mardi 3 février 2009

NÉON™ PARLE DE SON KEFFIEH


RÉACTION


UN KEFFIEH POUR LA PAIX, ET L'INDUSTRIE DU VOILE COMME INSTRUMENT DE CONCILIATION ENTRE LES PEUPLES.


Aux porteurs de keffiehs qui négligeraient un peu vite l’origine de leur libre-façon de pouvoir le porter où ils veulent même au milieu de la foule du samedi. À tous ceux qui auraient la mémoire un peu courte ou l’estomac tapissé de bouillon de courges pour ne pas se souvenir qu’ils vivent ici dans une société démocratique et libre de porter ce qu’elle veut sur la tête, à partir du moment où ça n’emmerde personne et dans le respect des lois républicaines et laïques. (Pour rappel des principes relatifs à la loi de 1905 : La République assure la liberté de conscience, article 1. Elle proclame l’interdiction de tout port de signes religieux visibles). Rajoutons que : La laïcité n’est pas l’instrument d’une neutralité. Elle est au contraire un processus d’engagement constant et réfléchi, déterminé et respectueux, pour la liberté de conscience et d’expression, pour l’émancipation et le combat contre toutes les formes d’obscurantisme et d’aliénation.




J’entends bien le vacarme, tout ce chahut, les grincements à propos d’une guerre horrible en terre sainte, une de plus ! Un conflit sans nom sur la terre des « ancêtres ». Une expédition barbare... Un meurtre programmé, planifié ; un génocide, allons-y ! « Un holocauste ». Je ne veux pas ici refaire l’histoire de qui a forcément raison ou tord, selon une sélection de dates officielles à retenir et à partir desquelles on devrait objectivement pouvoir se référer pour trancher la justice. Là n’est pas mon propos. Mais J’entends bien, ces ombres s’éveiller ; ses sombres silhouettes, sortir de leur torpeur... pour réclamer le droit à la justice pour tous, le respect des plus faibles. Oui, exiger la paix dans le monde en commençant par l’arrêt des combats sanglants dans la bande de Gaza. Et comme je suis d’accord avec eux sur ce point. Comme je conviens avec tous les loups qui hurlent, qu’il n’est rien de plus précieux que la vie d’un enfant sur la terre et d’où qu’il vienne, un enfant bien vivant et ses yeux encore innocents. Comme je conviens qu’une vie humaine vaut mille dieux que je ne connais pas, que je n’ai jamais vu et pour qui donc, je ne saurais me battre. Mais voilà, que justement, tristement... Dieu que l’on croyait ici-bas endormi depuis un bon bout de temps, le grand manitou, le sorcier des sorciers, Dieu l’omnipotent, l’omniscient... Dieu le tout puissant, Dieu l’éternel, l’incréé... fait son retour en force sur la voie publique et dans les manifs. « Vengeance ! » exhorte Dieu d’Abraham, à marche forcé sur le pavé. Oui, Dieu est grand ! Mais le message est un peu court sur les banderoles pour l’affirmer sans devoir s’écarteler entre deux conceptions du monde qui s’opposent au proche orient. « Vengeance pour les enfants palestiniens »... et encore oui ! Je m’indigne avec vous sur ce point d’enfants martyrs ensanglantés sous les bombes. Des innocents. « Mort à Tsahal, mort aux soldats israéliens, mort aux juifs, donc ! Mort à tous les feujs de la terre et d’où qu’ils puissent se taire encore, les salauds... » pour oser tirer sur des enfants sans défense... (car tout juif est complice de son frère juif, n’est-ce pas ? L’idée est récurrente, qui a déjà fait des miracles en mille temps de haine fameux, et jusqu’à la folie nazie au siècle dernier). Des juifs, et pourquoi pas tous les autres avec, pendant qu’on y est ? ces athées, cette bande d’infidèles, ces laïcs... le mot est lancé. La grande confrérie des agents du Mossad planqués dans chaque paquet de chips qui accompagne le pain de mie Harry’s au couleurs du drapeau yankee. Et vive le Hamas* alors ! (la branche palestinienne des Frères musulmans, concepteurs de bombes humaines et de toutes sortes de saloperies explosives destinées à faire respecter la paix un peu partout dans les discothèques ou les bus de Tel-Aviv).


*La charte du Hamas pour qui aurait la tête dure, prévoit l’avenir de la paix sur le sol palestinien en ces termes : « Les initiatives, les prétendues solutions de paix et les conférences internationales préconisées pour régler la question palestinienne vont à l'encontre de la profession de foi du Mouvement de la Résistance Islamique […] Il n'y aura de solution à la cause palestinienne que par le djihad. Quant aux initiatives, propositions et autres conférences internationales, ce ne sont que pertes de temps et activités futiles. » (Article 13)


Vive ce parfait modèle de tolérance sur le mode de la politique iranienne qui accompagne le mouvement artistique du djihad islamique et du Hezbollah libanais. (Un anniversaire cette année à Téhéran. Trente ans de bonnes œuvres à l’égard du reste du monde en commençant par son traditionnel ami hébreu qu’il préférerait purement et simplement rayer de la carte. L’Iran passé d’un islamisme révolutionnaire bercé d’illusions « humanistes », à un néofondamentalisme pernicieux, qui cherche à tout niveler par le bas. Un Iran obsédé par l’influence corruptrice de la culture occidentale décadente. Est-ce d’ailleurs pour ça que l’on ne voit pas de keffiehs pendre des épaules de la foule de Mahshad ou d’Ispahan ? La grande culture des descendants de Darius, dans les yeux de la république des Mollahs, tente désespérément d’accorder ses mœurs à la vision étriquée des gardiens de la révolution. Et pardonnez-moi alors mon manque de relativisme culturel lorsqu’il s’agit d’un sujet qui me touche à la hauteur de mes amours chroniques... De Khomeiny à Ahmadinejad... La ségrégation sexuelle se voudrait à la hauteur de ce que l’on peut attendre d’une charia appliquée à la lettre. Des persanes... sous le voile et sous tutelle du monde viril. Faites vous-même le bilan ! Même si nous aurions plutôt pas mal de choses à nous dire encore sur le sujet du combat pour l’émancipation féminine des iraniennes. Une bataille contre le conservatisme religieux qui commence à porter ses fruits sous les hijabs. Rappelons pour être tout à fait juste, que le sort de la femme iranienne est largement plus enviable que dans la majorité des autres pays musulmans de la région. un enjeu considérable pour les autres... dans l'espoir de réconcilier une certaine lecture du Coran avec la perspective d'une "modernisation" de toute la société musulmane).
Vive les fabricants d’horreurs idéologiques de toutes sortes, donc ! Vive les Brigades des martyrs d'Al-Aqsa et tous ceux qui les financent sur les rives du golfe persique. Faites votre marché d’idées toutes faites et profitez de la saison des soldes pour tout brader avant qu’elles ne vous reste sur les bas le jour du jugement dernier. Et pardonnez leur, disait-« il » cet autre Dieu, encore ! au moment de monter sur sa croix... parce qu’il ne savent pas ce qu’ils font. Continuez, oui, de parler fort et de tout confondre... la mode du foulard de l’OLP chez Balenciaga et le morceau de tissu solidaire vendu 5 euros dans les surplus américains aux couleurs grises un peu chiffonnées. Continuez de tout secouer : Jésus, Mahomet, Claire Chazal, Sarkosy et Voltaire. Mais laissez-moi croire que personne ne peut préférer trop longtemps l’ombre à la lumière ; un obscurantisme passé d’âge, au lieu des mille prairies parfumées à l’eau claire. Dites-moi que ces voiles rêches qui flottent sur le visage de ces femmes « éclairées » dans les banlieues françaises grâce à la bonté d’âme de leur mari, de leur père ou d’un frère conciliant. Ces belles musulmanes ensevelies sous leurs manteaux sans forme, ses âmes de jade emballées d’un noir militant... sont le fruit d’une mode passagère dans les quartiers ; une simple protection contre le vent qui tourne toujours du mauvais côté, les menaces d’un réchauffement planétaire. Et serais-je-là, sur le point de choquer quelqu’un ? Aurais-je d’emblée franchi la ligne rouge de la liberté de ton, osant parler-profaner l’ « hadith » loi du livre des livres ; « J’ai rêvé d’un monde sans religion » a dit un jour l’écrivain bangladaise Taslima Nasreen dont la tête est toujours mise à prix pour avoir oser un jour écrire sur son enfance gâchée. Et tiens... pendant que nous y sommes ! Que dirait-on de Faubert par ces temps qui courent ? Faites aussi interdire Flaubert des programmes de l’éducation nationale pour ne choquer personne. Puisqu’il ne faut plus choquer personne ! puisqu’il ne faudrait plus peindre autre chose que des toiles lisses ! Car, n’est-ce pas dans L’éducation sentimentale que L’immense Flaubert, le rédacteur de Salammbô, l’auteur réaliste, l’inspirateur de Maupassant écrivait à Madame Roger des Genettes « Je demande, au nom de l'humanité, à ce qu'on broie la Pierre-Noire, pour en jeter les cendres au vent, à ce qu'on détruise la Mecque, et que l'on souille la tombe de Mahomet. Ce serait le moyen de démoraliser le Fanatisme ». Alors, au poteau Flaubert ! Au billot ? Ton compte est bon. Ta gorge sous les couteaux du GIA ! (al-Jama'ah al-Islamiyah al-Musallaha) T’avais qu’à réfléchir un peu avant de « traiter » le prophète et Allah tout puissant. T’avais qu’à tourner plusieurs fois ta langue avant qu’on te la coupe et qu’on la file à bouffer au cochons. Et crac ! Ta tête d’écrivain « infidèle » toute sanguinolente dans YouTube ! Un véritable buzz sur le Net.

Bref, vous pouvez bien garder vos keffiehs serrés autour du cerveau pour vous éviter de penser au-delà d’un nœud bien serré dans la gorge, en afficher la couleur un peu triste pour vous protéger des coups de chauds... mais gardez donc votre vindicte, vos porte-voix ; toute votre haine... Votre aptitude à la vengeance sanguinaire... pour défaire ce mutisme affligeant de tout un monde laïque, face à la montée tranquille d’un arbitraire mystique dont on connaît déjà toute la belle poésie. J’entends par là celle des uns et puis celle des autres et sans distinction de drapeau.

Bon, voilà. Et comme j’entends déjà poindre les injures des habitués de la diagonale... les abonnés du texte lu un paragraphe sur deux. Je tiens tout de même à préciser qu’il n’existe nul rapport entre ce dont nous parlons ici et la plupart de ce milliard et demi de musulmans occupés à s’aimer sur la terre comme ils peuvent. (la première religion du monde, sunnite, chiite et autres courants confondus).

NÉON™


dimanche 1 février 2009

NÉON™ SUR MOLESKINES / ESQUISSE N°2



ESQUISSE N°2


Des coups de crayon sur des carnets, des Moleskines ou sur des cahiers d'écoliers. Des dessins à main levée, quelques tracés à la mine sur des pages d'agenda, et des coups de gomme pour tenter d'oublier les rendez-vous ratés.






VICTOIRE DE SAMOTHRACE - MUSÉE DU LOUVRE/PARIS
PAGE D'AGENDA (VENDREDI 12 MARS 2003)

© JL GANTNER





LE COUP DE CHAUD / I



(ROMAN EN LIGNE)
LE COUP DE CHAUD
-1-



Un roman... et c'est évidemment Tony™ qui s'y recolle ! Sacré Tony ™ ! Un roman... ou une somme de lignes superposées au mouvement de l'air ambiant. Un de ces procédés écologiques pour dire la couleur verte qui lui coule dans les yeux au lieu d'une industrie lourde incapable de le distraire vraiment. Un roman... disons plutôt une correction à la volée d'un vieux manuscrit laissé pour compte par faute de temps, l'été 2003. Le coup de chaud... où ce qui arrive à force de prendre des douches froides au travers du cadre strict d'une météo de merde. Le coup de chaud ou une façon de décliner un paquet d'histoires anciennes, des engrenages, la mécanique rouillée des passions en retard. L'effort illuminé d'en découdre avec ses vieilles leçons de voyages, les malles défaites un peu partout dans le coeur de gens admirables et réconfortants. Le coup de chaud... comme on dirait : de La poésie, le cinéma... un tas d'emmerdements à la fin.



Les héros populaires de demain ne seront ni tragiques, ni grandioses. Ils auront été prudents, avisés, habiles au compromis et soucieux d’éviter les affrontements inutiles.
Luc Rosenzweig



AVANT-PROPOS

Un milliard et demi d’années après le big-bang, la vie est apparue sur terre — un peu chaude en ce temps-là — sous la forme d’un individu primitif, indépendant, immortel et asexué. Un être archaïque, dépourvu d’intelligence et totalement aliéné à son programme de survie dans le grand bouillon originel. Une étrange et infime créature aquatique unicellulaire et auto reproductrice, notre ancêtre… Vouée sans le savoir à l’élaboration des conditions de vie du règne moderne des vivants. Tout ça pour en arriver là !


CHEZ PUM... DISONS, UN SOIR VERS MINUIT. ELLE, PLUS BELLE QUE JAMAIS. LE TYPE AVAIT PEUT-ÊTRE UN PEU BU. IL N'AVAIT RIEN OSER LUI DIRE, PAS MÊME SUR LE MODE IMPARFAIT. TONY™... S'ÉTAIT PROMIS DE GARDER LE CAP D'UN ROMAN À CORRIGER. UNE "LETTRE" POUR ESSAYER DE TOUT LUI EXPLIQUER. POUR TOUT DIRE, J'AVAIS DÉJÀ JURÉ DE NE PLUS JAMAIS LUI PARLER DE GODARD. AUSSI, PENSAIS-JE DE PLUS EN PLUS À LUI CAUSER UN JOUR DE FLAUBERT. Il voyagea. Écrit Flaubert dans L'éducation sentimentale. Il connut la mélancolie des paquebots, les froids réveils sous la tente, l'étourdissement des paysages et des ruines, l'amertume des sympathies interrompues. (La dernière rencontre avec Madame Arnoux).



CHAPITRE 1
L’ELLIPSOÏDE DE CLARKE


Le projet de Jules consiste à rejoindre la courbe de niveau, mesurée d’après des relevés photogrammétriques révisés en 1993 et disponibles à titre onéreux auprès du Service de la Documentation Nationale du Cadastre, À trouver cette foutue courbe de niveau surlignée en rouge sur sa carte au 25000e et qui ne ressemblait à rien de convaincant, confronté à la véritable nature du relief. Jules doit se rendre sur le terrain afin d’y mettre un prix, un tarif fiscal. Une estimation précise de sa valeur foncière… Jules, ne pensa pas tout de suite aux dispositions du décret 94-1112 du 19 décembre 1994, qui prévoyait l’obligation pour les communes de plus de 2000 habitants, de communiquer au CDIF tous les changements affectant la dénomination des voies et leur numérotage. Le fonctionnaire ne pensa pas plus à l’effet Barnum et tout le cirque qui l’accompagnait à la télé depuis les années quatre-vingt. Il ne pensa pas plus au paradoxe de Condorcet qui foutait un peu le bordel dans les sondages d’opinions, et puis les siennes pour commencer. (Jules avait lu la formule quelque part, mais n’avait pas réussi à tout déchiffrer du premier coup !) Du même coup, le salarié titulaire du corps d’état avait abandonné la probabilité qu’il aurait un jour de gagner au loto alors qu’il ne pensait jamais à y jouer (7.10-8 s’il avait fait l’effort d’essayer au moins une fois juste pour voir ! soit : 1 chance sur 14 millions d’obtenir une grille de 6 numéros). La chance, tout de même un peu plus vraisemblable qu’il aurait d’emporter le gros lot, multipliable par le nombre infini de conards qui arrêteraient de foutre leur pognon chaque semaine dans ces jeu à la con ! Le salarié de la fonction publique pensa plutôt aux effets de la rémanence rétinienne sur le cerveau humain (Jules y pensait souvent !) à ce qu’il croyait quelquefois qui s’était déjà produit et qui se reproduisait à nouveau ; à cette belle illusion de posséder plusieurs vies et l’hypothèse de pouvoir corriger ses erreurs dans celle d’après (à la douce prémonition d’en avoir plusieurs comme les chats, et l’idée le rassurait un petit peu). Aux particules élémentaires… à la radioactivité naturelle que son corps produisait en permanence, aux 10 000 becquerels (10 000 désintégrations atomiques par seconde) qu’on se prenait dans la gueule sans le savoir depuis la naissance, et ça ne l’empêchait pas de râler contre les centrales nucléaires et leurs saloperies de déchets radioactifs. Au carbone-14 qui mesurait comme le temps passe (parce que le temps passe toujours ! et comme disait toujours le père de Jules, « Après la pluie… ») Aux rayonnements gamma un peu fort sur le sommet des montagnes, mais Jules n’aimait pas forcément la montagne, surtout les plus hautes, et il avait sûrement ses raisons ! À toute la terre baignée dans son flux de radiations naturelles ; aux particules de très haute énergie qui nous tombaient dessus chaque seconde ; aux neutrinos (des particules de masse nulle et sans charge électrique) qui nous transperçaient en permanence et tout l’univers avec ! (Jules trouvait ça nul, magnifique !…)


TOUJOURS CHEZ PUM...


Oui, Jules pensa tout à coup aux rayons cosmiques qu’on se prenaient chaque seconde sur la tête à un rythme effrayant, et ça ressemblait à un immense feu d’artifice au ralenti. Jules pensa aux feux d’artifices au ralenti dans les films, aux premiers films en technicolor ; aux milliers de couleurs qui exposaient la pellicule, comme la peinture explosait en mille nuances au crépuscule ! Jules pensa aux champignons nucléaires… à tous ces trucs reliés entre eux sans être vraiment au courant… À tous ces trucs surprenants qui nous tombaient du ciel et que certains prenaient pour Dieu. Jules pensa à la couleur, aux belles couleurs du monde qui nous entoure (et il ne se souvenait pas y avoir autant pensé avant !) Il pensa à la couleur du ciel, de la terre et de la mer aussi… un bleu outremer pour commencer ! aux 14400 tonalités chromatiques du catalogue d’Eugène Chevreul, au 100 000 nuances que l’œil était capable de distinguer, aux centaines de millions de couleurs qui s’affichaient sur nos écrans d’ordinateurs alors qu’on ne pouvait pas en distinguer plus de 100 000… des couleurs qui ne servaient à rien, mais c’était quand même assez joli et on ne pouvait plus s’en passer ! Jules pensa aux manuels d’enluminure du moyen âge qui en comptaient bien moins. Un minimum. Il pensa au minium, au rouge cinabre dans l’art pictural florentin, celui de Pise et à Venise aussi, et c’était quand même assez beau… À l’indigo oriental (celui de Baghdad), à l’orpiment, aux vessies de blanc de plomb et de jaune de nappes (des vessies qu’on trouvait chez Mme Haro). Jules pensa encore aux vieux marchands de couleurs disparus, au commerce de la teinture, à la guerre des colorants ; à l’antique vertu de la pourpre, aux couleurs artificielles qui la remplaçaient aujourd’hui et c’était tellement dommage ! À la lumière visible, à l’invisible… à l’abstraction de la couleur dans la nature, à la couleur du monde et à toutes ses apparences tragiques… aux longueurs d’ondes, à l’énergie électromagnétique... Aux instruments qu’on ne cessait d’inventer pour mesurer les couleurs fondamentales et le gris aussi ! à la constance du gris de nos villes, à la dominante du gris dans la vie moderne, sa tonalité grisâtre, l’absence de couleurs du monde moderne, ou le peu qu’il en resterait dés qu’un régime politique essayerait de s’en charger. Jules pensa au mélange arbitraire des couleurs primaires dans l’industrie du marketing occidental et à la télévision surtout !… au grand blanchiment, au grand lessivage des idées pour commencer... et du noir pour continuer ! au noir idéal… du noir de carbone pour tout absorber. Un noir idéal !… Jules Chaumont pensa à ces choses-là et à d’autres auxquelles il avait décidé d’y réfléchir plus tard, parce qu’il aurait un peu chaud et qu’il devait d’abord faire attention où il mettait les pieds dans ce vert criard qui l’inondait sous les hêtres de la forêt détrempée… Il n’y pensa pas sur le champ, mais jugea fort probable qu’il le fasse une fois sorti de ce bourbier et complètement décrassé.

Pour tout vous dire, Jules se tritura encore l’esprit à propos de la pollution aux gaz à effet de serre, au réchauffement de la planète, au protocole de Kyoto dont il avait entendu parler à la télé ; aux américains et aux russes qui n’avaient rien voulu savoir pour signer. Au sommet de la terre, à Rio... Un sommet au raz des plages bondées de touristes allemands… bondées de putes, de patrouilles de flics et de petits voyous qui ne valaient pas beaucoup mieux. Rio, ses belles plages tropicales, son climat chaud et humide difficilement supportable en été. Rio, ses filles refaites et ses touristes aussi !… bourrées au silicone, piquées à mille deux cent euros les trois passes de Botox. Rio, ses plages un peu chaudes, bon, passons. Jules pensa aux nombreuses réunions politiques internationales sur la dégradation du climat, ces belles paroles prononcées à Rio et à Johannesburg ensuite. Jules y pensa, comme il pensait toujours à beaucoup de choses ; il y pensa comme tout le monde qui regardait le journal à la télé, mais seulement parce qu’il avait un peu chaud ce jour-là ! il y pensa comme tout le monde y pensait chaque jour un peu plus depuis le début de l’été 2003…

Jules essuya la transpiration qui perlait à grosses gouttes sur son front mêlé de pluie, s’épongea encore une fois, mais ça n’y changeait rien !

Le fonctionnaire mit un certain temps pour matérialiser la dite courbe de niveau sur le terrain. Repensa d’emblée à l’effet Koulechov. À l’invention « du montage au cinéma » au « collages » politiques de Godard, à tout ce qu’on pouvait coller l’un à côté de l’autre sans le moindre souci du bordel que ça posait dans les esprits simples de la majorité consentante. Le cadre supérieur s’enfonça plus loin à l’intérieur du bois de Palluau, spécula sur plusieurs directions qu’il pourrait encore prendre pour se sortir de ce merdier, mais qui se ressemblaient toutes ; revint finalement sur ses pas, fit plusieurs va et viens pour retrouver sa trace, mais la pluie avait déjà tout effacé.


(À SUIVRE)



(PUBLICITÉ)


lundi 26 janvier 2009

15e FESTIVAL DES CINÉMAS D'ASIE À VESOUL.





15e FESTIVAL DES CINÉMA D'ASIE
(Du 10 au 17 février 2009 à Vesoul)


DÉLICES D'ORIENT


MOHSEN MAKHMALBAF


UN HOMMAGE A LA "MAKHMALBAF FILM HOUSE"
SIMIN MOTAMED-ARYA, PRÉSIDENTE DU JURY
ET PUIS, MARTINE ET JEAN-MARC THEROUANNE EN MAÎTRES DE CÉRÉMONIE




Hou Hsiao-hsien, Stanley Kwan, Wu Tianming, Masahiro Kobayashi, Dai Sijie... Du beau monde, des belles gens sont déjà passés par le festival de Vesoul, et plus de 24000 spectateurs en 2008.


Pour son anniversaire, Le FICA (car c'est dorénavant sous cette appellation qu'il convient de nommer l'étonnant Festival des cinémas d'Asie à Vesoul), s'offre la présence de Mohsen Makhmalbaf, l'excellentissime réalisateur iranien, mais aussi monteur, scénariste, directeur de la photographie, acteur et producteur... Non seulement Mohsen, le père... mais toute sa famille. Marzieh, sa femme ; Samira, sa fille aînée, et la benjamine Hana. "La Makhmalbaf Film House".


MOHSEN & SAMIRA MAKHMALBAF À CANNES - 1987


D'abord le père, "le fondateur de la boîte.".. "Gabbeh" (1996), "Le merveilleux silence" (1998). La bande produite en France par MK2 est un parcours aveugle derrière le mur du son, un voyage initiatique et sensible dans la petite musique du monde. Imaginez le premier mouvement (Allegro con brio) d'une cinquième de "Beethov". Ces huit notes les plus célèbres de la musique occidentale, reprises avec toutes sortes d'instruments de musique traditionnels persans. La musique comme paradigme abouti de la beauté du monde... Le "lieu" onirique de tous les rassemblements. Korshid, l'enfant aveugle se fait alors compositeur d'un grand orchestre des choses de la nature et des hommes dont il ne peut voir que le temps et l'espace, à l'image des vers invisibles d'Omar Khayam. "Kandahar" ensuite, en 2001. Le portrait sans concession de femmes afghanes, des femmes fantômes sous leurs inquiétantes burkas multicolores...



Une filmographie prestigieuse qui se faufile entre la poésie et le réalisme social, un cinéma philosophique, politique, "engagé" comme on dit ici ! Mais laissez-moi préférer : "Il était une fois le cinéma" (Nasseredin shah, actor'e cinéma).. Mohsen définit lui même cette oeuvre comme un hommage à Chaplin (mais voyez vous-même). Une reconstitution tout à fait fantaisiste du règne du Shah Nosseredin vers le milieu XIXe siècle, et le montage ponctué d'extraits de films qui ont marqué le cinéma iranien d'avant la révolution islamique. Un petit bijou du genre. Dans le film, Nosseredin... est prêt à laisser tomber son royaume pour l'amour éperdu d'une actrice, "Golnar" (l'héroïne du premier film parlant iranien). Ainsi, le Shah veut devenir acteur... Et si mes sources sont bonnes... il est dit aussi que dans la vrai vie de Nosserdine et celle de son fils, Mozzafar, "le prince", l'empereur de perse aurait succombé à une passion sans borne pour la photographie. Dés 1849, avec l'arrivée du premier daguerréotype à la cour d'Iran, le monarque avait aimé à prendre ses distances avec le monde politique réel pour se consacrer à sa passion pour l'image fixe. Quelques temps plus tard, l''empire d'Iran prendrait ses distances, lui aussi... avec sa propre grandeur historique. Voir un reportage de Néon en Iran. Marzieh Meshkini ensuite, la femme de Mohsen. "Le jour où je suis devenue une femme" justement ! (1999). C'est son premier film. Une course de jeunes femmes à vélo, toutes revêtues d'un tchador noir. L'instant est drôle, tragique aussi... pour tout dire, inoubliable ! Une certaine idée sur l'amour des femmes qu'on boucle une fois pour toutes, oui... par amour. Le noir de Marzieh est beau à l'image... Redoutable, comme "le tableau" de Samira, prix du jury à Cannes pour ses vingt ans.


SAMIRA MAKHMALBAF


Samira qui dit tout devoir à son père... un talent incroyable, mais dont on comprend très vite que la jeune femme vit dans son monde bien à elle. Voyez alors "À cinq heures de l'après-midi". (Une scène inoubliable où l'héroïne se fait photographier dans un tchador bleu). Un bleu afghan à l'image, comme on dirait un bleu à l'âme clandestine dans son propre coeur chaviré.





Le film a obtenu le prix du jury sur la croisette en 2003. Enfin, la petite dernière de la famille, Hana et son précieux "cahier" sous les statues géantes des Bouddhas de Bâmiyân en Afghanistan. L'histoire dans la grande histoire... la terrible histoire de la couleur du monde dans les yeux persans.


HANA MAKHMALBAF


Le rendez-vous prévu avec la "Makhmalbaf Cie" au « Majestic » constitue l'une de ses petites boites à plaisirs qu'on aime à ouvrir entre amis du festival de Vesoul (pardon ! le FICA...) Des rencontres, des instants magiques, privilégiés. Je vous dis ça alors que la NHK, la première chaîne de télévision japonaise à déjà payer son billet de Tokyo à Vesoul, car voyez-vous, Ce Monsieur Makhmalbaf dont nous parlons, doit recevoir la centième récompense de sa carrière, là, juste sous "la Motte", ses 380m d’altitude à partir desquels, dit-on : il serait possible par bonnes conditions, d’entrapercevoir les Alpes sur les plaquettes touristiques, et comme à peu près partout ailleurs, si peu que l’endroit soit doté de la moindre butte opportune ! Un rendez-vous, quelque part au bord des rives du lac de Vaivre (une réserve ornithologique, un rendez-vous de plusieurs espèces d’oiseaux migrateurs). La ville d’Édouard Belin, d’Edwige Feuillère ou de Raymond Aubrac. La ville d’Alain Joyandet, le maire UMP, le député, le sénateur sarkozyste Joyandet, et depuis 2008... secrétaire d’état chargé de la coopération et de la francophonie. Alain... qui ne répond pas à ses mails ni à son courrier officiel. Si, je vous assure !... plus d’un mois que j’attends la réponse de Monsieur le Ministre à propos d’un projet culturel en Afrique qui ne lui coûterait rien sinon le temps d’un coup de fil pour faire bouger les choses, aider à développer une belle initiative privée... Un « rendez-vous » qui n'a pas eu lieu, Une boîte à plaisirs sous la forme d’un écrin plutôt prometteur, un emballage politique bien foutu mais qui à du mal à tenir toutes ses promesses loin de chez lui. (Où lorsque les gens très occupés ne peuvent pas être partout non plus !)


SIMIN MOTAMED-ARYA


Mais restons sur le thème des rendez-vous réussi, si vous le voulez bien. Celui prévu avec Fatemeh (Simin) Motamed-Arya. L'actrice iranienne remplacera Masahiro Kobayashi, le réalisateur et producteur japonais qui fut le président du jury 2008. La dame, primée plus de 30 fois sur tous les continents, sera la 15e personnalité choisie par Martine et Jean-Marc Therouanne, à s'installer aux commandes du jury de ce "Fica", cru 2009. La comédienne a joué dans prés de 50 films sous la direction de Mohsen Makhmalbaf, Abbas Kiarostami, Rakhshan Bani-Etemad ou bien encore de Bharam Beyzai … Nous nous étions rencontrés en 2002, par l'intérmédiaire de Shahla Nahid, alors qu’elle tentait de réaliser son premier film documentaire à paris. Simin formulait l'idée de raconter l’histoire de Farrokh Ghaffari. Une série d’entretiens à Montparnasse où le réalisateur résidait depuis son exil en 1979. Des rendez-vous de l'après-midi, où nous évoquions ensemble autour d'une tasse de thé préparée par sa charmante épouse, la mémoire de Truffaut, J-L Godard, Rhomer, le cinéma moderne ; 1968... Henri Langlois et la cinémathèque.


FARROKH GHAFFARI


Farrokh est aujourd'hui décédé. Je me souviens qu'il me fut possible un jour de me rendre en Iran pour travailler à la fabrication d'un projet sur la photographie qui lui tenait à coeur, et grâce à son obstination. Un grand monsieur, ses airs à Scorsese, ses bonnes manières et toute sa mélancolie dans les yeux. Une belle personne, un prince. Un sacré bonhomme, toujours à l'heure à ses rendez-vous et qui n'oubliait jamais de répondre à son courrier.

Et pour conclure sur le thème des boîtes à plaisirs, des boîtes à surprises dans la qualité de fabrication d'appellation d'origine iranienne™ contrôlée. ... Veuillez trouver cette boîte de pâtisseries d'Ispahan. des véritables Hahajkhalifeh. Pour vous être agréable, et pour essayer de penser à autre chose qu'à ces temps de guerre misérables.

NÉON™







FARROKH GHAFFARI making off
RÉALISÉ PAR SIMIN MOTAMED-ARYA / IRAN
IMAGES © JL GANTNER




75 films inédits ou très rares sur les écrans français

FILM D'OUVERTURE
"Chant des mers du Sud" de Marat Sarulu, Kirghizstan
mardi 10 février 2009 à 20h30 au Théâtre Edwige Feuillère




longs métrages de fiction en compétition :
Chine : Le mirage de Zhou Hongho – 2008 – Première internationale
Corée : Daytime drinking de Noh Young-seok – 2008 – Première française
Inde : Gulabi talkies de Girish Kasaravalli – 2008 – Première française
Indonésie : Pesantren (3 wishes, 3 loves) de Nurman Hakim – 2008 - Première européenne
Irak : L’aube du monde d’Abbas Fahdel – 2008 – Première européenne
Kazakhstan : Un cadeau pour Staline de Roustem Abdrashev – 2008 – Première française
Philippines : 100 de Chris Martinez – 2008 – Première européenne
Sri Lanka : Flowers in the sky de Prasanna Vithanage – 2008 – Première française
Taiwan : Cape n°7 de Wei Te-sheng – 2008 – Première française

Documentaires en compétition :
Afghanistan/France : La reconstruction par le théâtre d’A Paraboschi – 2008 – 1ère mondiale
Birmanie/France : Sur la route de Mandalay d’Alain Mazars – 2008 – Première mondiale
Iran : Persian cat walk de Marjan Alizadeh – 2008 – Première française
Russie (Sibérie)/France : L’école nomade de Michel Debats – 2008 – Inédit
Syrie : Iraqis in multi classes exile de Fajr Yacoub – 2008 – Première internationale
Taîwan/France : Taiwan 2008, paroles de campagne de J-R Thomann – 2008 – 1ère mondiale
Thaïlande/France : Le docteur et les montagnards de Raphaël Peretti – 2008 - Première mondiale
Vietnam : Etranges métiers de Kieu Nhi – 2008 – Première internationale



VOIR LE SITE DU FESTIVAL

VOIR L'ARTICLE CONSACRÉ AU FESTIVAL 2007 SUR LE JOURNAL DE NÉON™

VOIR UN REPORTAGE EN IRAN SUR LE ZOURKHANEH, RÉALISÉ PAR JL GANTNER


jeudi 22 janvier 2009

SONG AROUND THE WORLD



SONG AROUND THE WORD
"STAND BY ME"



37 musiciens du monde entier réunis autour d’une chanson : “Stand By Me”










mardi 20 janvier 2009

ANNA A / IV



LES SUCRERIES LITTÉRAIRES D'ANNA A...

Elle n'a pas encore vingt ans. Néon™ vous propose de la lire... Des textes courts qui passent par la tête d'une jeune fille sur la vie qui va, sa vie à elle. Quelques lignes de temps en temps, à déguster comme une douceur, un caramel sous un quartier de lune, une pomme d'amour... Bref ! de la littérature comme un peu de miel au rayon confiserie de la librairie de Néon™.


IV / LA SONATE AU CLAIR DE LUNE

PHOTOGRAPHIE © JL GANTNER 1990


Trois notes simples, quatre échos, le décor est posé. On se laisse emporter quelques secondes lorsque soudain, les trois sol dièse font monter les larmes depuis l’âme jusqu’au bord des yeux. « Pourquoi est-ce que je pleurerais ? C’est ridicule, je suis stupide ». Et l’on ravale ses larmes, puis tout à coup, alors que l’on s’y attendait sans tout à fait pouvoir expliquer pourquoi, un crescendo, les notes grimpent, on ne sait où elles vont finir par s’arrêter… un court temps d’arrêt sur ce ré dièse tout là-haut avant de redescendre lourdement jusqu’à la frontière idéale dans les graves, la limite la plus juste au demi-ton près. On se dit que tout est prévisible, qu’elle est en fait pathétique cette sonate. Et, alors que l’on est encore déterminé à lutter contre cette vague mélancolique, à nouveau ces trois sol dièse… le premier suivi du do dièse et du mi pour faire patienter jusqu’aux deux autres. Mais on résiste encore et toujours à l’envahisseur lacrymal. Pourtant, on sait que l’on va céder, on sait exactement à quel moment la première larme va outrepasser le portail du rationnel, c’est toujours au même endroit, c’est toujours là, c’est ce si qui est si triste, on ne peut résister au si de la sonate au clair de lune. Si l’on pouvait le prendre dans ses bras pour le consoler on le ferait, il semble si fragile. Il est en même temps si lent ce si, et si rapide, on voudrait qu’il ne finisse jamais et que les deux autres ne se suivent pas de si près mais soient aussi lents que les nuages qui assombrissent les cieux du clair de lune.
Anna A





lundi 19 janvier 2009

LE PANOPTIQUE DE NÉON™ / 3



LE "PANOPTIQUE" SE FAIT UN PEU DE PLACE DANS LES COLONNES DE NÉON™. UNE RUBRIQUE RÉGULIÈRE POUR DÉNICHER DES RÉFLEXIONS, DES MORCEAUX D'ESPRITS... UNE SORTE D'ANTIMANUEL RÉCURENT DES PIPE-LINE DE LA PENSÉE DIRIGÉE.






JL GODARD / À PROPOS DE FR3 :

"La télévision est comme le cinéma à l’échelle industrielle. Les gens de cinéma ont refusé d’être pris en charge par les PTT. Mais les gens des PTT avaient leur idée des films qu’ils voyaient, et comment ils pensaient qu’on faisait les films. Les PTT ont donc vu quelque chose, et on retrouve ce quelque chose en plus rigide, parce qu’à l’échelle industrielle, toute la manières de faire du cinéma commercial, avec le corporatisme, les spécialisations, tout... Le cinéma à côté est un funambule, un tzigane : Verneuil est un tzigane par rapport au directeur de FR3, enfin par comparaison".
Jean-Luc Godard.

Extrait d’un entretien avec le cinéaste au cours de la deuxième moitié des années soixante-dix.

Henri Verneuil, réalisateur français né en 1920. Le clan des siciliens. La vache et le prisonnier, un singe en hiver, Le mouton à cinq pattes… « Le cinéma du samedi soir ! » Dans les années soixante, Verneuil incarne le cinéma commercial. Bouc émissaire des milieux cinéphiliques, mais néanmoins élu à l’académie des beaux-arts.



LE MÉPRIS



"LA LETTRE" (ROMAN)


UNE LETTRE, DANS LE SENS D'UNE CORRESPONDANCE OU UNE SORTE DE COROLLAIRE SI VOUS PRÉFÉREZ. UNE AUTRE FAÇON DE PARLER DE GODARD... UN PRÉTEXTE À RÉTABLIR UNE CERTAINE FORME DE COMMUNICATION SUR FOND DE CRISE AMOUREUSE.


AVANT-PROPOS : "On construit sa vie pour une personne et quand enfin on croit l’y recevoir, cette personne ne vient pas, puis meurt pour nous et on vit prisonnier dans ce qui n’était destiné qu’à elle".
Marcel Proust. À propos de Gilberte – À la recherche… / À l’ombre des jeunes filles en fleurs.


(Extrait)
Tony était enfin sorti de l’Hosto. Les médecins pensaient que prendre un peu l’air lui ferait du bien. On lui avait dit de marcher, de voir des gens, de respirer très fort sous les arbres mais d’éviter les platanes. On lui avait conseillé d’éviter la pluie et de se tenir bien droit devant son rédacteur en chef aussi. Tony avait fait tout ça dans l’ordre de la prescription médicale, en insistant principalement sur le dernier point. Tony s’était dit qu’il ne se plierait plus jamais devant personne. Qu’au besoin, il jouerait même les tuteurs dans son jardin secret. Il s’était dit que c’était tout de même le minimum des choses à faire à son âge pour tenir son rang, sa position sociale, sa posture de cinéaste indépendant… et paraître assez fort aux yeux de sa petite amie pour qu’elle retrouve un peu d'estime pour lui.

Tony se disait qu’il lui faudrait maintenant prendre ce putain de virage au plus vite. Se préparer à braquer ses roues dans le bon sens, avant de rater l’embranchement. Tony se disait ça, mais tout ce qu’il conduisait était un peu lourd pour lui. Un vrai camion ! Un trente-cinq tonnes bourré jusqu’à la gueule. Un bahut lancé à toute vitesse sur une ligne droite bien indiquée et qu’il devrait faire ralentir assez pour ne pas déraper le moment venu. (Un bahut... Je ne sais pas pourquoi, mais je ne peux jamais m'empêcher de penser à Pierre Desproges à ce moment-là. Desproges qui disait toujours : "C'est Madame commode qui à épousé Monsieur Buffet... Je dis ça juste pour meubler !")

Un putain de camion donc ! Et Tony n’avait pas son permis poids lourd. Tony, habitué aux trains du service public, aux gares qui défilent pour pas cher sur les voies express, mais qui préfère quand même les lignes directes, les parcours à grande vitesse. Un type, entraîné au courant continu, à tout ce qui circule un peu vite au-dessus de lui sans même essayer de prendre le temps de la rappeler. Tout ce que le monde extérieur pouvait produire comme électricité dans l’air comme des coups de foudre un peu forts et qui vous empêche de respirer au milieu des éclairs. Tous les déchets qu’on répand sur la route. « Le monde… » Tony pensait : « Une centrale nucléaire ». De l’uranium enrichi pour tout faire tout de suite en évitant d’avoir froid juste après ; comme l’aimer maintenant sans jamais plus repenser à elle les jours de brouillard.

Tony, en fin de ligne. Un message à haute tension resté planté dans l’cœur. Une accumulation de câbles électriques branchée à rien. Une vraie décharge publique de lumières éteintes !
Tony avait froid. C’était encore l’hiver et Tony se les gelait en pensant à elle loin d’lui. Son jardin plein de pensées toutes givrées. Des pensées toutes condensées.



PHOTOGRAMME DU MÉPRIS / Brigitte Bardot & Michel Piccoli © JL GODARD 1963


- On parlait de Godard.
- On parlait de nous.
Ou plutôt, on prenait Godard comme prétexte pour parler de nous. On parlait des formes, de tout ce qui déforme. On parlait d’un beau cadre avec nous d’dans. Toi, ton ventre, ta robe de mariée pleine de sang.
- une robe rouge alors !
- C’est Godard qui disait…
- Tu commences à m’faire chier avec Godard ! Godard… Tu pourrais pas te passer un peu de ce vieux schnock pour parler de nous ?
- Mais, dis tout de suite que Godard est un con.
- Je ne dis pas ça. Je n’ai jamais dit que Godard était un con.
- Tu as dit « ce vieux schnock ! »
- J’ai dit vieux schnock comme ça. Ce que je voulais dire, c’est qu’on pouvait parler d’nous sans être toujours obligé de mettre Godard au milieu.
- Tu sais ce qu’il pensait à propos de la communication ?
- J’m’en fous.
- Mais écoutes !
- J’te dis que j’m’en fous.
- tant pis, j’te l'dis quand même...

Godard disait que la communication, c’est ce qui bouge quand ça bouge pas. C’est la pornographie.

- C’est mettre du mouvement là où il ne se passe rien…
- Si tu veux !
- Je traduis comme je le pense. C’est de l’agitation.
- C’est ça, communiquer c’est s’agiter. Faire du bruit, montrer qu’on est là.
- C’est une digression.
- Tu vois que ça t’intéresse !
- Ca ne m’intéresse pas, mais j’te réponds. En l’occurrence, je te réponds que tu fais un drôle de pas de côté. Tu commences par me parler d’une robe toute blanche alors que t’es en plein dans l’rouge. Ensuite tu me parles de Godard, d’une phrase toute faite sur la pornographie pour parler de nous… et tu dis que ce n’est pas une digression ?
Tu sais ! Je crois que c’est ton producteur qui avait raison. « Tu débloques ». T’es un vrai malade !
- Tu ne m’aimes plus ?!
- Ça n’a aucun rapport. Je t’aime. Bien sûr que je t’aime. Je t’aime tout entier. Je t’aime totalement, tendrement, tragiquement.
- C'est lui normalement qui dit ça.
- Elle, lui... qu'est-ce que ça change ?
- d’accord, j’arrête. Je ne te parlerai plus jamais de Godard, c’est promis. Ni de Godard, ni du cinéma moderne, ni de ce qui est arrivé ensuite dans l’industrie du cinéma commercial, ni du cinéma indépendant, d’aucun pays, ni d’aucune manière. Je ne te parlerai plus de cinéma, en général. Là, tu es contente ?
- Cette façon de toujours vouloir pousser les conversations à leurs extrémités.
- C’est mon côté entier.
- Ton côté obsédé.
- J’assume ce côté-là aussi.
- Tu finiras par devoir assumer ce côté-là tout seul. Ce côté-là et les autres avec !
- C’est un ultimatum ?
- prends-le comme tu veux.
- Dis, pour la couleur de la robe… Je préférerais qu’elle soit blanche. Toute blanche. Une belle robe blanche avec des dentelles et des rubans tout blancs aussi.
- Tu es mignonne… T'as pas besoin de tous ces clichés pour qu’on te trouves mignonne.
- Je déteste quand tu dis que je suis mignonne. Mignonne ! ça fait genre : Elle est belle… mais pas assez pour le lui dire vraiment. Arrêtes de dire que je suis mignonne. Ou alors dit carrément que j'te plais pas. Soit honnête après tout !
- Mignonne… Je trouve ça joli moi… Mignonne, On dit mignonne, parce qu’on n’ose pas toujours lui dire qu’elle est belle justement !
- C’est ce que tu penses vraiment ?
- C’est ce que je pense de toi. La plus belle entre toutes. La fille la plus belle que j’ai jamais rencontrée ; sa bouche, ses yeux qui brillent, la couleur de sa peau…
- C’est gentil.
- C’est ce que je pense vraiment.
C’est gentil ,mais je préférerai que tu m’aimes pour ce que je suis. Pas pour mon cul ! Tu aurais pu ajouter mon cul à la liste ! « des jolis yeux, une belle bouche et… un beau cul.
- J’aurai pu
- Tu vois.
- Ce que tu peux être susceptible.
- Réaliste.
- Je préférais quand on parlait de Godard…
- Tu ne vas pas remettre ça ?
- J’ai promis.
TONY™ 2006
(TONY™ EST UNE PROPRIÉTÉ INTELLECTUELLE DE NÉON™. UNE MANIÈRE À LUI D'ÊTRE PROPRIÉTAIRE DE QUELQUE-CHOSE POUR ESSAYER DE FAIRE COMME TOUT LE MONDE.)


POST-SCRIPTUM : Je repensais encore à Marcel Proust…
Tant que notre cœur enferme d’une façon permanente l’image d’un autre être, ce n’est pas seulement notre bonheur qui peut à tout moment être détruit ; quand ce bonheur est évanoui, quand nous avons souffert, puis que nous avons réussi à endormir notre souffrance, ce qui est aussi trompeur et précaire qu’avait été le bonheur même, c’est le calme.
Marcel Proust. À propos de Gilberte – À la recherche… / À l’ombre des jeunes filles en fleurs.



L'ATELIER DE JULES™ / III




ACRYLIQUE SUR TOILE N°3


ACRYLIQUE SUR TOILE N°3 - 50X70 / JULES™

(Jules™ est une marque déposée de Néon™)

dimanche 18 janvier 2009

NÉON™ FAIT SON INVENTAIRE



LISTE - I / 2003


UN THERMOMÈTRE ÉMAILLÉ DE COULEUR JAUNE, UN BAROMÈTRE FAISANT AUSSI HYGROMÈTRE ; UN APPAREIL PHOTOGRAPHIQUE DE MARQUE LEICA™ (M6 - N° 1674362), UN OBJECTIF 2.8/50MM ELMAR ; 6 ROULEAUX DE PELLICULE VIERGE KODAK TRI X 100 ASA 36 POSES ; UN AGRANDISSEUR DE MARQUE SHARPIO-RHENEL™, UN JEU DE FILTRES DE COULEURS GRADUÉS, UN MASSICOT FORMAT 30X40 ; UN CUTTER ET PLUSIEURS PAQUETS DE LAMES DE RECHANGE ; UNE BOITE DE PEINTURE LEFRANC™ (UNIQUEMENT COMPOSÉE DE COULEURS PRIMAIRES ROUGE, VERT, BLEU) ; UN ENSEMBLE ASSEZ IMPORTANT D’ERLEN-MEYER, DE BECHERS, DE BOÎTES DE PÉTRI ET DE TUBES À ESSAI DE FORMES ET DE CONTENANCES DIVERSES, DONT UN VASE EN VERRE TRANSLUCIDE ET DE TRÈS GRANDE TAILLE, COURONNÉ D’OR À SON ENCOLURE ; UN ÉLECTROLYSEUR, UN STÉRILISATEUR, UN CALORIMÈTRE ; UNE LAMPE CONVERTIBLE À INFRA ROUGE OU ULTRA VIOLETS ; UNE PAIRE DE CISEAUX, 6 TUBES DE COLLE UNIVERSELLE ; UN PIOLET D’ALPINISME EN ACIER FORGÉ DE MARQUE CHARLET-MOSER™ FABRIQUÉ À CHAMONIX (HAUTE-SAVOIE) TAILLE 45cm, UN PITON CORNIÈRE DE FABRICATION CALIFORNIENNE (APPELÉ PITON AMÉRICAIN), UN DUVET ROUGE ; TROIS SACS EN TOILE DE JUTE CHARGÉ DE PIERRES, UN QUATRIÈME SAC REMPLI D’UN MÉLANGE DE TERRE ET DE DIFFÉRENTES MATIÈRES VÉGÉTALES EN DÉCOMPOSITION ; UNE SCIE À GRECQUER, UN RACLOIR, UN JEU DE PINCES À BOUTURER, 12 SIGNETS EN BOIS, 6 PELOTES DE SISAL; UN CALENDRIER DE SEMIS LUCIEN CLAUSE ; UN PETIT ALAMBIC (MODÈLE ASSEZ ANCIEN) ; UN RÉCHAUD À ESSENCE COLLMAN ET 3 RECHARGES ; UN MICROSCOPE, UN ASTROBALE ORIENTAL ; UNE LUNETTE ASTRONOMIQUE 300X FREHEL, UN CURVIMÈTRE (MODÈLE SUISSE), UNE BOUSSOLE (FONCTIONNANT DANS LES DEUX HÉMISPHÈRES) ; UNE REPRODUCTION D’ENLUMINURES REPRÉSENTANT LA DESTINÉE DE L’ÂME SELON LE MODÈLE D’ÉTAGEMENT DES SPHÈRES PLANÉTAIRES DE PTOLÉMÉE, UNE AUTRE, REPRÉSENTANT UNE GRAVURE DE DÜRER INTITULÉE « MÉLANCOLIA » ; UN HERBIER DE FLEURS SAUVAGES TRÈS BIEN FOURNI ; UNE COLLECTION DE PAPILLONS EXOTIQUES DONT UN MORPHO REMARQUABLE ÉPINGLÉ À L'INTÉRIEUR D'UNE BOITE D'EXPOSITION ; UN LIVRE RELIÉ CUIR DE TRÈS BELLE FACTURE ET ILLUSTRÉ PAR BOTTICELLI, INTITULÉ « LA DIVINE COMÉDIE » ; UNE COLLECTION COMPLÈTE DE PARIS MATCH (QUELQUES NUMÉROS DÉCOUPÉS), UNE AUTRE EN LANGUE ANGLAISE DU NATIONAL GÉOGRAPHIC ; UN LIVRE INTITULÉ « L’AMATEUR D’ABÎMES » DE SAMIVEL, UN AUTRE INTITULÉ « TRISTE TROPIQUE » DE C.L. STRAUSS ; UN AUTRE ENCORE, INTITULÉ « L’ESQUISSE D’UN TABLEAU HISTORIQUE DES PROGRÈS DE L’ESPRIT HUMAIN » DE CONDORCET ; UN RECUEIL DE POÉSIES DE PAUL VERLAINE DANS LA PLÉIADE ; UN AUTRE D’ ARTHUR RIMBAUD DANS UNE SIMPLE ÉDITION DE POCHE ; UN LIVRE DE PHOTOGRAPHIES, INTITULÉ : « PHOTOGRAPHIES D’HCB », ENCORE UN AUTRE INTITULÉ : « HCB PHOTOGRAPHE » ; UNE ENCYCLOPÉDIE DE BIOLOGIE TOUTE NEUVE, ET PUIS « HISTOIRE DE L’ART » DE E.H. GOMBRISH ; « LE CONTRAT SOCIAL » DE ROUSSEAU, LA « FRENCH THEORY » DE FRANCOIS CUSSET, « LES FRAGMENTS D'UN DISCOURS AMOUREUX » DE ROLAND BARTHES, « GODARD PAR GODARD » AUX ÉDITIONS DU CAHIER DU CINÉMA, UN DICTIONNAIRE (LES DEUX VOLUMES DU « ROBERT » ) TRÈS USAGÉS ; UN PLAN DU MUSÉE DU LOUVRE, UN AUTRE À L’ÉCHELLE 1/25000e DES ENVIRONS DE BOUILLY DANS LE DÉPARTEMENT DE L’AUBE ; UN ENREGISTREMENT DE « MADAME BUTTERFLY » DE PUCCINI, SUIVI D’UN AUTRE DE « PINK FLOYD », L’ENSEMBLE RÉUNIS SUR UNE BANDE MAGNÉTIQUE D’UN DEMI POUCE (12.7 mm) TOUT À FAIT HORS D'USAGE ; UN BRACELET FÉMININ EN FORME DE SERPENT QUI SE MORD LA QUEUE TAILLÉ DANS UN MÉTAL BLANC ; UNE ROSE SÉCHÉE SOUS UN GLOBE TRANSPARENT ; HUIT FLACONS DE PARFUMS HERMÈS ; UNE BOUTEILLE DE « BUSHMILL » ; PLUSIEURS BOITES DE CACHETS D’ASPIRINE...


Cette première liste, fut rédigée en 2003, dans l'intention d'une performance artistique intitulée "L'inventaire™".


samedi 10 janvier 2009

L'ATELIER DE JULES™ / II





ACRYLIQUE SUR PAPIER N°5


ENCRE ET ACRYLIQUE SUR PAPIER - 50X70 cm / JULES™

L'EXIL

(Jules™ est une marque déposée de Néon™)



vendredi 9 janvier 2009

NÉON™ ET LA CRISE / II



Le journalisme en temps de crise / II


Il faut travailler disait Baudelaire, sinon par goût, au moins par désespoir. La vie en elle-même est vaine, elle ne vaut rien. Car oui, qu’elle est-elle en réalité cette vie ? Et pour conclure avec la célèbre formule... Sinon ce qu’on en fait. Un chemin plutôt qu’un but. La vie comme seule alternative au néant, le mystère de la lumière, toutes sortes de températures, des horizons... contre l’obscurité, le silence assuré, un cimetière. La vie comme une possibilité de gestes infinis. Le choix d’en découdre, l’engagement... contre celui de se taire sans cesse, le froid polaire des sentiments rentrés. Qu’est-ce que la vie ? Qu’est-ce que j’en sais ? Je ne l’ai pas vécu encore, enfin pas encore assez, je veux dire pas entièrement. Je pensais ça sur un concerto de Chopin, le concerto No 2, Op 21 Larghetto. On pourrait passer toute une vie sans jamais rien savoir de la musique de Chopin. Qu’est-ce que ça pourrait bien foutre en réalité ? Beaucoup de gens, la majorité des gens dans le monde vivent en ce moment même sans avoir une seule idée de ce dont on parle ici, ensemble, entre nous. Juste quelques notes d’une beauté considérable pour mesurer la différence entre le bruit, l’agitation du monde et une certaine idée sur la diffusion de l’air en hiver. Les plaines tragiques, tout ce qui somnole en nous d’un corps perdu dans l’éther, l’effroyable souvenir d’elle dans la couleur du ciel par exemple. Nos maraudes, nos grappillages interdits. Alors voilà, je me disais que travailler vaudrait mille fois mieux que de ne rien faire. Travailler comme il faudrait dire aussi : oublier, absoudre, tenter de se racheter.


Jean-paul Sartre

Travailler à faire connaître Chopin, oui, pourquoi pas !... s’employer à refaire découvrir Camus pour faire plaisir à un de mes meilleurs potes sur terre. Si, je suis sûr que ça lui ferait plaisir ! Camus plutôt que Sartre, dirait t’il un peu dans l’embarras, mais quand même... Et comme je le suis finalement, dans le même désarroi. Sartre qui attendra jusqu’à l’écrasement de l’insurrection de Budapest pour enfin transiger un peu entre « les chiens » et la couleur rouge sang qu’il répandait sur les murs des beaux cafés de St Germain des prés pour le compte de sa réussite personnelle, entière, aveugle et définitive. L’homme révolté, « l’absurde » Camus en Algérie, qui ne voulait pas choisir son camp au-delà du plus pur des sentiments maternels. Camus l’écrivain libre à sa maman (et alors !?) Camus l’esthète, l’amoureux du beau... contre Sartre le militant, le philosophe « engagé » qui détestât toute sa vie la littérature et celle de Marcel Proust en particulier (et voyez comme j’arriverais forcément à préférer l’un au détriment de l’autre à force d’insister). Insistons alors ! L’enfer, c’est les autres, a écrit le petit roi de St Germain.


Albert Camus

L’enfer ?... c’est d’abord soi-même ! répliquerais-je à l’existentialiste. Son gouffre, ses propres limbes. Ses limites... son caractère forcément limité, stupide, lâche aussi. Forcément lâche. Amoureux dira plus tard un Barthes tout à fait lumineux. Décider de ne pas choisir, choisir de continuer son chemin, choisir le désert pour ce qu’un malin plaisir le campe, celui de souffrir d’une précaution essentielle de savoir nous perdre en de multiples occasions. Sartre n’aurait jamais su voyager dans ce désert-là, voilà tout. Un type incapable de naviguer dans le sable à marée haute les pieds nus, loin des consignes, loin des salons de fornication, loin des kiosques à journaux. Écouteriez-vous encore Chopin dans ces conditions... À mille mille de toute terre habitée disait Saint Ex ? Préféreriez-vous entendre Chopin ou bien alors ce simple appareil du bruit naturel sifflant les dunes, rongeant la terre à coup de fifre ? Cet air profane que personne n’entend plus et qui nous rappelle à l’ordre sans cesse, de cette poussière qui nous attend à la fin. Oh oui, comme je préfère Camus finalement, lorsqu’il tombe aussi bas, une chute vertigineuse dans les fosses d’un humanisme en fin de course. Une chute sans égale, le fin du fin en matière de dégringolade. La glissade des glissades. Un chef d’œuvre de la descente à mains nues, et les pieds devant pour amortir la pression.

Travailler, disait Baudelaire... Comme j’en conviens avec lui. Travailler pour effacer, travailler pour tout gommer, nos amertumes et nos mers à boire. Travailler à nos incertitudes et à nos distorsions, nos malfaçons surtout. Travailler, mais travailler à soi-même alors... Trier nos déchets. Travailler à jeter ses épluchures au bon endroit, sur la bonne route et dans la bonne direction. Travailler à tout faire disjoncter. Un grand coup d’électricité dans l’air. Sartre, Camus... et qu’on y revienne plus s’il vous plait ! Qu’on m’amène plutôt des femmes et du vin blanc, de la chair fraîche à dégommer dans les règles. Qu’on m’apporte des têtes à claques sur un plateau, Poujade et sa clique de commerçants par exemple, une paire de beaux démagos et une troupe de bonimenteurs hertziens pour faire passer... Ces populistes, ces petits bourgeois d’une gauche toute cramée par les enfantillages, les balivernes, les niaiseries. Travailler, mais travailler sur le mode binaire surtout ! Écoper où laisser couler. Ruer dans les vagues ou se laisser dériver jusqu’au large. Vous avais-je parlé de Chopin ? (à suivre...)
Néon™

lundi 5 janvier 2009

NÉON™ ET LA CRISE / I




Du journalisme en temps de crise / I.


C’est-à-dire que j’ai commencé par réfléchir à ces calamités qui nous attendaient comme la menace d’un conflit majeur entre des hommes de bonnes volontés que tout sépare en vérité, le revenu, la naissance, la condition sociale et la maîtrise d’un certain nombre de bons sentiments à l’égard des autres. Les calamités des temps présents comme disait Titien à propos de la paupérisation de Venise installée dans un conflit majeur avec les turcs. Le début du déclin pour la cité des Doges, et malgré la victoire indiscutable de la ligue chrétienne sur le plan militaire dans le nord du Péloponnèse (la bataille navale de Lépante ou pour l’anecdote, ce soldat nommé Cervantès perdit l’usage de sa main gauche sous les ordres de Don Juan d’Autriche, le catholique, ce bâtard de Charles Quint !) Titien qui avait finit par ne presque plus peindre qu’avec ses mains, délaissant le pinceau, l’outil... comme Dieu façonna l’homme à même la terre (au touché, à l’intuition...)

C’est-à-dire que j’ai commencé à réfléchir sur une somme d’afflictions qui ne manqueraient pas de recouvrir nos errances, nos histoires d’amour passagères... En fait, un certain goût pour le vagabondage intellectuel, un penchant inavouable pour les excursions cabalistiques, nos promenades intimes, les raisons secrètes de quelques voyages en altitude, l’aventure aurait-on dit plus tôt... Mais ça ne l’avait pas fait revenir pour autant ! Ni « elle », ni toutes les couleurs claires qui s’accrochaient à son souvenir. Un type, au hasard Tony™ (l’apothicaire du « Coup de chaud ») qui ne sait plus trop quoi faire de ses mains depuis cette fâcheuse affaire d’un roman avorté juste au pied du Mont-Blanc. Une histoire d’amour un peu abrupte, un carnet de voyage façonné au marteau-pilon, pour en finir une bonne foi pour toutes avec les greniers d’ombres, toute la saleté qui s’accumule au-dessus de nos têtes et qui nous empêche d’écrire au temps présent.

Tony, une table à l’entrée d’un bistrot parisien. Tony qui regarde les gens s’installer pour bouffer ; des couples, un tas de gens ensemble qui regardent l’écran de leur téléphone portable en attendant qu’on leur serve quelque chose à bouffer. Tout un tas de gens mariés qui regardent leur verre en attendant les plats! Tout ceux qui parlent pour ne rien dire et qui répondent au téléphone pendant qu’ils mangent. Des tas de gens de toute sorte qui regardent le monde dans leur fourchette, Tout ceux qui regardent ailleurs pour garder la ligne…


BATAILLE DE LÉPANTE / Paul Véronèse



- Tu n’as pas faim ?
C’est Vanessa qui s’inquiète de l’estomac de Tony avec tout l’blanc qu’il s’est enfilé depuis deux heures.
- Pas vraiment. Enfin si ! mais pas comme ça. Tous ces gens qui bouffent, les cruches sur les tables… mais toi tu peux manger quelque chose si tu as faim.
- T’aimes pas les cruches ?
Tony, qui pense à une peinture de J.B. Greuze accrochée au Louvre… et ça le fait marrer un p’tit peu.
- Tu aimes bien Ray Charles ?
Tony qui demande au patron s’il a AMAZING GRACE de Ray sur son PC qui sert aussi de juke-box. Tony qui se souvient toujours de ce morceau de Ray lorsqu’il songe à l’Afrique, aux grandes forêts africaines. AMAZING GRACE sur un décor incroyable de savane et de forêts géantes dans la brume. Tony qui explique à Vanessa qu’il avait d’abord voulu l’emmener au jardin des plantes pour lui montrer « ses » arbres, mais qu’il était vraiment trop tard maintenant. Tony avait d’abord prévu d’emmener Vanessa boire un café tout à côté du muséum. Ils auraient ensuite marché tous les deux jusqu’à la ménagerie. Vanessa aurait aimé les grands singes, les grands anthropoïdes prostrés derrière leurs cages de verre, et tout ce que racontait Marie-Claude Bomsel, la vétérinaire en chef : La disparition définitive de toutes les espèces de grands singes programmée en 2050 ; des hominoïdes comme nous… des gorilles des monts Virunga au Rwanda, des Bonobos de la république démocratique du Congo, des orangs-outangs bébés qui ressemblaient aux Simsons, des chimpanzés aux yeux tristes… Une disparition annoncée officiellement par 24 pays membres de l’ONU le 7 septembre 2005 à Kinshasa comme « inéluctable ». AMAZING GRACE en fond de génocide un peu glauque pour la terre entière, Tous les singes qui crèvent et les hommes avec ! Tout ce qui meurt sans faire de bruit et notre histoire avec. Un humanisme prométhéen comme on dit dans les livres sérieux, cynique et prétentieux ; con pour tout dire… Con et chrétien ! L’arrogance du genre homocrétinus qui admirait Kant et ses comparaisons idiotes à propos de la ressemblance des bêtes et des pommes de terre. Une bande de chrétiens en surnombre sur la planète qui avaient des problèmes avec le mélange des races, la sélection naturelle et les théories de Darwin. Une bande de crétins persuadés d’être au centre du monde avec le soleil qui leur tournait autour pour les réconforter. Ça durait depuis des siècles…


CROIX NOIRE 1915 /KASIMIR MALEVITCH


Vanessa, qui fait : « En fait ! j’prendrais bien des frites, des frites avec un dessert au chocolat ». Vanessa, toujours aussi gourmande, qui fait : « Je mangerai des frites pendant que tu me parleras de toi, de Dziga Vertov et du cinéma moderne… Tu me parleras de la nouvelle vague et de l’histoire des atomes si tu veux ?… de la force de l’énergie pure, des batailles à l’échelle cosmique et de toutes les forces qui s’annulent dans le vide hertzien… » Tony, qui n’en revient pas, bouche bée devant la réplique très post-moderne de Vanessa, pense tout à coup à Solferino… Solferino juste après Magenta (du rose qui absorbe la couleur verte). Solferino et puis 1981 ; Solferino sur la ligne 12… Tony s’est bien renseigné.

Et tout s’annule réellement ! l’inertie contre le pouvoir d’attraction. (La belle théorie galiléenne à propos de la chute des corps dans le vide…) Oui ! Tout s’annule dans le vide, le poids des âmes contre la force des étoiles. Tout s’abroge, tout s’invalide… les pires blessures dans le bleu des vagues, tout s’infirme… le rouge ambulances dans le bleu amer d’un grand tube cathodique ; le bleu primaire mélangé dans le jaune de cadmium (deux corps simples… qui s’anéantissent dans le mariage), Une belle histoire d’amour, un grand verre vide à la fin.

Tony, un peu bourré, qui regarde franchement Vanessa d’un autre œil. Vanessa, un peu floue, voir carrément double. Deux Vanessa superposées ; l’une, 20 ans, dans son manteau à poil... l’autre à 40, qui s’ennuie par-dessus. Vanessa, en forme d’hélice autour de son double ; Vanessa en forme d’héliotrope… une plante verte vissée sur elle même et qui continue de tourner autour de Tony sans rien en attendre vraiment pour continuer d’exister.

Mais revenons plutôt à cette calamité dont nous parlions. De ce journalisme des temps d’aujourd’hui, comme tout ce qui va vite et mal depuis un bon bout de temps. « Nous sommes la somme des actes que nous posons » disait Sartre, c'est-à-dire qu'aucun de nos gestes ne peut être retranché au solde de ce que nous sommes, totalement, infiniment, disons toute notre vie ou presque. Des salauds, Sartre pointait là tous ceux qui se chercheraient encore des excuses pour continuer de se la couler douce en allant trop vite et sans jamais se faire de mal devant leur miroir. (à suivre...)
Tony™



lundi 22 décembre 2008

PHOTOMOBILES™ - 89


LES PHOTOMOBILES™/JL GANTNER


Des images, des messages/objets... réalisés à partir de son téléphone portable. Ses communications régulièrement mises "en ligne". Tout un commerce d'échange et totalement inutile de libres transports avec un vrai mobile d'une bonne marque™ collée sur l'écran. "De l'art moderne" pour ceux qui en douterait, comme on dit aussi "De l'électronique embarquée" ou "De la pression dans un pipe line
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JL Gantner est plasticien, journaliste/plasticien.. dans le sens d'un artiste qui préfère pratiquer l'information sur le mode de la digression.... aux trous de taupinières des sociétés de contrôle et du régime des entreprises. Tous les milieux d'enfermement préconçus et l'asservissement aux méthodes du brouillard givrant.



LA BOMBE À FRAGMENTATION
MESSAGE N°89


N°89 / Bombe à fragmentation
Message envoyé de la place de la révolution à Besançon
24 mai 2004 à 15H05



Je n’aime pas les musées. C’est-à-dire que j’apprécie à fortiori la « belle » œuvre pour ce qu’elle saurait se dissimuler sous l’alcôve, ne pas se dévoiler tout à fait d’emblée, garder sa réserve. Tout l’inverse d’un musée soumis à la pression, aux lois inquiétantes de l'économie de marché. Non, je rigole bien sûr ! C'est Noël... La naissance du petit Jésus... Marie (la mère de Dieu) aux anges devant son tout petit ; Joseph un peu largué qui compte les points sans la ramener ; les rois mages, leurs noms de scène un peu nazes (Balthazar, Melchior et puis Gaspard, le nom d’un petit fantôme qui a fait carrière chez Disney...) Des animaux de compagnie planqués dans le décor... Un bœuf et un bel âne, bien sage pour finir le tableau (celui du Baroche par exemple, Frederico Barocci. L'œuvre, éblouissante est conservée au musée du Prado, à Madrid). Toute une conception de l'art moderne avant que ce Clément Greenberg ne veuille s'en mêler d'un peu trop près juste avant la seconde guerre mondiale, garder sous globe la poussière des siècles passés, tout garder en l’état pour que rien ne bouge, surtout. Bonjour les dégats !...

Depuis, on a eu Jeff Koons heureusement ! Jeff dans la position d'Adam 1990. Eve, la Vierge ; n'importe qu'elle bombe... sous les traits de la Cicciolina allongée sur le dos et prête à tout pour les beaux yeux de son jeff adoré. Pour dire toute la vérité, le mariage de ces deux-là n'aura pas tenu bien longtemps. Bon, et après ?!

Regardez bien ce que vous voulez, où vous voulez et même en payant un max si ça vous fait plaisir. Vous pouvez même regarder la télévision si ça vous chante. Regardez la une comme la deux, et même la TNT si vous préférez. Oui, voilà, vous pouvez bien continuer de commenter le monde en guerre sur un écran LCD de votre choix (cette nouvelle caverne, cette nouvelle « immaculée conception ») considérer la politique exécrable, les crises passagères, les carnages récurrents... mater d’un œil à vingt heures les enfants palestiniens en charpie sous les bombardements des israéliens et puis vous boucher l’autre face aux horreurs perpétrées par le Hamas depuis des mois. Une certaine idée sur la persistance rétinienne et tout ce qui torpille le procédé magique du souvenir comme les contes, les jolies fables, la mystification, l’hypocrisie, le mensonge, la convoitise surtout ! et puis cette satanée jalousie qui gâche tout.

Mais de quoi parlions-nous juste avant ? D’une bombe, c’est ça, d’une de ces sortes de machines infernales, froides et inquiétantes qui avait pourtant tout pour plaire au début ! (La télévision et les grandes histoires d’amour ratées). Je veux dire juste avant qu’« elle » ne se fasse larguer pour de faux, mais « elle » n'avait rien compris au film. Une bombe sacrément bien foutue, qui jouait à s’exploser les viscères toute seule au lieu de l'appeler et de le serrer, « lui » dans ses bras à « elle » pour le reste de sa vie. Une bombe de cinoche. Un truc qui te pète à la gueule juste avant de toucher le sol et d’en foutre partout. Une bombe à fragmentation pour se répandre sur les murs en forme d'un tableau post-moderne. Saint Jean-Baptiste décapité et le coup de grâce du bourreau... ou le festin d'Hérode et la danse de Salomé dans une représentation du Caravage.




(Et va savoir pourquoi je pensais à John Travolta dans PULP FICTION juste à ce moment-là ! TRAINSPOTTING, la bande déjantée archi culte de Dany Boyle ; THE CRYING GAME ou l’étonnant VIRGIN SUICIDE, le talent de Sofia Coppola, la fille de son père! les frères Cohen, FARGO ou THE BIG LEBOWSKY, n’importe ?! Le côté Louise Brooks, Anny Ondra ou peut-être un peu Tippi Hedren de mes histoires d’amour... Tout ce que j’écris à propos de tout et n’importe quoi quand je m’emmerde tout seul dans le noir ! Tout ce que je peins pour me donner le droit de boire, et que je balance juste après pour m’éviter la nausée. Moi, face à ma propre mort, moi face à Dieu au moment de ma mort, « Moi, avec mes rêves et mes visions » aurait dit Bergman ; moi et tous mes cauchemars. Tout ce qui me détraque le cerveau quand je regarde sous la hauteur du ciel, toute la psyché du monde qui m’entoure, mes pulsions sexuelles, les corps dorés par l’abîme, tout ce qui brille au fond d’un gouffre, l’obscurité du plaisir charnel, l’inconjugable plaisir des puits ( je puis, ou plutôt vous pûtes !) les antres, les fosses… et puis les vraies aussi ! la vertu d’un fourre-tout et le mérite de son charmant fourreur… Je ne sais pas !)
... Allo ! Oui, je sais bien que tu ne m'entends plus.
Tony™




LES PHOTOMOBILES™ DE JL GANTNER