, répertoriée d’Ouest en Est comme un ensemble de feuillus communs, parcouru par un itinéraire(X) balisé de Grande Randonnée, le GR2 dans l’une de ses subdivisions, intitulée Gr24C entre la commune d’Estissac et celle de Mussy s/seine).

-X-On dénombre en France au moins 100 000kms de ces chemins de traverse parfaitement normalisés, où il suffit de suivre les flèches bicolores rouges et blanches pour vivre une expérience exceptionnelle de pleine nature.

La brochure conseillait la précaution préalable à toute aventure sur les sentiers, d’adhérer à une association de plein-air, et de veiller surtout à ce qu’elle soit membre de la fédération française de la randonnée pédestre... Une sorte de parti fédéraliste dominant sûrement ! dans l’idéologie du parcours à pied nationaliste promeneur ! Un mouvement de pieds, mais ajusté à son cadre strict de pratique, dans la droite de ligne du parti des marcheurs d’élite. Une sorte de Club Alpin Français si vous voulez ! les joies du relief en moins.

L’ouvrage ouvrait sur cette information capitale :
SAVEZ-VOUS QUE :
-VOUS ETES RESPONSABLES DE TOUS LES DEGATS CORPORELS OU MATERIELS QUE VOUS POUVEZ CAUSER A AUTRUI.
-VOUS COUREZ VOUS-MEMES DES RISQUES DE TOUS ORDRES ENTRAINANT DES FRAIS MEDICAUX, D’HOSPITALISATION, DE TRANSPORT, UNE INCAPACITE PARTIELLE, TOTALE, OU PIRE LE DECES.
ASSUREZ-VOUS ! PRECISAIT ENCORE LA PLAQUETTE.
Enfin, une belle publicité concluait :
UN JOUR DE SENTIER =HUIT JOURS DE SANTE !

Antoine regretta Pierre pour ce qu’il ne fût pas avec lui pour atteindre son but avec son aisance habituelle, mais se débrouilla tout de même pour l’imiter. La route était décrite avec une certaine perspicacité par les auteurs du guide, mais dans un sens seulement (venant du Nord-Ouest). S’engageant par le Sud-Est, Antoine dut faire preuve d’une certaine circonspection pour réussir à se diriger dans le paysage : Il lut donc en commençant par la fin : A l’extrémité du sentier, tourner à gauche : on atteint le D.34 qu’on suit à droite sur environ 2,8 km (forêt privée). Prendre à gauche un chemin empierré, en lisière de forêt, jusqu’au D.166 qu’on emprunte à droite jusqu’à : LES LOGES-MARGUERON.

A l’intersection des cotes 2346 et 730,5 du quadrillage kilométrique Lambert zone II, Marion, qui s’était laissé conduire sans être dupe des embranchements, des fourches ou des ramifications détournées... serra très fort Antoine dans ses bras et l’embrassa plusieurs fois sur la bouche pour le récompenser.

Ses lèvres mouillées d’ambre, sa bouche comme l’enfer, un ravin d’amour frais… l’abîme sublime et la langue didactique, déferlante de Marion.

Le temps était magnifique. Les hautes pressions persistaient depuis plusieurs jours sur une bonne partie de l’Europe occidentale, mais on pouvait déjà sentir les prémices d’une perturbation imminente par l’arrivée d’un front froid se déplaçant rapidement au-dessus des côtes Atlantique.

Pierre aurait pu facilement calculer qu’à la vitesse moyenne de 40 km/h, le courant d’air critique mettrait au moins onze heures pour parcourir la distance qui les séparait des côtes anglaises. De sorte que les deux promeneurs pouvaient marcher quelques heures encore sans souci particulier d’aucune sorte.

La forêt de Chaource™ (pour le nom d’une marque déposée de fromage au lait cru, et rachetée par un groupe commercial nippon au début des années quatre-vingt-dix comme pas mal d’autres choses encore… fromages, châteaux, vins de Bordeaux...) n’avait pas cette aura particulière de l’histoire de la forêt d’Orient, sa voisine au Nord Nord Est d’à peine une dizaine de kilomètres. La forêt d’Orient et sa réputation de décor fabuleux où eurent galopé, dit-on, les Chevaliers de la table ronde avant d’y enfouir « quelque part » leur formidable trésor (beaucoup creusaient depuis !… des candidats à la fortune regroupés sous forme d’associations loi 1901 à but… non lucratif). Une forêt commune, mais qui n’en restait pas moins un merveilleux exemplaire de ce qu’était l’état naturel du monde aux prémices du temps des fleurs, des arbres et des plantes vertes.

Quoique les fleurs, plus complexes que les plantes vertes étaient apparues bien plus tard à la surface de la terre… Mais de cela, précisément à ce moment-là, Antoine n’en n’eut vraiment rien à foutre ! Ni des fleurs (en particulier des pissenlits qui nourrissaient les vaches du canton de Chaource), ni du lait cru qu’on caillait avant de récupérer la crème pour faire du beurre cru ; ni des techniques d’affinage ancestrales qui foutaient le camp à l’étranger ; ni de tout cela, ni de la vie bactérienne (schizomycètes ou protistes procaryotes), protophyte, protozoaire, ou métazoaires (par opposition), et — de toute façon — microscopique… qu’il écrasait sous ses pieds sans même le savoir ! Non plus qu’il n’eut le moindre début d’attention pour les Chanterelles, les Coprins, les Pleurotes… l’Armillaire couleur de miel (très parfumé), le Rosé des prés, la Volvaire gluante (qui comme son nom ne l’indique pas forcément est un excellent comestible)… Ni de toutes ces élucubrations champignonesques parfaitement indigestes, ni d’aucun vénéneux non plus ! Pas même l’énorme Amanite tue-mouche qu’il allait s’enfiler pour rire et qui lui collerait la pire gerbe de sa vie pendant huit jours. Oui, et Antoine se rappela la publicité : Un jour de sentier…

Antoine dut se résoudre à lâcher là ses règles de géographie un peu gauches et ses balises de sécurité de toutes sortes empruntées à Pierre, son nord magnétique, qui tirait déjà un peu vers l’Est (Antoine n’en était pas forcément conscient). Mille puissances vertigineuses se confondaient maintenant avec le soleil, le ciel et la terre, l’humus tendre et fertile du sous-bois ; le corps chaud, embrasé… flambant neuf de Marion ; sa peau légèrement mate d’origine et un trompe l’œil en forme d’un bien étrange papillon dessiné sur son dos… Un principe cabalistique tracé à la plume jusqu’au sang…

L’air sentait bon, un parfum comme la feinte d’une conjugaison. Le temps, était plus-que-parfait… Elle, la plus habile dans cette forme du temps passé, s’était défaite la première sous les ramées allogènes de Dame Viviane. Marion se défit… aida aussi le jeune homme à se défaire de son infinitif un peu sommaire, tant et si bien que tous deux s’ôtèrent… l’un l’autre dans cette sorte de grammaire douteuse, même pour un temps de saison.

Toute une vie minuscule et merveilleuse des sous-bois, amorçait d’accomplir la métamorphose d’Antoine B. par le biais d’une première tentative sur le terrain de la linguistique appliquée. Est-ce à dire aussi que le fils de Charles et Madeleine, le troyen… le danseur raté, l’ami de Pierre disparu en montagne ; l’alpiniste qui apparaîtrait plus tard sous les traits d’un photographe de guerre pour stagner au fond des yeux détrempés de Marie ; l’amateur d’abîmes, pour l’heure reconverti aux horizons modérés pour baiser au verbe « hêtre » (cette forme de conjugaison de style sylvestre) ; oui, ce poète travesti dans la lumière mordorée des futaies… irait jusqu’à entreprendre cette mue considérable, thérapeutique… par l’entremise d’un style de jouissance, forestière ? Un roman d’amour à la façon d’une profession champêtre. Un guide de botanique ; l’ouvrage naïf d’un simple amateur en jardinerie.


(À SUIVRE)





mercredi 25 mars 2009

LE RADEAU DES CIMES


À BORD DU RADEAU DES CIMES



PHOTO © JL GANTNER / GABON 1999


C’était au mois de mars 1999 dans les brumes matinales de la forêt équatoriale africaine. J'avais rejoint la mission du professeur de botanique tropicale Francis Hallé au centre du Gabon. Un campement au milieu de la forêt des abeilles. Lieu-dit : La Makandé (0°40 Sud, 11°54 Est). Une quarantaine de scientifiques venus du monde entier profitait d’un laboratoire aérien inventé par l’architecte français Gilles Ebersolt « le Radeau des cimes ». Une plateforme suspendue sous un ballon gonflé à l’hélium. L’ensemble permettait de voyager sur l’air au-dessus de la canopée, à la vitesse des Toucans.

Cette photographie fut prise pendant la réalisation d’un boulot de reportage pour une émission de télévision « Les nouveaux mondes / France 2 ». (L'image et son inévitable contre champ !) Le souvenir d’un point de vue inoubliable sur cette incroyable machinerie aérostatique plantée dans son décor d’arbres géants. Deux câbles fixés au sommet du ballon permettaient de positionner un objectif et son opérateur à une distance idéale de l’équipement scientifique (à disons, cinq ou six mètres de la cabine de pilotage et dix du radeau...) Une glissade dans l’air saturé d’humidité. Le spectacle insensé d’une forêt vierge en travelling, à quelques mètres seulement de notre embarcation gonflée à l’hélium. Le décollage à l’aube dans le voile frais des condensations tropicales, la lumière ocre verte qui s’estompe, cède sa place au chant des brûleurs à gaz. Les premiers cris des grands singes. Le signal du jour, celui du réveil tonitruant de la canopée. Cette sensation est indescriptible sinon qu’elle s’agite dans mon souvenir à la manière d’un voyage dans la lune, rien de moins ! Un de ces voyages de Jules Verne... Une façon de se déplacer, mais sans fracas, sans rien déranger du monde naturel et de son mécanisme instinctif bien réglé. C’est-à-dire une manière de bouger, mais dans le sens d’une transformation profonde. Un déplacement sur soi-même en quelque sorte, par opposition à toute autre forme de tourisme ou d’excursion gratuite.

Je n’ai plus vraiment volé depuis. Juste emprunté quelques machines à gaz un peu chères, dans l’air moche des usines et des slogans télévisuels à vingt heures. Rien qu’une échappée belle dans les masses d’air naturelles pour mesurer l’impact des coïncidences thermiques entre le bleu du ciel et le vert de ses yeux, et puis plus rien. J’ai vu tout ce bois précieux répandu en forme de tables chez tous mes voisins. La demeure des Toucans transformée en chaises, le territoire des indiens converti en rocking-chair, la citadelle pygmée réduite à un meuble de jardin… Que vouliez-vous que je vous dise de plus ? ça fait dix ans déjà. La terre vue juste d'un peu plus haut, un vol inoubliable.
JLG



PORTRAIT À LA LOPÉ - GABON /© JL GANTNER



DU PROFESSEUR HALLÉ À PROPOS DU MONDE VÉGÉTAL :

"L'être humain, qui se croit au sommet de l'évolution, compte 26 000 gènes dans son ADN. On a découvert que le génome du riz en détient 50 000. Le double ! Ça a été un choc pour les biologistes"

"L'homme possède un seul génome, stable. Chez l'arbre, on trouve de fortes différences génétiques selon les branches : chacune peut avoir son propre génome, ce qui conforte l'idée que l'arbre n'est pas un individu mais une colonie, un peu comme un récif de corail".


"L'arbre n'est pas programmé pour mourir. Il suffit d'aller dans la banlieue de Londres, au jardin botanique de Kew Garden, pour voir une collection d'arbres potentiellement immortels. Les chênes y vivent éloignés les uns des autres au milieu d'immenses pelouses. Leurs branches basses traînent par terre et s'enracinent pour donner de nouveaux arbres, qui à leur tour en donnent d'autres. Si les conditions restent bonnes, pourquoi voulez-vous que ça s'arrête ? Le plus vieil arbre que l'on ait identifié pour l'instant, le houx royal de Tasmanie, a 43 000 ans. Sa graine initiale aurait germé au Pléistocène, au moment de la coexistence entre Neandertal et l'homme moderne".

"J'ai passé beaucoup de temps à tenter de défendre la forêt primaire, et je n'ai rien obtenu. Mais sur le plan éthique, se battre a une valeur. Je me considère comme extrêmement privilégié : grâce à l'expérience du Radeau des cimes, j'ai vu ces merveilles et j'aurais voulu que mes contemporains puissent en profiter. Le sous-bois de ces forêts, ce qu'on voit à hauteur d'homme, ne présente pas grand intérêt. En revanche, ces canopées sont d'une beauté spectaculaire, impossible à décrire. Une fois que vous avez vu ces couronnes d'arbres en fleurs, ces animaux extraordinaires et de toutes tailles, que vous avez entendu le concert de la faune canopéenne à la tombée du jour, au milieu des lucioles, vous ne pouvez plus y toucher. Par ailleurs, c'est une immense réserve en molécules biochimiques, un trésor planétaire qui offre des perspectives formidables pour la recherche pharmaceutique. Un jour, on aura besoin de ces molécules et on se dira : c'est bête, on les avait sous la main et on n'en a pas tiré parti".


de Francis Hallé
AUX ORIGINES DES PLANTES (FAYARD)
L’ÉLOGE DE LA PLANTE (SEUIL)

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mardi 24 mars 2009

PHOTOMOBILE™ - 123


LES PHOTOMOBILES DE JL GANTNER

(Des images réalisées à partir de son téléphone portable, ses communications régulièrement mises "en ligne". Tout un commerce d'échange et totalement inutile de libres transports avec un vrai mobile d'une bonne marque™ collée sur l'écran. "De l'art moderne" pour ceux qui en douterait, comme on dit aussi "De l'électronique embarquée" ou "De la pression dans un pipe line" )



MESSAGE N°123


PHOTOMOBILE N°123 / JL GANTNER 2007
Message envoyé de Besançon-Franche comté-France
10 juin 2007 à 13H24 GMT





LES PHOTOMOBILES™ DE JL GANTNER SONT VISIBLES À LA GALERIE LA PRÉDELLE À BESANCON






lundi 23 mars 2009

LE COUP DE CHAUD / XII



(ROMAN EN LIGNE)
LE COUP DE CHAUD
-12-



Un roman... et c'est évidemment Tony™ qui s'y recolle ! Sacré Tony ™ ! Un roman... ou une somme de lignes superposées au mouvement de l'air ambiant. Un de ces procédés écologiques pour dire la couleur verte qui lui coule dans les yeux au lieu d'une industrie lourde incapable de le distraire vraiment. Un roman... disons plutôt une correction à la volée d'un vieux manuscrit laissé pour compte par faute de temps, l'été 2003. Le coup de chaud... où ce qui arrive à force de prendre des douches froides au travers du cadre strict d'une météo de merde. Le coup de chaud ou une façon de décliner un paquet d'histoires anciennes, des engrenages, la mécanique rouillée des passions en retard. L'effort illuminé d'en découdre avec ses vieilles leçons de voyages, les malles défaites un peu partout dans le coeur de gens admirables et réconfortants. Le coup de chaud... comme on dirait : de La poésie, le cinéma... un tas d'emmerdements à la fin.


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CHAPITRE 7
L'AMANITE TUE-MOUCHES
Amanita muscaria



Madeleine ne s’était pas réellement senti concerné par l’accident de Pierre à l’époque. D’ailleurs Madeleine Conte ne s’était plus jamais senti concernée par grand chose, en vérité !… ni de cette folie passée des montagnards, ni du grand amour de Sophie pour son intelligent marquis (ses paradoxes, la probabilité d’une révolution... Tout ce qui pour finir, avait pu lui empoisonner la vie jusqu’à cette fin tragique…) Non, rien n’avait plus jamais intéressé madeleine au-delà des yeux brillants du petit garçon qui lui rendait visite de temps en temps dans sa chambre d’hôpital à Brienne-le-chateau(X). Le petit garçon et ses beaux yeux bleus, son beau regard triste qui lui rappelait pourtant quelque chose… quelque chose d’elle peut-être ?… quelque chose rien qu’à elle. Mais Madeleine n’en était pas sûre, comme Madeleine ne fut plus jamais sûre de rien. « Antoine, son petit roi, son petit prince, son petit Conte, son petit rat », « son petit papillon »... (mais Madeleine ne s’en était plus souvenu non plus !) »

-X- Château construit au XVIIIe s. Par L. Fontaine sur l’emplacement d’un château féodal. L’ancien couvent des Minimes abritait l’école militaire où Bonaparte fit ses études de 1779 à 1784 (et par conséquent : musée Napoléon) ; culture du chou ; fabrication et fête de la choucroute ; hôpital psychiatrique.

Une à deux fois par mois, Hélène recevait ces gens... dans son élégante petite robe vieux rose. Le Chanel qu’elle avait toujours préféré entre toutes. La couleur lui allait bien, un vieux rose pâle sur le teint jaune de Madeleine, mais le père d’Antoine continuait de voir sa femme, nue, en génuflexion… prosternée par-dessus de la fenêtre de leur hôtel particulier troyen… s’écartant les cuisses au-dessus de la rue, à deux doigts de sauter dans le vide en hurlant ». L’image grotesque et obsédante avait fini par lui gâché la vie.

Depuis ce jour, Charles Conte-de-Beauregard n’avait plus jamais réussi à pénétrer une femme correctement. Ni Rose, ni plus aucune autre secrétaire intérimaire qui ne demandait que ça... Madeleine et sa génuflexion... lui avaient gâché sa vie, sa virilité et le reste de ses activités commerciales. De son côté, Antoine s’était mis à la peinture et calquait à l’infini toutes sortes d’insectes lépidoptères sur des papiers jaunis qu’il envoyait à sa mère par la poste et à ses petites amies lorsqu’il avait le cafard. Ses grands yeux très clairs et sa réputation héroïque au pilier du Freney, l’avaient en partie épargné du désagrément physique contracté par son père. Au lycée par contre, où il redoublait son année de terminale, les choses allaient de mal en pis. La science et la géographie exceptées, cette année-là fut catastrophique. C’est sa professeur de Français, la première, qui fit part à son père d’une transformation malheureuse dans la conduite du garçon. Un simple exercice l’avait convaincu du bouleversement considérable de son jeune poète, oui... Un enfant très doué pour l’improvisation. Un esthète à sa manière. Un élève de talent dans la matière du maniement de la langue et sensible à ses sonorités « vous comprenez ?! » Son professeur raconta à Charles comment elle avait découvert Antoine, le nez dans un atlas d’astronomie, « oui, comprenez bien »... répétait l’enseignante. « Un simple atlas... pour parler d’un passage du Chant X (celui du Paradis) dans la Divine comédie.

SOLEIL : Astre central, lumineux du monde que nous habitons et autour duquel gravitent les planètes. Sa température superficielle est estimée à 5750°C. Le rayon du globe solaire considéré comme sphérique, vaut 109 fois le rayon équatorial de la terre. La distance de la terre au soleil est de 149,5 millions de kilomètres. Sa lumière met 8 mm 18 s pour parvenir jusqu’à nous...

Ce jour-là, Antoine hésita un long moment devant sa page blanche à cause d’une image séduisante de Marion installée à sa droite, puis recopia mot pour mot cette version mesurée du Larousse pour expédier ce qu’il pensait de l’astre éclatant. « Entendez encore Monsieur Comte... qu’Antoine aurait pu au moins s’arrêter sur les soleils noirs de la mélancolie de Nerval, le soleil de minuit de Tournier et puis les soleils mouillés de Baudelaire... tous réunis à la même page à la lettre S du Robert. Mais non, rien. Une suite de mesures toutes faites et dénuées du moindre sentiment humain, voilà tout. Une simple conclusion algébrique, je ne sais pas si vous vous rendez compte ?! » Charles ne se rendait pas tout à fait compte c’est vrai. Mais n’importe qui aurait pu voir qu’il faisait aussi un effort honnête pour intéresser la jeune femme à son activité commerciale en berne. Un outil plein d’ardeurs au savoir faire irréprochable, mais qui ne répondait plus aux exigences du marché. « Que voulez-vous ? » Charles parla avec une légère tristesse dans la voix. Un timbre sombre qui plut tout de suite à la jeune femme. « Sa drôle de bouche et ses petits yeux rentrés. Oui, peut-être ?... mais je ne suis pas certaine. Je ne m’arrête jamais à ce genre de détail physique dans la conversation d’un garçon ».
Antoine échoua au baccalauréat, mais avec un dix-neuf sur vingt en géographie et une note très prometteuse en maths.

Ils se retrouvèrent au Kane, le café le plus proche du lycée. Antoine disait le Kane comme tous les garçons, au contraire de Marion (sa voisine de droite en Français) qui préférait dire le Citizen comme la grande majorité des filles de son âge qui fréquentaient l'établissement. « Une sacrée belle plante ! » aurait affirmé Pierre (mais Pierre ne pouvait plus rien dire à présent ! ni au présent, ni même à la première forme du conditionnel passé. Pierre gisait, imparfait… écrabouillé quelque part au pied d’une affreuse paroi des Alpes du Nord). Personne, non, personne ne l’avait jamais retrouvé.

Marion était une de ces filles piquées aux croyances naturelles et à la Mythologie des peuples anciens. Un truc qu’elle tenait de sa tante à ce qu’elle racontait... Une vieille tante du côté de son père dont la famille disait que c’était une sorcière. La belle plante... ou plutôt la fleur d’élite, le p’tit bouquet... visait une carrière d’astrologue entre ses cours de science nat’ et un certain attrait pour la biologie génétique. La garance Rubia peregrina spéculait sur les lignes du ciel et apprenait à lire l’avenir dans le cœur des arbres ; le nœud, ou la rosette des bouts de bois. L’Arménia maritime (ou Gazon de l’Olympe) devinait le meilleur et surtout le pire des gens dans le bouchot ou la culée. « Depuis toujours… » racontait Marion, « l’arbre représentait un symbole universel. L’arbre cosmique autour duquel s’organisait les jolies choses du monde. Il fut un temps, expliquait encore la jeune vierge... où, bien avant l’apparition de l’homme sur la terre, un arbre géant s’élevait jusqu’aux cieux, et constituait l’axe de l’univers... »

On retrouvait ce frêne géant dans les textes traditionnels de la mythologie germanique sous le nom d’Yggdrasill. Il était le sycomore de l’Égypte antique ou encore l’olivier de l’orient musulman. Les croyances populaires de Sibérie décrivaient l’esprit d’une femme d’âge mûr qui apparaissait quelquefois entre les racines du bouleau. Ses cheveux au vent, elle découvrait ses seins nus qu’elle offrait au voyageur. Marion regrettait le monde des nymphes, les dryades et des elfes. Aux fleurs-fée... des forêts magiques, succédaient aujourd’hui la glèbe d’un monde balisé sans espoir pour lequel la jeune fille n’était pas réellement préparée...

Un samedi après-midi, la jolie fée Marion entraîna Antoine dans la forêt de Chaource toute proche. C’était là que se trouvait son arbre, une espèce d’idole en forme de hêtre baptisé du nom d’une aïeule disparue. Une déité naturelle censée protéger les hommes de la foudre et d’un tas de trucs dont parla la jeune fille avec tendresse, mais le garçon avoua qu’il avait un peu de mal à se concentrer sur ces sortes d’images hermétiques. Marion expliqua son origine lituanienne(X) à Antoine. Une filiation du côté de sa mère…

-X- HIS : En 1410 le roi Ladislas II Jagellon (grand prince de Lituanie et roi de Pologne) porta le coup décisif dans les rangs des chevaliers teutoniques. La bataille de Grunwald (Tannenberg) sonna le glas des dernières grandes croisades chrétiennes. On raconte que c’est un chêne mythique Romuva, détruit par les armées allemandes qui avait déclenché les foudres des gens de l’Est. Dégagés de leurs obligations communistes depuis 1991, et malgré leur conversion officielle au catholicisme il y a bien longtemps déjà ; les lituaniens ont renoué avec leurs anciennes coutumes forestières et pratiquent volontiers les cérémonies naturelles. Ainsi, bien souvent, dans les campagnes colorées des rives de la Baltique, certaines églises restaurées apparaissent au spectateur attentif, dans l’alignement d’un poteau de bois sacré, d’un totem à tête de serpent couronné, d’un essaim d’abeilles, ou d’un loup… des saints de bois sculptés dans la mémoire du temps, prêts à en découdre à nouveau avec le premier bolchevique qui oserait pointer son nez dans la campagne inspirée. Des saints de bois et leurs rites païens, qui sentent bon le frêne, le tilleul et l’Armoise ; le parfum des champs. (Mais qui se souviendrait encore d’un tas de choses pareilles ? disons, d’ici dix ans ?…) Des saints, quand même gonflés ! Des saints qui bombent le torse depuis 1992 pour plaire aux touristes, aux marchands ; pour plaire aux marchands de touristes… Des saints, météorisés dans la belle et grande Europe économique et libéralisée jusqu’à la sciure de ses chaussures. Des saints d’ébénisteries en kit, de charpentiers en libre-service ; des saints de bois de d’industrie lourde, des saints industriels… des saints en Teck pour prier au sec ! de l’Okoumé, de l’Amarante, des saints exotiques pour faire plus de fric ! des saints en lamellé-collé, des saints agglomérés, reconstitués… des saints promis au grand marché commun, à la monnaie unique. (Du beau bois, du bois excité par le progrès, la nouveauté ; et qui allait vite cramer... Une bonne boiserie catholique reconvertie au droit d’inventaire et à la liberté d’expression, mais tout le monde ne finirait par y voir que du feu !)



(À SUIVRE)