lundi 16 mars 2009

JEAN-PIERRE SERGENT


PORTRAIT



JEAN-PIERRE SERGENT
INSOLATION ET AUTRES PUISSANCES SYMBOLIQUES



SERGENT (le film)

SERGENT / ©JL GANTNER 2009



« Je préfère Pollock… Les indiens d’Amérique et Jackson Pollock ». Sa façon qu’il eut de « peindre » à plat sur le sol (ses drippings) et sa fascination pour les arts amérindiens. Je crois que la conversation s’est installée comme ça, à propos des traces laissées sur le sable par les indiens navajos, et des civilisations aztèques ou mayas. Jean-pierre rentrait d’un voyage à New-York. C’était l’automne et il me racontait la lumière du soir sur Hudson river, toute l’énergie qui se dégageait derrière les briques du quartier des galeries entre la 28e et la 29e rue à l’aplomb de l’Empire State Building. L’artiste avait eu un studio à Chelsea pendant des années. Une grande partie de sa production provient de cette « époque américaine ». Mayan Diary, un travail de sérigraphie sur plexiglass. De la matière plastique pour communier avec la nature et les lumières d’outre-tombe. C’est Léo Castelli qui lui donne ses premiers tuyaux. Le galeriste est le découvreur de Robert Rauschenberg, de Twombly, de Jasper Johns… Castelli, le plus grand marchand d’art du monde, un des principaux initiateurs de l’expressionnisme abstrait américain, le promoteur du pop art (Warhol, Lichtenchtein, Judd ou Rosenquist…) « Il m’a appris le métier d’artiste. C’est-à-dire la manière de se vendre, d’être dans le business pour continuer de créer sans être obligé de crever de faim. Tout le contraire de ce qu’on m’avait appris en France ». Jean-Pierre me parlait de ce moment où après être sorti de l’école des Beaux-arts, les chevaux lui avaient d’abord permis de vivre en attendant de vendre ses premiers tableaux (un élevage de chevaux… américains dans le Haut-Doubs).


"MAYAN DIARY #9", ACRYLIC SILKSCREEN ON PLEXIGLASS & TINTED PLEXIGLASS, 2007, 55"X55"


« Je suis parti à Toronto pour me rapprocher d’une galerie. La première à m’avoir vraiment aidé ». Le Canada… et puis New-York. Des expositions à Harlem, à Manhattan... Pour le reste, je n’en sais rien ou autant dire, pas grand-chose. C’est-à-dire aussi que je ne suis pas homme à fouiner dans le curriculum des gens que je rencontre pour la première fois. New-York, Manhattan, Castelli, Rauschenberg, Andy Warhol… J’avais déjà pas mal à faire avec le décor. On parlait avec un mur de feu érigé derrière nous. Une fresque de facture « mexicaine »… ou pour être tout à fait précis, une réunion de forces cosmiques dirigées par Wak-Chan-Ahaw, le dieu maya du maïs. L’installation d’une vingtaine d’œuvres sérielles aux couleurs d’une large gamme de sirop (pardonnez ma digression). Une confiserie « spirituelle » dressée comme un totem moderne sur l’hôtel de quelques mondes anciens. L’homme, l’éleveur de chevaux à ses débuts, avait commencé par l’abstraction pour s’en défaire complètement face à la puissance du soleil et à l’esthétique de la pluie. Car voilà, la peinture de Sergent ne raconte rien (au sens d’un tableau occidental agonisant du XVIIIe siècle, j'entends !) mais amplifie plutôt une vitalité naturelle « surhumaine ». Tout le contraire d’un Goya par exemple (ce cri d’angoisse d’un homme abandonné des dieux, disait Malraux à propos du peintre de Saturne ou du Trois Mai). Courbet plutôt. Oui, une « représentation » de Courbet ... mieux qu’un vieux « récit » de salon. Ou alors Manet, voilà, juste de la couleur ; allons pour Manet et on en parle plus. Disons pour aller au plus simple : tout sauf de la fiction. Ou pour finir sur ce thème de la facture… et pour revenir un instant sur Pollock… Pas une manière, un style, pour proposer une image de la nature, mais la nature elle-même.


"BONDAGE AND FREEDOM", ACRYLIC SILKSCREEN ON PAPER 2003


À dire vrai, le travail de Sergent a plus à voir avec cette matière d’un Giotto, les fabricants d’apparitions du quattrocento. Ceux-là mêmes qui transigeaient avec les transparences du ciel par le truchement de vieilles vérités antiques restaurées. Car voilà que nous y sommes enfin. Sergent… le chaman. Un initié à la démiurgie « primitive », aux obsessions des sociétés archaïques. Son œuvre fait appel à ces forces oubliées du mandala, de l’axis mundi et des mondes souterrains, cette vibration du cosmos tout entier… Des strates fécondes, qui s’interpénètrent comme des sexes à l’heure de la transfiguration. Chaque typon insolé, chaque couche de couleur tirée l’une par-dessus l’autre sur le papier ou la plaque de verre synthétique… élabore un élément alchimique, indivisible de la conjonction finale. Et je n’aurai encore rien dit sur le point des mille variations atomiques de ces images hallucinantes (ces hallucinations), leurs pouvoirs brillants ; sans avoir évoqué la trajectoire, nette, qui s’impose d’emblée entre l’art pornographique occidental et les tribulations du panthéon inuit, sibérien, japonais ou précolombien. Des variations harmoniques autour de l'instrument amoureux, et permettez-moi alors de convoquer le verrou de Fragonard ou cette Origine du monde de Gustave Courbet à la table des métamorphoses, sexuellement notables. Chez sergent, les corps de femmes sont plombés d’idoles chamaniques jubilatoires. Une représentation sexuée du monde sensible qui nous relie les uns aux autres par le biais d’une sorte de pureté des sens originelle. Un monde « d’avant l’architecture ». L’œuvre est une forme d’archéologie des forces invisibles, une accumulation d’instincts sur le mode d’un raisonnement sacré. De la peinture comme de l’énergie pure ; une pulsion sensuelle, oui, sexuelle… pour aller jusqu’au bout de l’affaire. « Un jaillissement de la libido » proclame Sergent. Oui, pour être tout à fait clair « seul le corps a raison ».


"MAYAN DIARY #12", ACRYLIC SILKSCREEN ON PLEXIGLASS & TINTED PLEXIGLASS, 2007, 55"X55"


Prenez cette muse au ton dominant rose clair Mayan Diary #12 par exemple… La jeune femme est attachée, menottée selon le rite japonais du Kinbaku/Shibari. L’image est vue d’en haut et percée de phylactères masqués, illisibles dans leur totalité… une offrande peut-être, ou un sacrifice sous une couche d’aigles légendaires dessinés comme des calices ailés, des rôdeurs célestes (comprenez ici l’objet comme l’expression la plus répandue qui s’y rattache : ce calice à boire jusqu’à la lie… et rajoutez ce thème de la souffrance et de l’humiliation comme un code source applicable à l’ensemble. (Nous avons beaucoup parlé à propos de ce point précis d’une expérience de la douleur et de l’idée d’une pratique sexuelle « humiliante » imposée au corps. Jean-Pierre n’était pas forcément d’accord avec cette première traduction sans pour autant m’imposer de changer de point de vue sur son œuvre. « Cet instant magique où la souffrance ultime se transforme en Océan de plaisir » écrit l’artiste à new York en 2002. Finalement, nous nous sommes arrêtés sur une interprétation commune d’un regard occidental asphyxié par toute une machinerie profane, hermétique de la vision. Point de calice aérien alors, comme j’avais cru le voir rapidement, mais « un hôtel de flammes sacrées » explique Sergent. La braise ardente insinuée entre les cuisses d’un corps de femme supplicié selon son propre souhait. Le feu rituel d’une église archaïque suspendu à des cordes d’amour. Un four des forges féminines, et la combustion de son enveloppe grossière ; le moteur d’une régénération périodique. Un feu fécondant et purificateur superposé à l’acte d’extase physique le plus déroutant. Voilà plus sérieusement ce qu’il faudrait voir sur les Bondages de sergent et je n’étais plus sûr de rien !) Mon interlocuteur me fit remarquer que je ne voyais qu’avec mes yeux, et je mesurais l’effort considérable qu’il me faudrait alors faire pour gagner les hauteurs considérables du brasier sans me défaire complètement de mes a priori.

Il restait à terminer le voyage initiatique avec cette Mayan Diary #12... Oui, terminer le voyage par le commencement ; par la première couche de pigments visibles si vous préférez. Remarquez alors une mire quasi militaire. Des pointeurs industriels répartis sur le corps de cette Vénus, finalement plus sûre d’elle-même que je ne le pensais. Le verre dépoli d’un appareil d’architecte, un géoplan, le viseur d'une caméra reflex. Un dispositif de croix ajustées comme pour indiquer les quatre directions et leur centre. Le crux latin (celui du tourmenteur), les croix de Krishna, celles des incas taillées dans les éclats du jaspe. La croix… omnisciente, universelle. L’ensemble, l’œuvre ainsi « réunie »… est à raisonner comme un lieu de méditation, une caverne sacrée, mais entièrement ouverte sur le monde moderne.


"MAYA #6", ACRYLIC SILKSCREEN ON PLEXIGLASS, 2002, 55"X55"

L’extase ou la mort ? Telle peut être la question posée par l’œuvre monumentale de Sergent ; ou bien comprenez la conjugaison des deux, dans une forme d’équilibre des masses passagères… là se cache peut-être la matrice de l’ancien calendrier maya. Une peur du vide ancestrale et la couleur de la terre pour se raccrocher aux astres. Une véritable insolation.
JL GANTNER


Pour conclure, Jean-pierre Sergent tenait à publier ce texte écrit à New York en 2002. L'artiste évoque ici la beauté. "La beauté connue en France uniquement comme valeur esthétique bourgeoise et non comme une énergie cosmique, dont nous avons peut être oublié de parler dans le film", m'écrivait-t-il.

BEAUTY IS ENERGY

"With beauty may I walk" The Night Navajo Chant
Avant que l'argent en inscrivant le temps dans l'histoire ne nous dépossède dramatiquement de notre plénitude, la beauté était en harmonie avec notre temps intérieur comme un organe, une aura, une harmonie cosmique.
C'est cette liberté qu'il nous appartient de retrouver dans le temps universel, le temps des abeilles aux rayures jaunes et noirs, des fourmis rouges, des coccinelles rouges à points noirs qui parlent aux ancêtres, des scarabées dorés messagers des Dieux, des oiseaux du paradis et des fleurs à l'exubérante sensualité.
L'Homme avait compris cela empiriquement en imitant la Nature qui c'était faite belle et désirable pour survivre l'éternité.
La beauté est une force vitale au même titre que la libido, le seul espoir de survie dans un monde violent et chaotique. Plus qu'une notion esthétique c'est une force spirituelle, un lien tangible pour communiquer avec les esprits des mondes visibles et invisibles.
Ainsi chaque feuille d'arbre est un champs d'amour silencieux qu'il nous faut chaque jour réapprendre à écouter.
Jean-Pierre SERGENT New York, juillet 2002



REMERCIEMENTS




VOIR LE SITE DE JEAN-PIERRE SERGENT



LE COUP DE CHAUD / XI



(ROMAN EN LIGNE)
LE COUP DE CHAUD
-11-



Un roman... et c'est évidemment Tony™ qui s'y recolle ! Sacré Tony ™ ! Un roman... ou une somme de lignes superposées au mouvement de l'air ambiant. Un de ces procédés écologiques pour dire la couleur verte qui lui coule dans les yeux au lieu d'une industrie lourde incapable de le distraire vraiment. Un roman... disons plutôt une correction à la volée d'un vieux manuscrit laissé pour compte par faute de temps, l'été 2003. Le coup de chaud... où ce qui arrive à force de prendre des douches froides au travers du cadre strict d'une météo de merde. Le coup de chaud ou une façon de décliner un paquet d'histoires anciennes, des engrenages, la mécanique rouillée des passions en retard. L'effort illuminé d'en découdre avec ses vieilles leçons de voyages, les malles défaites un peu partout dans le coeur de gens admirables et réconfortants. Le coup de chaud... comme on dirait : de La poésie, le cinéma... un tas d'emmerdements à la fin.


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CHAPITRE 6
MORT AU PILIER DU FRENEY
(DEUXIÈME PARTIE - FIN )


La nuit s’annonçait magnifique. Avant de sauter dans la dernière benne du téléphérique de l’aiguille chargés de tout leur matériel d’escalade, Antoine prit la peine de téléphoner à sa mère. Un rituel auquel il ne dérogeait jamais. ni l’un, ni l’autre n’avait évidemment le moindre moyen de s’en douter, mais à ce moment précis des toutes dernières précautions d’usage, et d’un ciel bleu, dense et presque noir où pointeraient bientôt les premières étoiles... Madeleine et Antoine se parlèrent pour la dernière fois. Elle l’embrassa très fort à plusieurs reprises et Antoine ressentir ses lèvres humides et chaudes, réconfortantes sur ses joues. Un court instant, les yeux plantés dans la grâce du couchant, il pensa au papillon... se dit qu’il devrait un jour renseigner sa mère d’une vague préférence qu’il éprouvait pour les papillons au lieu des rats, mais s’avisa de n’en faire rien pour cette fois. L’esprit d’Antoine grignotait la ligne d’horizon accablée sur les crêtes occidentales pendant que Madeleine se rongeait le sang dans son luxe inutile de recommandations. Sa mère lui fit promettre de faire attention à lui, de ne prendre aucun risque inutile, de ne rien envisager qu’il puisse regretter ensuite... Madeleine fit comme font toutes les mères du monde dans ces cas-là, puis raccrocha. Les ombres du Brévent achevaient d’embarquer l’architecture typiquement savoyarde, et le béton gris des constructions nouvelles, sans distinction de classe. La montagne, immense colosse, prit le relais sous la forme d’une silhouette monumentale en mouvement sur la ville. Puis ce fut le rugissement métallique du téléphérique s’arrachant du monde veule, amorphe et ses reflets violets, vers les hautes sphères éclatantes.

Le lendemain vers onze heures trente, La bonne retrouva sa patronne debout sur un fauteuil à médaillon, nue ou à peu près nue... installée juste au pied de la fenêtre ouverte de la chambre d’où l’on aurait juré que Madeleine avait pris la décision de s’envoler !... L’employée de maison tenta tout ce qu’elle pu afin d’essayer de ramener Madeleine dans l’alignement d’une ère d’atterrissage plus propice, mais n’en trouva pas la force suffisante. Une véritable hystérique.
-Voulez-vous que j’appelle Monsieur ? Répétait la bonne...
Madeleine ne répondait plus qu’en jurant, ou par de longs râles stridents.
-J’appelle le docteur madame. Faites pas de bêtise, je l’appelle tout de suite... Terrifiée, l’employée avait composé le numéro du médecin de famille, mais avait avalé sa langue en même temps.

Pierre et Antoine n’étaient plus qu’à quelques longueurs de corde du sommet. Ils attaquaient la traversée difficile qui mène au grand dièdre-cheminée surplombant. Antoine, engagé sur quelques prises mal-aisées avait tout d’abord ressenti des picotements comme des fourmillements aux extrémités des doigts. C’est à peu près au même instant que Pierre remarqua l’énorme masse noirâtre se comprimer au-dessus d’eux. Les jambes d’Antoine se mirent à flageoler, légèrement pour commencer, mais qui communiquèrent en ondes successives et de plus en plus fortes au reste du corps, comme un frissonnement.

-Vacherie de merde, qu’est-ce que tu fous ?!... Pierre voyait l’issue de leur aventure se dessiner en une suite logique de verticales tirées vers le bas. Il était 11h30 ce dimanche matin, c’est-à-dire 66 heures et 30 minutes exactement après qu’ils eurent quitté la vallée de Chamonix par le téléphérique. Soit 12 heures d’escalade depuis le col de Peuterey. À 11h31 calculait Pierre... Antoine décrocherait « de ce putain de pas de VI » (selon l’échelle de cotations proposée par Lucien Devies pour les alpes occidentales, et qui coïncidait pour le VIe degré aux limites des possibilités humaines). À peine une seconde plus tard, il l’entraînerait lui, dans une chute que rien ni personne alors ne pourrait enrayer, lui... ses savants calculs et sa panoplie de petit géomètre. Aussi et en conséquences tragiques de quoi ; considérant encore de l’ordre de la minute... le temps qu’il leur faudrait pour parcourir le segment de droite précédemment cité sous la forme du Pilier central : Pierre estima À 11h32 au grand maximum, le moment où ils auraient rejoint le col Italien par la voie la plus courte. Un record de descente toutes catégories. La grande classe !

Antoine enviait tout de même cette faculté de Pierre à pratiquer le calcul mental avec autant d’esprit, sincèrement ! Mais pas ce jour-là, non ! Pas cette fin de matinée juste avant midi. Pierre, son frère de courses. Un génie de la règle des trois et de la preuve par neuf ; un savant considérable en système métrique ; un accro des chiffres ronds, des nombres proportionnels et inversement... Le Georges Mallory du pourcentage, le Paul Preuss(X) de la racine carrée... Avec un peu de chance, on l’aurait même plus tard embauché à la SNCF ou au service des sports d’un journal télévisé. Mais pas tout de suite, pas maintenant ! Pour l’heure, l’arpenteur bloquait sur le zéro, le trouillomètre figé sur le premier chiffre d’un alphabet quantique qu’il maîtrisait pourtant mieux que personne. L’aventure de leur vie, « le tournant décisif », l’aurore de leur fortune prochaine... basculait indubitablement du côté des chiffres impairs, et de leur stricte part variable... Dans un instant, Antoine allait planter-là, au comble d’un vide affreux, les plus beaux rêves de son avenir d’expert géomètre. Tout était joué, « comme deux et deux font quatre »... Antoine allait lâcher prise. Ils mourraient tous les deux comme Antoine parlait toujours d’un grand éclat blanc à la fin. Voilà Tout.

-X- Paul Preuss. Grimpeur autrichien célèbre pour ses ascensions de parois difficiles en solitaire. Une référence dans le domaine qui servira d’exemple à beaucoup de grands alpinistes qui suivront comme le tyrolien Reihnold Messner ou encore Patrick Edlinger d’origine toulonnaise. Preuss fut l’auteur d’un théorème appliqué à cette discipline dont un des point essentiels consistait en cette simple formule. À savoir que le principe de sécurité dérive d'une honnête estimation de ses capacités, et non de l'utilisation de moyens de progression artificiels. Preuss meurt en octobre 1913, après une chute de 300 mètres alors qu'il gravissait en solo la face nord du Mandlwand.


Le grimpeur de tête, sentit la force considérable de la terre aimantée ; toute la puissance des atomes. Mais le garçon ne cria pas d’instinct. « Immortel... » persuadé d’une assurance individuelle unique contre les aléas des grandes énergies cosmiques ; protégé des trous noirs et de toute la matière instable. Les anges célestes n’expirent-t’ils jamais qu’à la stricte limite des fournaises sidérales ?

Au même moment, Hélène ressentit l’abîme brûlant ; mille flammes infernales... et une multitude d’archanges célestes complètement dépassés face à la puissance terrible du grand incendie. Le moment exact où la mère d’Antoine tenta d’engager le pire des combats contre les forces réfugiées en une commissure calcinée de son ventre pillé. La pire des batailles. Un vrai carnage ! Mais Hélène ne se laisserait pas faire... Non, Hélène ne laisserait pas son petit Antoine supplicié de telle manière, infâme... sans réagir. Hélène sauverait son petit ange, son martyr, oui, quitte à se faire cramer elle-même dans l’ypocauste de la maison de son fils prodigue, et pour l’éternité éternelle... Son artiste, son petit rat d’amour... son angelot, son petit bout de mulot à elle...

Antoine n’avait éprouvé qu’une chaleur intense lui traverser le corps ; un éclair fulgurant. La foudre s’était abattue sur la paroi qui gardait encore son odeur écœurante. À quelques mètres... ou quelques centimètres seulement de la cordée. La frayeur de leur vie, mais saufs. Une simple manœuvre d’intimidation. Faible, pauvre argument ! Le cœur de l’orage, lui, s’était déplacé plus à l’Est, et la neige qui tombait maintenant sur les dalles lisses de protogyne menant au sommet, conférait à cette fin d’expédition le caractère singulier, d’un monde tout entier, qui recommencerait.

À 12h30 l’équipe marchait sur l’arête du brouillard en héros. Trois heures plus tard, selon les prévisions de Pierre, la cordée tiendrait sa victoire définitive au sommet du Mont-blanc. Dans une sorte de joie confinant à l’euphorie, l’élève ingénieur s’accorda la faveur d’un dernier calcul...

-4606m... Encore 201m et c’est gagné mon pote !

Ce furent ses derniers mots. Pour une raison inconnue, le garçon se détacha du Cordon ombilical qui le reliait à son compagnon depuis la veille, et disparut à jamais dans la tempête.

Marie avait écouté l’histoire d’Antoine, serrée tout contre son corps bouillant. Pour la première fois, la jeune femme s’était rendu compte de son amour pour lui. Son amant... Son amant d’alpiniste d’Antoine, son Antoine aujourd’hui photographe ou tout ce qu’il pouvait bien lui faire plaisir d’imaginer être encore pour tenter de l’épater !... Elle et son p’tit cul. Elle fut aussi un peu triste pour Tony, mais c’était déjà trop tard. Marie n’avait pas envie d’y penser, pas maintenant ! Marie ne voulait plus penser à rien justement. Je crois qu’ils écoutaient un truc d’Edith Piaf à ce moment-là. Paris, cet air d’accordéon lancinant. Paris... Montparnasse et le café du dôme, les faubourgs, le quartier latin, les Tuileries et la place Vandômeuh... Antoine aimait beaucoup les sonorités, le timbre de voix de la nana de Paname. Ses vieilles voix étranges et ronronnantes dans l’arrière-plan sonore craquelé... Tout ce qui lui rappelait son enfance avec sa mère. Ces souvenirs d’un cinéma réaliste en noir et blanc, un peu chiant aussi.

Marie sut qu’Antoine repartirait encore loin d’elle. Elle sut qu’elle aurait mal encore une fois, qu’elle aurait encore froid et qu’elle pleurerait sûrement.
Alors Marie s’occuperait de son petit Jules... Marie entourerait Jules d’un amour total qui l’accompagnerait chaque jour, chaque nuit, à chaque seconde... Ça lui prendrait beaucoup de temps bien sûr ! pas assez pourtant... Non, pas assez pour occuper les absences d’Antoine. Lui, continua de parler, de chercher une explication rationnelle, évidente à la chute de Pierre. C’était il y a longtemps déjà, cette perte de mémoire subite, cette amputation d’un frère, son seul et véritable ami. Elle, Pleura sur L’hymne à l’amour avant que le disque ne s’arrête de tourner. L’année 1968.

Toutes ces questions qu’Antoine C. Beauregard se posait sans cesse étaient consignées dans ce qui représentait aujourd’hui une collection assez conséquente de carnets scrupuleusement numérotés. Les carnets d’Antoine et ceux de sa mère.

« Qu’est-ce qu’il croyait ce p’tit con !?... »


(À SUIVRE)



LIRE LE TEXTE INTÉGRAL



dimanche 15 mars 2009

BASHUNG 1947-2009



ALAIN BASHUNG 1947 - 2009
DERNIER "VOYAGE EN SOLITAIRE"


samedi 14 mars 2009

LE COUP DE CHAUD / X



(ROMAN EN LIGNE)
LE COUP DE CHAUD
-10-



Un roman... et c'est évidemment Tony™ qui s'y recolle ! Sacré Tony ™ ! Un roman... ou une somme de lignes superposées au mouvement de l'air ambiant. Un de ces procédés écologiques pour dire la couleur verte qui lui coule dans les yeux au lieu d'une industrie lourde incapable de le distraire vraiment. Un roman... disons plutôt une correction à la volée d'un vieux manuscrit laissé pour compte par faute de temps, l'été 2003. Le coup de chaud... où ce qui arrive à force de prendre des douches froides au travers du cadre strict d'une météo de merde. Le coup de chaud ou une façon de décliner un paquet d'histoires anciennes, des engrenages, la mécanique rouillée des passions en retard. L'effort illuminé d'en découdre avec ses vieilles leçons de voyages, les malles défaites un peu partout dans le coeur de gens admirables et réconfortants. Le coup de chaud... comme on dirait : de La poésie, le cinéma... un tas d'emmerdements à la fin.


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CHAPITRE 6
MORT AU PILIER DU FRENEY
(DEUXIÈME PARTIE )



Jeudi, Quai du Vert Galant.
Je le sens bouger. Pas seulement un pressentiment, non ! mais un véritable mouvement. Je n’ai encore rien dit à Charles. Je ne suis sûr de rien d’ailleurs, on est jamais sûr de rien. J’ai vu NotoriousX avec Ingrid Bergman et Rose. Ensuite on est allé boire un café, elle m’a dit que le film serait présenté dans ce festival dont tout le monde parle. Cary Grant est vraiment beau. Il faut dire que les autres dans le film ?!... Je ne sais pas pourquoi Rose veut toujours m’emmener voir des films pareils ? Elle adore les intrigues et les histoires tordues. Aujourd’hui un type m’a prise en photo devant la Seine avec ma machine portative sur les genoux. Un type sympathique. Il disposait d’un appareil plutôt impressionnant, m’a dit que l’angle était bon, que je ne devais plus bouger, et je me suis laissé faire. J’ai tout de même gardé mes lunettes de soleil. Après, le type, un véritable artiste... m’a montré quelques tirages dont il semblait très fier. Des images franchement intéressantes comme ces glaneurs de charbon sur le canal St Denis ou la concierge de la rue Jacob. La dame n’a pas l’air commode ! Des choses très drôles aussi comme ces enfants du 13e qui marchent sur les mains ou bien une amusante mariée chez Gégène à Joinville-le-Pont. Je ne sais pas si l’on se reverra, parce qu’il m’a dit qu’il partait faire un reportage en Yougoslavie bientôt. Il voyage beaucoup. J’aimerais quand même bien voir un jour la photo ! (...)

-X- Les enchaînés, un des meilleurs films d’A. Hitchcock et du premier festival de cannes présenté au public en 1946

Le journal poursuivait :

« L’homme naît avec la faculté de recevoir des sensations, d’apercevoir et de distinguer, dans celles qu’il reçoit, les sensations simples dont elles sont composées, de les retenir, de les reconnaître, de les combiner, de conserver ou de rappeler dans sa mémoire, de comparer entre elles ces combinaisons, de saisir ce qu’elles ont de commun et ce qui les distingue, d’attacher des signes à tous ces objets, pour les reconnaître mieux, et s’en faciliter de nouvelles combinaisons.
Cette faculté se développe en lui par l’action des choses extérieures, c’est à dire par la présence de certaines sensations composées, dont la constance, soit dans l’identité de leur ensemble, soit dans les lois de leurs changements, est indépendante de lui. Il l’exerce également par la communication avec des individus semblables à lui ; enfin, par des moyens artificiels, qu’après le premier développement de cette même faculté, les hommes sont parvenus à inventer.
Les sensations sont accompagnées de plaisir et de douleur ; et l’homme a de même la faculté de transformer ses impressions momentanées en sentiments durables, doux ou pénibles ; d’éprouver des sentiments à la vue ou au souvenir des plaisirs ou des douleurs des autres êtres sensibles. Enfin, de cette faculté unie à celle de former et de combiner des idées, naissent, entre lui et ses semblables, des relations d’intérêt et de devoir, auxquelles la nature même à voulu attacher la portion la plus précieuse de notre bonheur et les plus douloureux de nos maux.
Si l’on se borne à observer, à connaître les faits généraux et les lois constantes que présente le développement de ces facultés, dans ce qu’il a de commun aux divers individus de l’espèce humaine, cette science porte le nom de métaphysique(X) ».

Jean-Antoine-Nicolas Caritat, Marquis de Condorcet


-X- Déf : Recherche rationnelle ayant pour objet la connaissance de l’être absolu, des causes de l’univers et des principes premiers de la connaissance. (Dans le cas du Marquis de Condorcet, « L’esquisse » de ces beaux principes s’achève en prison sous « la terreur », qui le condamne à la guillotine. L’apôtre de la défense des droits de l’homme, des femmes, et des noirs ; « le girondin » opposé aux « Montagnards » de la convention, refusant de voter la peine de mort pour Louis XVI ; s’empoisonna dans sa cellule de Bourg-la-Reine le 2 8 mars 1794 pour échapper à l’échafaud).


Pour l’heure, Antoine s’était borné, à ce point final d’un début d’esquisse « d’humanité perfectible à l’infini » dans l’art et la manière de savoir ce qui pouvait bien se passer d’un peu étrange dans le liquide placentaire après plusieurs mois de grossesse. La phrase était rajoutée à la marge de l’opus républicain recopié par sa mère, bien des années plutôt.

-Le truc de Condorcet... c’était les « probabilités ». Finit par répliquer Pierre, lassé de jouer les potiches face aux déblatérations tortueuses et abscondes de son camarade de jeu très en verve du moment.
-Pardon ?
-Les calculs de probabilité, je te dis. Pierre, affligé, mais sûr de ses chiffres, matait l’accumulation de notes éparpillées sur le cahier d’Antoine depuis ses lunettes de glacier. Un modèle Cébé™ fabriqué à Frasne dans le Doubs(X)...
-T’as pas froid aux yeux avec des loupes pareilles ? Avec tes verres, on dirait une mouche je te jure ! Antoine interposa son avant-bras en forme de barricade à ses figures intimes.
-Ha, ha !... Pierre se gaussa, ajustant sa mire très haut vers les pentes neigeuses et leurs rimayes respectives.
-Condorcet... son truc, c’était la crédibilité des conjonctures par le moyen des lois mesurables. Tout le contraire de toi. Demande, si tu sais pas.
-Et ça lui a coûté sa tête... ou moins une ! C’est-à-dire que dans son cas, la bonne mesure pu être celle de sa taille par exemple... mais déduite de sa tête de p’tit matheux dont personne n’avait rien à foutre à ce moment-là.
-T’es vraiment con !
-Parce que toi, tu l’a lu Condorcet ! Antoine referma son bloc-notes et visa très haut à son tour.
Pierre s’enfila dans la brèche pour occuper à nouveau le terrain.
-Son truc, articula Pierre, c’était : L’analyse de la règle générale qui prescrit de prendre pour valeur d’un événement incertain la probabilité de cet événement multipliée par la valeur de cet événement en lui-même. Ça t’en bouche un coin ça hein ! Et il est probable que dans « la cheminée » d’où nous sommes parti, le pas de VI... te pose un sérieux problème mon petit lapin ! Aussi vrai qu’il y est pas mal de chances pour que je m’appelle Pierre et que je te colle une gaufre dans cette vacherie de cheminée à la con .
-Et toi, c’est quoi ton truc ? T’es ramoneur ? T’aimes pas « les montagnards » C’est ça ? (Antoine avait dit « Montagnards » par opposition aux girondins, vous l’aviez bien sûr entendu comme moi...)

Pierre avait conclu d’un : « S’il plait à Monsieur le Comte... » très haut perché sur un mouvement de tête inclinée qui marquait toujours chez lui, non la déférence imbécile à tous ces titres pompeux étalés dans la presse du dimanche après la messe... mais une sorte de vif encouragement à en terminer-là des beaux discours pendus à la lanterne d’un si triste empire philosophique.

-X- La marque en question, née en 1892 de la volonté de Carl Benz à disposer d’une paire de lunettes adaptée à sa conduite et à celle de son chien... débuta sa véritable success story à partir des années soixante-dix sur le secteur de l’équipement de loisirs. En 2007, le groupe italien Marcolin, propriétaire de la marque délocalisée en chine depuis 1999, annoncerait la fermeture de sa bonne vieille usine de Frasne, dans le Doubs, et le licenciement de 92 personnes. Cette année-là le groupe confirmerait aussi un chiffre d’affaire assez confortable de16 millions d’euros.

Le beau temps était annoncé pour au moins trois jours dans toutes les alpes du nord. Les informations émanaient du centre local de météo France qui confirmait les prévisions générales de la station de Genève.

Beau temps sur toutes les vallées de l’Arve, du Faucigny et du Beaufortain. Du col de la Faucille au col de l’Iseran. Un vent modéré en vallée, plus sensible toutefois au-dessus de 3000m. Précisions pour la haute montagne : Se méfier d’un possible mouvement de température à la hausse cette nuit qui pourrait entraîner un isotherme, 1000m au-dessus d’une moyenne satisfaisante pour de bonnes conditions de gel.


(À SUIVRE)





vendredi 13 mars 2009

PHOTOMOBILE™ - 205


LES PHOTOMOBILES DE JL GANTNER

(Des images réalisées à partir de son téléphone portable, ses communications régulièrement mises "en ligne". Tout un commerce d'échange et totalement inutile de libres transports avec un vrai mobile d'une bonne marque™ collée sur l'écran. "De l'art moderne" pour ceux qui en douterait, comme on dit aussi "De l'électronique embarquée" ou "De la pression dans un pipe line" )



SANS DESSUS DESSOUS

PHOTOMOBILE N°205 LA ROBE À FLEURS /JL GANTNER 2007
Message envoyé de la forêt de Chaource. France
28 août 2007 à 5H17 GMT



Je ne sais plus ce qui a déclenché la prise de vue ? La robe ou l'herbe un peu piquante sous les pieds... Disons un peu des deux et puis cette ombre d'un poirier surtout. Le genre de poirier pour s'accrocher dessus à la force des bras. L'avantage avec les poiriers, c'est qu'on peut facilement grimper dessus, et se sentir bien dessous en été. Je dis ça sans aucun sens précis. Je dis ça juste pour parler... Une robe et elle dessous. Une joie robe avec des fleurs partout.



LES PHOTOMOBILES™ DE JL GANTNER SONT VISIBLES À LA GALERIE LA PRÉDELLE À BESANCON


mercredi 11 mars 2009

LE COUP DE CHAUD / IX



(ROMAN EN LIGNE)
LE COUP DE CHAUD
-9-



Un roman... et c'est évidemment Tony™ qui s'y recolle ! Sacré Tony ™ ! Un roman... ou une somme de lignes superposées au mouvement de l'air ambiant. Un de ces procédés écologiques pour dire la couleur verte qui lui coule dans les yeux au lieu d'une industrie lourde incapable de le distraire vraiment. Un roman... disons plutôt une correction à la volée d'un vieux manuscrit laissé pour compte par faute de temps, l'été 2003. Le coup de chaud... où ce qui arrive à force de prendre des douches froides au travers du cadre strict d'une météo de merde. Le coup de chaud ou une façon de décliner un paquet d'histoires anciennes, des engrenages, la mécanique rouillée des passions en retard. L'effort illuminé d'en découdre avec ses vieilles leçons de voyages, les malles défaites un peu partout dans le coeur de gens admirables et réconfortants. Le coup de chaud... comme on dirait : de La poésie, le cinéma... un tas d'emmerdements à la fin.


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CHAPITRE 6
MORT AU PILIER DU FRENEY
(PREMIÈRE PARTIE / SUITE)


-Vacherie ! S’exclama Pierre comme percé de toutes les pointes de ses équerres scolaires. Tu savais que c’était du VI dans la cheminée surplombante ?!...
-Qu’elle cheminée ?
Pierre leva les yeux vers le toit du bureau de poste.

Pierre et Antoine sont assis à La terrasse, le café moderne style appuyé sur la rive droite de l’Arve. Un point de vue de carte postale sur le massif du Mont-blanc et sur toutes les filles qui se croisent en nuée hallucinante sous le totem en bronze vert de la place Balmat. (L’allégorie métallique de la conquête, bien entretenue à l’adresse des découvreurs du sommet le plus photographié du monde). Une foule de monchus des deux sexes s’y pressait chaque jour, dont Antoine cherchait à s’expliquer les douteuses intentions, lorsque ces touristes-là prenaient la pause, à peu près toujours la même, pour se faire tirer le portrait-souvenir au premier plan de l’entrejambe des deux aventuriers les plus célèbres des Alpes. Antoine, se souvenant aussi d’une littérature célébrée dans des cahiers intimes de sa mère... ne pouvait s’empêcher de voir en cet aggloméré de métal forgé, le symbole phallique au pied duquel une grande partie de l’humanité s’exerçait à s’offrir. L’image du pèlerinage phallocentrique défilant en flux compact au pied des neiges éternelles, l’amusait chaque fois. Un rendement couard et affreusement bruyant sous l’élément des hauteurs virginales de la terre. L’alpiniste mesurait d’autant mieux ce hâle ostensible de la foule banale... que le jeune homme s’efforçait à inscrire son action dans un effort de transcendance virile. Un noble combat qu’Antoine tentait de coucher sur son carnet de courses.

L’aventure montagnarde constitue bien en cette expérience de la raison humaine confrontée à son désespoir amoureux. Une formidable expérience de la prédominance masculine pour le progrès de l’espèce...

La preuve était considérable dans les défis que les deux jeunes gens se lançaient sans cesse sur les cimes et qui égaraient les filles lorsqu’ils redescendaient.

Oui, l’esprit de conquête fut bien de tout temps l’apanage du sexe fort et joua même une sorte de rôle essentiel au perfectionnement du monde libre et civilisé. En substance, je vis personnellement cet effet dramatique d’une noble semence éjectée de son enveloppe naturelle, alors qu’une nature abstraite refusait d’y souscrire entièrement. Une certaine dynamique de la dispersion engendrée par l’humeur exécrable d’une jeune réceptrice non consentante. Exception faite de cas très rares, et particulièrement bien dotés... un tel comportement de sa partenaire provoque une rupture de la chaîne instinctive d’actions-réactions combinées, obéissant à des lois universelles de la reproduction, oui... indispensable à sa survie. Si l’on voulait aller plus loin... Prenez Darwin, la Théorie de la sélection sexuelle de Darwin, 1871. Et considérez qu’une augmentation importante de la descendance des mâles préférés, au sein de l’espèce, permet bien l’évolution des caractères, par ailleurs, affirme-t’il... sans intérêt. Mais bon passons !...
Bef ! D’aucun comprendra qu’il est au demeurant plus estimable qu’une jeune femme se laissât prendre d’un amour absolu pour le garçon de sa vie et se réserve entièrement pour lui, au lieu d’à moitié concéder son pucelage à n’importe quel camionneur de passage... En pure perte donc !

Et pour en terminer ! écrivit encore « l’alpinietzsche » pour en terminer là d’une vengeance lentement préméditée à l’adresse de cette espèce de transporteur d’âme un peu simple et forceur de boutons... ce routier !... La femme donne la vie, un privilège homogène à toutes les espèces ou presque... Mais le mâle, ainsi dégagé du rôle aliénant de la gestation, à cette capacité extraordinaire de disposer du temps nécessaire à forger sa destinée à la hauteur de ses ambitions. « La transcendance de la vie par l’existence... » qui caractérise la supériorité de l’espèce humaine sur le règne animal est donc bien l’apanage des hommes. Dés lors, et ne serait-ce que par respect au moins de cette nature supérieure consentie à leur endroit, ceux-là ne doivent avoir de cesse de batailler avec acharnement pour défendre leur temps libre...

Antoine conclut plutôt abruptement sur une véritable pensée de gauche. Ce que pierre lui fit remarquer tout de suite.

Le « naturaliste » compta les filles. Toutes les filles formidables qui vadrouillaient sans raison dans l’air pathétique d’une fin d’après-midi terminée dans l’oxygène raréfié chamoniard. Le « naturaliste » esquissa quelques traits sur son carnet à spirale, deux ou trois figures volées dans la foule au nez et à la barbe de Pierre qui leur trouva un air triste et « malheureuses »... les gomma franchement, s’appliqua de nouveau sur la forme aléatoire d’un papillon... une forme au hasard, une idée lancée au conditionnel pour ne rien décréter à l’avance d’irréversible... Non, pour ne rien présumer d’un bleu extraordinaire épanoui sur les deux ailes d’un lépidoptère exotique, un Morpho cypris de Colombie, parfaitement incapable de survivre plus d’une minute sous cette latitude en pareille saison. Antoine, ravi, entreprit Pierre sur cette preuve supplémentaire quant à la prédominance du monde sensible sur les mathématiques bien réglées de son monde un peu étriqué.

L’abstraction n’avait-elle pas cette vertu considérable contre l’aliénation, en luttant contre l’ordre établi !...

Pierre, écoeuré, préféra ne rien répondre franchement.

En conséquences, Antoine enfonça l’argument de l’impossible bleu du papillon colombien qui persistait pourtant sous cette latitude sans aucune réalité tangible d’un point de vue rationnel, alors qu’une quantité d’adrénaline parfaitement mesurable sur le plan scientifique, continuait de se répandre dans les avant-bras de son compagnon de cordée. La preuve de la pertinence du monde sensible et son corollaire de sensations fortes étaient là, palpables au-dessus de leur tête, sur des montagnes dont ils ignoraient encore l’essentiel mais qui déjà, exerçaient sur eux un pouvoir fascinant.

Un « Ta gueule ! Putain tu fais chier... » planta nette la tentative d’Antoine de poursuivre son raisonnement sur les conséquences possibles de l’abstraction.




(À SUIVRE)



dimanche 8 mars 2009

ARCHI-"BALNÉAIRE"


EXPO



ARCHI-"BALNÉAIRE"
(OU) L'HORIZON VERTICAL

JUSQU'AU 28 MARS À LA MÉDIATHÈQUE DE RUEIL MALMAISON

(PHOTOGRAPHIES)



10 photographes réunis sur le thème des bords de mers... Un littoral surpris, sans archétype, comme autant de digressions possibles. Voyez la mer calme et l’horizon clair qui se détache des formes strictes. Point de nature vivante pour encombrer les plaintes, les soupirs du temps arrêté net… un congé humain rigoureux sous des fortifications touristiques absurdes. Des vaisseaux fantômes de Philippe Calandre à Beyrouth, à cette lumière jaune, rasante de Béatrice Bern sur le front de mer hivernal français… le voyage est testamentaire. Un point de vue sans concession sur l’architecture de « vacances », sa place dans l’éther des marées, le sel, les embruns… Une excursion un peu abrupte dans les empreintes écorchées vives de la société des loisirs. Les stigmates d’un périple marchand au point de rencontre des marées. Un reflux sensible. Pertinent.
Néon™




©CHRISTOPHE MAUBERRET


©BÉATRICE BERN


©PHILIPPE CALANDRE



VOIR LE SITE
ARCHI-"BALNÉAIRE"


samedi 7 mars 2009

Le MIROIR






INTÉRIEUR DU CONSERVATOIRE D'ART DRAMATIQUE DE KIEV/UKRAINE
PHOTOGRAPHIE ARGENTIQUE © JL GANTNER 1996




jeudi 5 mars 2009

LE COUP DE CHAUD / VIII



(ROMAN EN LIGNE)
LE COUP DE CHAUD
-8-



Un roman... et c'est évidemment Tony™ qui s'y recolle ! Sacré Tony ™ ! Un roman... ou une somme de lignes superposées au mouvement de l'air ambiant. Un de ces procédés écologiques pour dire la couleur verte qui lui coule dans les yeux au lieu d'une industrie lourde incapable de le distraire vraiment. Un roman... disons plutôt une correction à la volée d'un vieux manuscrit laissé pour compte par faute de temps, l'été 2003. Le coup de chaud... où ce qui arrive à force de prendre des douches froides au travers du cadre strict d'une météo de merde. Le coup de chaud ou une façon de décliner un paquet d'histoires anciennes, des engrenages, la mécanique rouillée des passions en retard. L'effort illuminé d'en découdre avec ses vieilles leçons de voyages, les malles défaites un peu partout dans le coeur de gens admirables et réconfortants. Le coup de chaud... comme on dirait : de La poésie, le cinéma... un tas d'emmerdements à la fin.


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CHAPITRE 6
MORT AU PILIER DU FRENEY
(PREMIÈRE PARTIE)

Les journaux de télévision avaient fini par s’imposer au détriment des cinémas de quartier et de la grande presse d’opinion parisienne. Une considération qui n’intéressa jamais Madeleine. Antoine avait déjà vaincu quelques sommets alpins célèbres en amateur et mené à bien plusieurs ascensions hivernales. L’agréable cocon familial ne constituait déjà plus qu’un lointain souvenir qui l’aidait à supporter le froid glacial des faces nord lorsqu’il manquait de petite amie. Pour l’anecdote, le jeune alpiniste ne se séparait jamais de sa veste de duvet achetée par sa mère, ce dont Hélène était extrêmement fière. Elle était comme une deuxième peau, lui servait d’enveloppe sécurisante dans les éléments déchaînés.

Lorsqu’on avait dû placer(X) Madeleine ; Antoine était au pilier du Freney, au sommet de la gigantesque face italienne du Mont-blanc, occupé depuis deux jours à forcer la difficile chandelle terminale. La glace dans les fissures freinait la progression de la cordée, et l’issue de cette aventure tournait carrément au cauchemar.

-X- Mot relativement inquiétant inscrit au dictionnaire de la langue française, qui peut indifféremment désigner l’emplacement d’un pion embusqué pour contrarier son adversaire, voir encore de l’éliminer définitivement de la partie ! – La position d’un cheval de course au nom complètement farfelu, prêt à bondir sur la ligne d’arrivée pour le compte de son propriétaire bien habillé grâce à lui - La boule qui roule tranquillement sur la terre battue marseillaise ou Lyonnaise, dans l’effluve pittoresque qui les rassemble d’un parfum anisé, et qui s’arrête miraculeusement à presque rien du cochonnet sous les « putain, con !... » d’un public qui fréquente assez rarement les bonnes places des champs de course mais plutôt celles des PMU « enfumés » et les stades de foot « enculé ! » - Le ballon bien envoyé en pleine lucarne d’un gardien qui sent bien que la coupe du monde vient de lui passer sous le nez ; à lui ; ses collègues « infortunés » à cause de lui, mais qui en ont « quand même » gardé sous le pied au cas où il serait obligés un jour de remarcher dedans à force de perdre tous leurs matchs importants !… ) – Et par conséquent : les coups de pied dans les couilles qui se perdent sur tous les terrains de football de la terre, « putain, les cons !... » - Placé... dans le sens de savoir se placer, se mettre en avant, passer devant tout le monde (et pourquoi se faire chier ?)... comme le petit coup de piston nécessaire pour s’épargner les files d’attente à l’ANPE, les queues plus longues encore… pour décrocher un rendez-vous avec un éditeur sérieux ou trouver un emploi stable à la télévision…une sacré chiquenaude pour y devenir célèbre comme tout le monde – Placé... comme Le geste du père de famille qui pense à l’avenir de ses enfants plutôt qu’à dépenser tout son fric dans une multitude de conneries comme des postes de télévision grands formats aux quatre coins carrés, pour être bien sûr de ne pas rater les corners – Terme enfin... qui désigne la convenance polie du vocable propre à la même langue pour désigner l’acte sordide d’extraction d’une personne « dérangée » comme Madeleine (qui préférât toujours qu’on l’appelle Hélène), de la place qu’elle occupait sur le terrain du grand amour universel.

Quelque temps plus tôt, Antoine parla très précisément à sa mère de ce projet de chandelle au Mont-Blanc. C’était — expliquait-il — un tournant dans sa carrière d’alpiniste, le moment de vérité, l’axiome de sa raison d’être. Quelque chose de l’ordre d’une tentative à faire coexister le corps lourd et le poids du feu instable sur des parois affreuses. Un nouvel ordre des choses, oui... forgé à la matière du vide corrosif et de l’oxygène raréfié. L’idée d’une équation idéale entre la vie et la mort. Tout ce qu’on entendait par là d’une lueur étrange et molle qui gouvernait les profondeurs de la condition humaine à des altitudes tristes, et les faîtes, les pinacles... comme ligne d’horizon parfaite. L’absurdité de la vie sur terre rapportée à l’élégance de la prise de risque, du péril imminent... une mort permanente. Antoine expliquait son projet du pilier du Freney par le truchement d’une ascèse à laquelle il s’était astreint jour et nuit depuis des mois. Un entraînement de combat pour s’accoutumer aux incandescences de l’esprit par l’entremise d’un savant dosage de souffrances extrêmes et d’un plaisir sensuel aux confins des contingences physiques. Antoine parla encore du mercure comme un but ultime qu’il comptait bien atteindre un jour au lieu de sa propre conscience. Oui, un jour, Antoine saurait substituer le sang de sa race par l’exquis venin métallique argenté du cinabre. Du haut du ciel transpercé des fines citadelles de granit, Antoine sentirait alors ses veines se gonfler du précieux liquide étoilé, le métal ranimer ses entrailles, et son cerveau s’évaporer dans l’azur. Antoine avait encore rajouté que sa démarche n’avait rien à voir avec une attitude suicidaire romantique, mais qu’il fallait plutôt comprendre sa conduite comme l’expression d’une volonté imprescriptible à manœuvrer de telle sorte pour soi-même, qu’elle deviendrait l’intérêt de tous. Il lâcha un dernier « Vivre, maman... c’est combattre... Et c’est avant tout postuler soi-même au combat. héroïque... » avant de permettre à Madeleine de s’effondrer sur elle-même.

Alpiniste, soit !... un aventurier, Un trompe-la-mort... d’accord !... Mais fallait-il aussi qu’Antoine se jette dans cette aussi triste matière que la passion insensée, ridicule... pour ces élévations inertes et tout à fait dissimulées au regard du monde. Alpiniste... L’habit lui allait bien, certes ! (Antoine aimait à porter son attirail de cordages et de matériel en duralumin sur son torse nu, éphèbe... pour provoquer l’inquiétude de sa mère et en remontrer à son père. (Une sale habitude qu’ont les garçons à cet âge, d’exhiber l’instrument de leur belle vigueur à l’égard du sexe féminin en même temps qu’ils tentent d’écarter toute rivalité par cet effort de démonstration ; y compris venant d’un type comme C., son corps flasque et son ventre mou, ses petits yeux rentrés et sa bouche d’hypocrite. Un lâche ! Une démonstration puérile, et dans certains cas désespérés... parfaitement insurmontable par la suite.) Un bel habit... mais qui en profiterait alors, aux confins de ces pics affreux ? Madeleine et son petit Georges, son petit rat de la grande école du Bolchoï ou du palais Garnier... son petit Noureïev !... (la nouvelle étoile des ballets de Paris).

Hélène se contenta d’admirer une dernière fois son petit Antoine danser, sauter, soubressauter, tournoyer... Son petit mulot, son ange... son papillon. Puis il fallu procéder à ce troc infâme, de l’image d’une scène en bois précieux et dorée du salon bourgeois familial... pour ces planches funèbres, un parquet macabre. Le pandémonium du piédestal, arrangé en forme de pic effrayant, avaleur de rats de toutes sortes et qui ne rendait jamais rien, qu’une fois broyé, laminé... éviscéré.

Ce « pilier du Freney », ce morceau de caillou gelé lui remontait à la gorge comme le bourbon vomit par litres après la lecture d’un roman de Walter Bonatti. Une histoire atroce, une des plus grandes tragédies alpines qui emporta avec elle des jeunes gens en pleine force de l’âge. Il n’y avait pas de mot pour décrire l’horreur de ce drame épouvantable, fondateur d’une mythologie définitive dans la grande presse à sensation.

« Kholman, Vieille, Guillaume, Oggioni, Gallieni. » La nuit, Madeleine énumérait le nom des jeunes victimes de ce mois de juillet 1959, sans réussir à écarter celui de « Georges-Antoine Noureïev » qui finirait bien par s’ajouter à la longue liste de tous ceux — ces martyrs — restés là-haut.

B. regretta encore l’éducation catholique de son fils.

Juste avant de rejoindre Pierre, Antoine avait relu quelques passages de Nietzsche soulignés sur son cahier rouge :
(...) vivez dangereusement, construisez votre maison sur le Vésuve ! écrivait le philosophe romantique. On n’apprécie jamais si bien la valeur de la vie que lorsqu’on la risque. Etc...

Pierre, préparait une classe scientifique pendant qu’Antoine n’eut assez vite, plus rien à préparer du tout. L’idée effrayait le jeune Conte, d’avoir toujours à supporter la force de démonstration rationnelle de son meilleur ami, par le biais de ses modes de calculs invariables ; de supposer quelquefois que Pierre puisse avoir encore raison sur le plan de la sémantique pure, grâce à des raisonnements théoriques immuables. Le garçon, d’à peine un an l’aîné d’Antoine, et calé en science des mesures toutes faites... appliquait son instruction en forme « Point final ! » à toute discussion. Curieusement, tout ce qui séparait les deux jeunes gens dans la matière banale de leur vie quotidienne, devenait le plus convaincant des moyens de leur réussite encordée. Ainsi, fut-il par-delà, entendu que Pierre deviendrait le stratège méthodique des batailles, pendant qu’Antoine se chargerait de résoudre l’aléatoire des mauvaises conjonctures. La confrontation de l’intuition, de la perception du monde sensible... à l’arithmétique sage de la logique pure, établirait une sorte d’union sacrée, propre à combattre toute forme de résistance extérieure. Ce qui continuerait de prendre en bas, des allures de joutes philosophiques inextricables entre ces deux beaux exemples humains du sens-opposé... élaborerait sur les parois, l’arme incontestable de leur victoire. Oui, ce sont bel et bien les oppositions idéologiques les plus farouches entre les deux grimpeurs, qui édifieraient dans les années qui suivraient, l’armature la plus solide de toutes les machines de guerre à l’endroit des derniers problèmes alpins....

Pour « le pilier central », Pierre s’était donc cramponné tout un hiver à la lecture rituelle du document topographique de référence (Le Vallot), au point d’en connaître par cœur le moindre détail technique, la plus petite possibilité de réussir à s’en sortir entier. Une fierté, un orgueil tout distinctif de l’appareillage sensible de Pierre, dont le matheux, le géomètre... répercutait chaque effet sur la substance intangible d’Antoine, lorsqu’ils partaient s’entraîner ; les jours de pluie surtout ! afin de se préparer au pire.

Du col de Peuterey (3934m) à l’attaque de la chandelle, 6h-8h. Du col et par une longue traversée à courbe de niveau, se diriger au pied du pilier central (rimaye parfois délicate). Quelques longueurs en terrain mixte mènent au pied du premier ressaut que l’on franchit en son centre par une ligne de fissure caractéristique (deux à trois longueurs IV sup., V)...

Antoine, lui, préférait occuper le vide qui convient à l’attente... à relire des passages entiers de l’amateur d’abîmes et d’en recopier quelques vers sur un cahier à carreaux griffonné de mille virgules bucoliques et amoureuses sur les filles et les montagnes. Les filles surtout !

« Maintenant les pierres et le gel ont perdu sur vous tout pouvoir, et le vide lui-même est un mot vide... Et la tourmente n’a plus de griffes, la vallée plus de discours, les horizons plus de mystère pour vous autres que les pénibles chemins de la glace et du roc ont enfin mené quelque part ! Mais nous continuons d’errer dans les labyrinthes de la nuit et d’écorcher nos doigts aux murailles insensibles et de chercher une issue à tâtons vers les cimes où règne la paix. Le gouffre est à nos trousses, gueule ouverte, les pierres embusquées dans leur tanière s’apprêtent à bondir, les ténèbres mûrissent lentement des avalanches... Quoi ! Nulle fissure n’apparaîtra-t-elle dans cette prison, nulle route ne surgira-t-elle sous nos pieds meurtris, nul signe d’alliance ne s’inscrira-t-il quelque part dans le ciel ?... Ô Dieu, donnez-nous enfin l’aurore. »

© SAMIVEL L’amateur d’abîmes




(À SUIVRE)


lundi 2 mars 2009

L'ATELIER DE JULES™ / VIII


UN TEMPS D'ENCRE ET PERMÉABLE À L'EAU





ENCRE ET EAU SUR PAPIER CANSON 20X32cm / JULES™



Je pensais à ce temps... ce temps que nous vivons aujourd'hui à bientôt cent milliards de dette. Des maisons molles, les murs transparents, le PIB... les lignes restreintes, la catch-up TV... des habitacles de poche perméables à la poésie... Tout un rayon d'obligations sur les linéaires de l'époque. Je pensais à ce temps d'encre, comme on écrit avec un peu de flotte quand elle coule au bord des yeux.


Elle était finie, cette existence pleine d’agitations ! Combien n’avait-il pas fait de courses dans les bureaux, aligné de chiffres, tripoté d’affaires, entendu de rapports ! Que de boniments, de sourires, de courbettes ! Car il avait acclamé Napoléon, les Cosaques, Louis XVIII, 1830, les ouvriers, tous les régimes, chérissant le pouvoir d’un amour tel qu’il aurait payé pour se vendre.
L’Éducation sentimentale (1869), Gustave Flaubert





LE COUP DE CHAUD / VII



(ROMAN EN LIGNE)
LE COUP DE CHAUD
-7-



Un roman... et c'est évidemment Tony™ qui s'y recolle ! Sacré Tony ™ ! Un roman... ou une somme de lignes superposées au mouvement de l'air ambiant. Un de ces procédés écologiques pour dire la couleur verte qui lui coule dans les yeux au lieu d'une industrie lourde incapable de le distraire vraiment. Un roman... disons plutôt une correction à la volée d'un vieux manuscrit laissé pour compte par faute de temps, l'été 2003. Le coup de chaud... où ce qui arrive à force de prendre des douches froides au travers du cadre strict d'une météo de merde. Le coup de chaud ou une façon de décliner un paquet d'histoires anciennes, des engrenages, la mécanique rouillée des passions en retard. L'effort illuminé d'en découdre avec ses vieilles leçons de voyages, les malles défaites un peu partout dans le coeur de gens admirables et réconfortants. Le coup de chaud... comme on dirait : de La poésie, le cinéma... un tas d'emmerdements à la fin.


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CHAPITRE 5
LE SYNDROME DE MILTON
(SUITE)

Hélène... Pardon ! Madeleine s’était rabattue sur un professeur de piano un peu ruineux, mais plutôt disponible et bien mis de sa personne. Un excellent pédagogue et qui raffolerait des capacités d’apprentissage exemplaire de son fils prodigue. Un ancien concertiste. Un virtuose de la structure harmonique, de l’air transporté par petites touches discrètes ; un doigté exemplaire. Un fidèle compagnon de l’après-midi... Quelque chose d’un peu ridicule aussi dans sa manière d’honorer sa charge à l’heure du thé. Antoine pour sa part, ne tarderait pas à préférer les yéyés le twist, le rock’n roll et les balbutiements de la matière électronique synthétique. Tout s’accélérait autour de B. Les premières précipitations hertziennes sur le Schneider tout neuf. Un meuble difficile à placer entre les moulures dorées du buffet Louis XVI (un Riesener certifié), et une table bouillotte à galerie ajourée.

Au lieu du beau Beichtein patiné et des suites de Bach un peu emmerdantes pour aller avec… Madeleine s’était finalement laissée convaincre par l’achat d’une guitare électrique amplifiée. Lassé, le professeur de musique préféra ne plus devoir en supporter d’avantage et se contenta de prodiguer ses dernières politesses à Madame B.

Moyennant quoi, c’est bel et bien entre les murs en bois vernis imitation cabane de bivouac et manches de piolets forgés à l’ancienne de la prestigieuse institution nationale alpine tendance knickers et bas côtelés... que le jeune Antoine Beauregard — comme l’avait orthographié sa mère sur le registre des inscriptions officielles au club alpin — put se bâtir cette destinée toute particulière d’amateur d’abîmes de toutes sortes pour commencer, et d’explorateur en général pour continuer. Oui, la montagne, les parois glacées... À l’apprentissage du ski pour lequel Madeleine avait inscrit son rejeton sur les conseils d’un ami architecte tout à fait séduisant, Antoine entrevit rapidement une possibilité d’associer les prémices d’une véritable fascination pour les régions hautes et hostiles de la terre. Plutôt réfractaire à quelque matière scolaire, Plus rien désormais ne saurait enrayer la destinée du virtuose, et Madeleine s’était dit qu’il ne pouvait rien arriver de pire à un danseur étoile ?!...


Les curieux événements qui se précipiteront dès lors, feront l’objet des pages les plus abscondes d’un traité des formes appliquées à la géographie sociale, dont Vanessa (la jolie secrétaire intérimaire du rez-de-chaussée)... n’avait pas d’emblée réussi à déchiffrer l’infinité d’arguments.

Madeleine fit à peu près tout ce qu’elle put afin de dissuader Antoine d’une lubie éphémère, mais surtout bien trop dangereuse pour un garçon de sa si prestigieuse condition. Un talent qu’il aurait aisément pu utilisé à des fins plus... sérieuses (elle aurait voulu dire : plus sages, prudentes... plus esthétiques aussi !) Mais le garçon ne voulait rien savoir, usant y compris jusqu’à l’apparence de sa forme physique impeccable, pour convaincre sa mère de son choix crucial et définitif de devenir... alpiniste.

Hélène prit son élan du haut d’un de ses pics affreusement aiguisés. Tenta de faire promettre à son enfant chéri, son petit ange, la chair de sa chair, son petit B.B... de n’en rien faire, au moins préalablement à ce qu’elle ne disparaisse elle-même, qu’on l’enterre en bonne et due forme, que tout le monde l’oublie une fois pour toutes, et qu’on y revienne plus.
Pendant plusieurs jours, Madeleine dut encore renforcer sa prescription de comprimés pour réussir à dormir quelques heures. Des cauchemars horribles. L’obsession angoissante, sinistre... d’un fils pendu à quelque lèvre d’une crevasse béante des Alpes du Nord, un enfant mort de froid, asphyxié par le gel et le blizzard des parois titanesques sur le versant italien du Mont-Blanc ou Antoine racontait qu’il aimait voir se dissiper les longs fils d’ambres sur l’horizon percuté d’étoiles bleues. Un vrai malheur...

Entre deux chapitres d’une édition de l’œuvre de Proust à tirage limitée, et un verre de Bushmill pour l’aider à digérer, B. intercala progressivement tout ce qui s’était fait d’essentiel dans la littérature alpine durant les deux siècles passés ; d’essentiel et d’anecdotique surtout !... des pages d’écriture assez monotones, un tas d’essais laborieux pour tenter de raconter sa vie sur un plan vertical, de monter en épingle une vie héroïque et qui ne valait pas mieux… Après la lecture de l’obscur recueil montagnard en quatre volumes d’Horace Bénédicte de Saussure et de quelques textes romantiques assez crétins à propos des gens demeurés dans l’Alpe d’autrefois (les montagnards et leur cortège pittoresque…) Madeleine se prit d’un mouvement d’espoir en découvrant le voyage du rédacteur des Mémoires d’outre-tombe. Un auteur, en apparence peu enclin au spectacle des chimères au-dessus du Montenvers. Ainsi, écrivait le monument de la littérature romantique à la fin d’une randonnée exténuante sur les formidables hauteurs du Faucigny (Madeleine avait appris le passage par cœur pour réussir à le répéter à Antoine), cette grandeur des montagnes, dont on fait tant de bruit, n’est réelle que par la fatigue qu’elle vous donne. (…) Ceux qui ont aperçu des diamants, des topazes, des émeraudes dans les glaciers, sont plus heureux que moi ; mon imagination n’a jamais pu découvrir ces trésors. (…) » (Toute sa vie, Antoine détestât Chateaubriand.) Madeleine... s’était refoutue à boire avec premier de cordée, un modèle tragique dans le genre « ascensionnistique » et ses effets drastiques sur les pesanteurs déjà insupportables des rayons de montagne. Sa bibliothécaire (une vendeuse de livres et diseuse de bonne aventure aussi ; lui avait conseillé « Les conquérants de l’inutile(X)qui venait d’être publié chez Gallimard ».

-X- Le texte principal de Lionel Terray © 1961 Éditions Gallimard, ajouté d’illustrations, ressortiraient en 1995 sous la célèbre couverture rouge des belles éditions Guérin, (460 pages – 450 photos) gravé et composé par l’atelier Esope à Chamonix, imprimé en Italie par Puntografico, Brescia. Quant à Michel Guérin, par qui la couleur était arrivée sans que Madeleine ne puisse jamais en profiter, une crise cardiaque l’emporterait à Chamonix dans la nuit du 24 octobre 2008. Le jour exact de mon anniversaire.

Le beau livre d’aventures commençait par l’impression d’une dédicace en italique en plein milieu d’une page blanche : A mes camarades de cordée, morts en montagne. À la moitié du premier chapitre, Madeleine s’était précipitée au débit de tabac le plus proche pour s’acheter un paquet de gauloises sans filtre. 19 mégots plus tard, elle marqua une pause désemparée à la page 365. Lionel Terray « Le conquérant de l’inutile » embarqué pour l’Annapurna avec Herzog, Lachenal, Rebuffat et les autres de l’expédition Premier 8000, quitte le camp II espérant rejoindre le camp III. Surpris par la tempête, la cordée est contrainte de bivouaquer sous un sérac menaçant, à même une vertigineuse pente de glace suspendue dans le vide.

Nous passons une nuit épouvantable. Terrorisés par les avalanches qui, déferlant à tous moments dans le couloir central, passent à moins de 15 mètres de notre tente en la secouant violemment de leur souffle, mes deux sherpas ne ferment pas l’œil de la nuit et fument cigarettes sur cigarettes. Quant à moi, fiévreux sans doute, je souffre de l’absence de ma veste de duvet ! Abruti par les somnifères, je finis tout de même par m’endormir...

Sans s’en apercevoir, Madeleine s’était enfilé les deux tiers de la bouteille de single malt irlandais entre l’arête nord du Chardonnet de la page 30 et l’installation du camp de base sous le géant himalayen. « Acheter une veste en duvet !... » se répétait-elle en titubant à la verticale de la couverture rouge du récit historique. La bouche sèche, Hélène finit tout de même par s’endormir sur le fauteuil à médaillon Louis XVI, une dernière cigarette pendante au bord des lèvres. Une nuit terrible.

Peu de temps après cet événement, Le médecin de famille serait appelé au chevet de B. pour trouver un remède contre ses fièvres persistantes et sa bouche constamment desséchée. Le thérapeute conclut à un possible début de schizophrénie, mais voulut encore confirmer son diagnostic auprès d’un collègue spécialiste. Le psychothérapeute désigna la maladie de la jeune femme comme un trouble extrêmement rare surnommé le syndrome de Milton. Certes ! personne ne mourait de cette rupture mentale originale, mais la maladie pouvait causer à terme, des séquelles irréversibles sur le comportement général des patients. Aux doses quotidiennes d’anxiolytiques, Madeleine dut rajouter une quantité non négligeable de neuroleptiques.

B. reprit la rédaction de son journal, se servit lentement un grand verre d’alcool glacé, se regarda couler au fond d’un psyché empire orné de bronze ciselé posé sur un bureau de ministre. Le décor était parfait. Orientable à souhait dans le sens d’une position confortable, d’une attitude, d’une posture qu’il convient de soutenir coûte que coûte, malgré l’évidente apparence de son image molle sourdit de l’occulte miroir. Un décor magnifique, des enjolivures tout empire... et ce n’était pas prêt de s’arranger !

Journal de B.
Ce jour triste d’une première noyade.

Hélène, sur elle sentit ces chairs de glace pantelantes. La sensation de son corps pétrifié dans la glissade infernale. Ils surgiront le précipice et l’abîme, écoeurés. Hélène sent la bête horrible l’absorber et ses lèvres bleues, translucides. L’animal me délaye, me dissémine... finit par me dissoudre entièrement. Hélène noyée en son propre cadavre... une irréversible coulée sous les séracs ; des gisants, une armada glaciaire… Je suis engloutie, je meurs engourdie, je chambre froide, Je tombe, je croix ; l’on m’enterre, agitée, excitée, encore brûlante de fièvre… et j’ai froid, tellement froid maintenant.

Madeleine avait toujours été sujette au vertige, aux variations climatiques un peu fortes, et aux problèmes d’alcool aussi.

Charles voyageait de plus en plus loin à l’étranger. Son usine éprouvait le premier round d’un match obstiné à vaincre par knock-out toutes les têtes qui pouvaient encore dépasser sur le terrain du grand marché économique et mondial en passe d’être entièrement libéralisé. L’homme d’affaire expérimentait aussi l’attrait aguichant d’une main d’œuvre asiatique toute fraîche qu’il prenait soin d’entretenir sur ses heures supplémentaires lors de déplacements qui n’en finissaient plus. Rose... la principale assistante de C. n’appréciait pas spécialement ses absences répétées, mais le nouveau directeur général de la toute nouvelle unité bonnetière troyenne passée leader sur son secteur d’activité était de ces commerçants de père en fils, et bon marin de surcroît ; sachant voir venir le vent qui annonce la tempête et qui détecte les variations climatiques dans le pli de l’œil de n’importe quel billet de change. Une certaine adresse pour se dépatouiller des climats de chiottes dans les rapports humains à partir de sa capacité de crédit, son pouvoir d’achat, ses mille bonnes manières de négocier sa tranquillité d’esprit sur les marchés à terme. Un type né pour cette tendance générale à la dérégulation des échanges de marchandises et consommables à volonté sur tous les continents en même temps. Charles... « Un américain » comme disait Rose. Son « petit américain »... Charles Conte adorait.

Des bénéfices déplorables pour Madeleine.
Après quelques temps, les troubles de B. finirent par poser de sérieux problème dans leur vie de couple et leurs rapports conjugaux. Au point qu’il eut fallu consentir à cette solution... dont « personne » ne souhaita jamais qu’elle eut à se présenter si soudainement comme la seule et dernière alternative de sauvetage. En bon marin encore... Charles eut donc à prendre toutes ses responsabilités.


(À SUIVRE)






dimanche 1 mars 2009

LA BOITE À SOUVENIRS DE NÉON™ / II



LA BOITE À SOUVENIRS / II
PHOTO DE RUE ET AUTRES SENTIMENTS
J'espère qu'elle ne m'en voudra pas. C'est-à-dire que je ne lui ai pas demandé son avis avant de publier cette photo de rue. Une photo de Lili™. Sa première tentative de capter l’instant des gens, de trouver la bonne distance, la bonne hauteur des sentiments...



LA DANSEUSE / © LILI GANTNER 2005
NIKON FE2 /105mm


Une de premières photos de Lili™ en 2005... Un truc de quand elle avait disons 16 ans. Bon, oui, vous allez me dire qu’il y a des photos plein les rues aujourd’hui. Et vous aurez raison ! Des photos plein les rues et des milliards d’autres qui se ressemblent toutes sur Internet. Vous n’avez qu’à cliquer. Clic clac, merci... Au suivant !... Des photos ici, des photos par là... des tas de photos pour rien en vérité. Des photos qui ne me disent rien. (Bein oui quoi !?) Des photos mal foutues surtout, des photos un peu froides. Des photos comme des natures mortes. Tout le contraire de Lili à 16 ans avec son bel appareil autour du cou... Un vieux Nikon™ revenu de la guerre avec pas une bosse sérieuse sur le capot. Comme je vous le dit. (Une autre forme de "théâtre") Vous avez qu’à demander à Christophe... (Le Tophe™... Mais si !... mon pote... Le poteau de Néon™. Celui qui sait tout. Celui qu’à tout vu de ce que j’ai vu, et qui ne pense pas moins de la même chose que moi. Oui, bon ! Même si on a un peu de mal à se croiser ces temps derniers. Les aléas, les interdictions de fumer...) Bref ! un vieux coucou, le genre engin mécanique, un peu lourdingue et encombrant. Tout le contraire des machins bourrés d’électronique qu’on vend aujourd’hui et qui remplacent les yeux des gens. Un truc de famille en plus !... Le truc qu'on se passe de génération en génération, précieux comme l'or fin, le diamant. Le côté héréditaire de la chose, si vous voyez ce que je veux dire... le genre de machin qu'on voit clignoter dans les vitrines à la mode et qui coûte un peu cher en piles électriques pour y voir enfin plus clair dans les ombres. Une photo de rue (Une jolie photo de rue non ?!... Merde alors, je sais pas ce qui vous faut ?!) Une photo, bon, voilà. Mais une photo-souvenir, dans le sens des gens qu'on aime vraiment.
NÉON™




NÉON™ ET MICHEL CLAUSCARD


CONDOLÉANCES

« Tout est permis mais rien n’est possible. » Ou encore... « Le néofascisme sera l’ultime expression du libéralisme social libertaire » Michel Clouscard est mort. Et n’est-ce pas Bashung qui disait « De loin en loin, on est loin des amours de loin... »






Michel Clouscard est mort le 21 février 2009... Bon et bien oui, tout le monde meurt un jour. Le monde est ainsi, je veux dire qui naît et meurt et ne laisse pas toujours de véritables traces tangibles dans la boue d’un hiver un peu terne. Je veux juste là, parler d’un système d'empreinte... mais au plan incertain dans le ciel immense du monde « libre » ; une somme des desseins conditionnels sur une terre aride. Oui, qu’il est triste de mourir, et par un temps pareil. Un monde nonobstant le ciel immense. Un horizon portable... l’éther infini... trépassé, sous le fer de Nietzsche. Que voulez-vous ? Triste, mais nécessaire aussi pour faire de la place aux flux ostensibles, aux circulations clinquantes sur la naphe. Indispensable à la couleur des mots bleus, aux cendres du bitume incendié... vitale aux brumes et aux pluies, nécessaire aux ailes timides des ventes crépusculaires.

Mais restons sérieux trente seconde, cette mi-minute de silence qui s’accorde bien à la posture du deuil des grandes causes... des grandes idéologies sur terre. Michel Clouscard aura permis à l’ontologie d’un marxisme « premier » (dédogmatisé...) d’accoster sur ce quai fleuri d’une idée post-rousseauiste plutôt brillante au demeurant. Un hégélien... Une sorte d’alchimie en réalité, qui aura tenté l’improbable dilution d’un Hegel et d’un Rousseau dans le bain tonitruant d’un Karl Marx ! De la dialectique à l’état pur. De la dialectique au sens ou Hegel, justement.... faisait pour une part correspondre cette notion à celle du scepticisme (l'art de dissoudre les opinions dans le néant) Au final, un idée molle : La tentative d’un combat contre l’Eros libéral et la bureaucratie stalinienne, vaste programme, oui.. contre la dictature du marché et celui du prolétariat par la voix du praxis. L’Ulysse du praxis, en sa mère moderne intranquille post-soixante-huitarde que le docteur d’état en sociologie nomma lui-même libérale-libertaire, néo-fasciste. À l’idéologie du désir et de la liberté de mœurs qu’il fustige comme forme débarquée du capitalisme sauvage pour le nourrir en retour... l’en gavé.

Je ne suis pas un spécialiste, vous savez ! Je ne suis vraiment pas un spécialiste ni de l’amour, ni de la mort. Je ne fais que commenter le bruit des lanternes, le tintamarre des lampions agités de la marne. Un simple chercheur d’or dans le gris des vagues d’ingérence.

Je ne refuse rien en bloc (et pardonnez d’emblée mon ego, mes sophismes de petite gens), point de véritable chapelle engoncée dans la terre meuble, aucun sentiment figé... Juste un « désert », cette étendue tragique sous le soleil de mes désirs cupides », « La nuit je mens » dit encore Bashung « la nuit je mens et je prends des trains à travers la plaine... »
Mais que je vous explique, que je vous livre mes pires reflets dans l’ombre de mes mauvaises pensées, mon manque d’amour pour tout ce qui ressemblerait pourtant à du mouvement (une sorte d’agitation) ; mon progressisme en berne, mon manque d’humanisme galopant. Oui, Ce vaisseau critique d’avant-garde en la personne de cette belle âme expirée, faillit bien me faire radicalement basculer dans L’extension du domaine de la lutte. Lorsque j’ai cru voir passer un Soral, un Dieudonné... un Jean-Marie, une Marine, un Thierry Meyssan... dans le rouge-brun qui s’amoncelait tout autour de grandes idées humanistes... auxquelles je commençais à ne plus comprendre rien.

Et je pensais : Qu’on est bien de loin... De loin en loin, oui, qu’on est bien, loin des amours de loin...

NÉON™